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Tribunal judiciaire de Paris : « Je m’excuse, j’étais pas moi même… »

Aujourd’hui, Paul se livre à un exercice un peu particulier, celui de la chronique judiciaire. Il emprunte son style à la brillante Dominique Simmonot, du Canard enchaîné pour le plaisir des yeux.

SOLLENELLEMENT, le procureur annonce les faits : « le 2 octobre 2019, [le prévenu] a donné des coups de poing et de genoux à Julien S. En état d’ivresse, il est rentré dans la pharmacie pour avoir un médicament fort, ne pouvant pas être délivré sans ordonnance. Alors, il a commencé à taper sur le comptoir en l’insultant. Ce dernier s’est réfugié derrière le comptoir, puis [le prévenu] l’a refait chuter avant de lui donner des coups de pied à répétition au visage ». 

Dans le box en verre : Assan B., 22 ans, sous curatelle, à l’allure groggy. Encore choquée, la collègue du pharmacien témoigne que « c’est la première fois qu’il fait preuve d’autant de violence » ; des faits appuyés par le procureur, qui remarque sur le frêle Jean « un hématome à la pommette et à l’œil ». Les petits yeux ronds de la juge observent l’action. D’une voix douce, elle rentre en scène : « Reconnaissez-vous les faits ? ». Nonchalant, Assan lance un « Ouais, un peu », avant de répondre prendre des médicaments « pour se sentir bien, chais pas ». Quant au cannabis et à l’alcool : « là je compte arrêter, hein ! ». D’allure fatiguée, l’avocate d’Assan étale « Une enfance difficile, ballotté entre famille d’accueil et foyer dès 14 ans ». Vainement, elle déploie qu’il « fait une formation d’aide à la personne, il touche une pension pour un handicap depuis ses 18 ans ». De plus, « il souffre de troubles du comportement, de paranoïa et d’hallucinations cognitives, qui lui font croire que tout le monde lui en veut. Additionnés à la drogue, ces problèmes ont favorisé le passage à l’acte ».  Mais le procureur rappelle          « sept condamnations, dont une pour menace sur personne vulnérable »…

Accoudée à son bureau d’un air pensif, la juge se tourne vers Assan : « Vous avez l’air abruti ». « J’étais pas moi-même », balbutie-t-il, affalé à la barre. Le recadrant, elle lui précise de se « [tenir] droit, Monsieur ». Plus vivace, le procureur rajoute qu’Assan 

« va de moins en moins au centre psychiatrique, alors qu’il doit y aller une fois par mois, et ne prend plus le traitement prescrit par son médecin ». L’explication du jeune homme : les « médicaments du médecin ne conviennent pas ».

S’étant fait « projeter dans l’escalier », le pharmacien relate « des cauchemars à répétition… et un sentiment de mort ». Éloquent, son avocat sermonne que « Les troubles psychologiques [du prévenu] ne justifient pas la violence sur un professionnel de santé : heureusement qu’un client s’est interposé ».

Éclaircissement d’Assan lui-même : « C’est la faute du pharmacien, il a tout fait pour me chercher ! ». L’avocat liste les conséquences de la faute : « hématomes, perte de sommeil, et un certificat médical pour être arrêté pendant un mois à cause du préjudice psychologique ». Il rajoute « un préjudice matériel », avançant des « boîtes de médicament renversées à 41€40, des lunettes cassées à 470€, et une perte de chiffre d’affaires de 1300€ due à la fermeture de la pharmacie pendant une semaine ». Sûr de lui, il réclame « 10 ans de prison, une obligation de soins et une indemnisation », arguant que « En l’écoutant, ce n’est jamais sa faute : celle du médecin, du pharmacien… Des nuits d’hôtel gratuites, des rendez-vous au Centre Médico-Psychologique : il profite du système. Avec cinq autres faits de violence, il est nécessaire qu’il ne fasse plus d’autres victimes ».

Larmoyante, l’avocate adverse insiste sur « des familles dans le déni voulant un internement d’office, mais [qui] n’y arrivent pas par manque de place dans les hôpitaux. Que faire, alors ? ». Elle précise qu’Assan est quelqu’un « sans famille », avec une « mère sous tutelle et un père mort. Et sa tentative de formation à l’aide à la personne montre une volonté d’aller vers les autres. Mais son travail est compliqué avec la maladie, sans soins ». La défenseuse continue de plaider : « Je ne pense pas que les malades psychatriques doivent aller en prison. Je ne le penserai jamais ». Pour elle, la résolution du problème se fera par « des injections mises en place en septembre ; elles devraient être positives ». 

Assan, regard fuyant : « je m’excuse, j’étais pas moi-même… »           

                              Paul Philipon


La rédaction

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