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Ligue fermée ou ouverte : quelles implications économiques ?

Alors que les associations sportives américaines ont pris la forme de ligues fermées depuis de nombreuses années, ce système contraste avec les ligues ouvertes européennes. Certains sports (basketball par exemple) ont cependant subi des mutations dans leur fonctionnement ces dernières années en passant de l’une à l’autre. Mais quelles sont les réelles implications de cette dichotomie si particulière dans le monde du sport ?

Ligue ouverte/fermée : quelles différences ?

Tout d’abord, il est important de rappeler les caractéristiques de chacun des systèmes. Une ligue est dite fermée lorsque plusieurs clubs participent à une compétition en payant un droit d’entrée sans qu’il n’y ait de système de promotion/relégation. C’est au Commissaire de la ligue de décider si une franchise nouvellement créée mérite d’y entrer ou non. Mais cela reste très rare. Les franchises d’une ligue fermée doivent en principe respecter un plafond salarial qui est le même pour toutes afin de garantir une certaine équité. Et donc l’attractivité du championnat. Ce système prévaut dans les ligues nord-américaines pour la NBA, MLB, NFL.


À l’inverse, une ligue ouverte est constituée d’équipes sélectionnées sur les seuls critères sportifs avec un système de promotion/relégation. Un système plus méritocratique à l’européenne qui s’explique historiquement par une professionnalisation plus tardive. Et une construction de ligues à partir de clubs anciennement amateurs. En Amérique du Nord, la primauté a été donnée à la création d’une économie du sport, avant de s’appuyer sur les clubs pour la constituer.

Méritocratie vs égalité des chances

Avec une telle dichotomie au sein du système sportif, il en découle des implications économiques particulières. En effet, les propriétaires de franchises nord-américaines n’ont pas à se soucier des résultats sportifs. Ils concourent sans crainte de relégation. De fait, leur objectif premier est de maximiser leur profit. Bien entendu, résultats sportifs et profits ne sont pas totalement indissociables. Les seconds découlent bien souvent des premiers. Il n’empêche, certaines franchises s’accaparant une grande part du marché peuvent se satisfaire de résultats médiocres pour réaliser de gros chiffres d’affaire. Le magazine Forbes a dévoilé le 11 février dernier la valeur des différentes franchises NBA. En première place se trouve les New York Knicks avec 4,6 milliards de dollars (en hausse de 15% sur 1 an). Les Knicks sont certes une franchise historique, mais n’a plus joué les Play-offs depuis la saison 2012-2013. Signe que la valeur d’une franchise aux USA ne rime pas forcément avec résultats sportifs. 

La majorité des revenus des franchises nord-américaines viennent des droits télévisuels. Ils sont plus équitablement répartis que dans les ligues ouvertes européennes. Lors de la saison 2017-2018 le FC Metz n’a perçu que 2,70% du montant total des recettes TV en Ligue 1. Chose qui semblerait inconcevable en Amérique du Nord où la priorité est de ne laisser personne de côté. Il en ressort que le système américano-canadien se base sur l’égalité des chances en donnant les mêmes conditions économiques initiales à chaque franchise. L’Europe fait la part belle à la méritocratie en se basant sur les seuls résultats sportifs.

Le goût du spectacle

Avec l’émergence rapide d’une réelle économie du sport aux États-Unis et au Canada, les directeurs des ligues sportives ont bien compris que la coopération serait la meilleure des recettes. En créant une émulation avec toutes les franchises et en se concentrant sur l’aspect marketing de leur sport, la NBA, la NFL et la MLB ont construit toute une économie autour avec laquelle seule la Premier League anglaise peut rivaliser.

https://www.capital.fr/economie-politique/droits-tv-le-podium-des-competitions-sportives-les-plus-cheres-1159587

Les ligues nord-américaines ont très tôt axé leur politique autour de l’aspect marketing, donnant aux rencontres une dimension de spectacle. Le fameux « show à l’américaine ». Pour se faire une idée, il n’y a qu’à regarder le nombre de pauses publicitaires qui peuvent vite être perçues comme insupportables pour tout spectateur habitué au modèle de diffusion européen. Les retombées économiques ne sont évidemment par les mêmes.

Le spot publicitaire de 30 secondes coûtait près de 5 millions d’euros lors de la finale du Super Bowl 2020. Alors qu’il n’était « que » de 325 000€ lors de la dernière finale de Coupe du Monde de football en 2018. Les recettes issues des droits télés sont plus équitablement réparties au sein des ligues fermées. Ce qui permet d’avoir un championnat en constante mutation. Toutes les franchises connaissent des hauts et des bas sans que cela ne remette en cause leur stabilité économique puisqu’ils n’ont pas la crainte de descendre en seconde division. Les pertes potentielles que peuvent subir les clubs européens en cas de relégation les empêche d’avoir une stratégie de développement à long terme. À contrario, les championnats européens avantagent les plus gros budgets. Ils obtiennent de meilleurs résultats, entraînant leurs recettes vers le haut dans un cycle vertueux. C’est ainsi que l’on retrouve les mêmes équipes truster les premières places de leur championnat pendant de longues années (Bayern et Juventus Turin au football ou encore le PSG Handball, par exemple).

Quelle trajectoire dans le futur ?

À l’heure actuelle, l’économie du sport nord-américaine, mise en place depuis de nombreuses années, rend une refonte du système impensable car trop génératrice de revenus et de profits pour les propriétaires. Ce modèle de ligue fermée s’exporte peu à peu en Europe avec certaines expérimentations déjà actées. 

L’Euroligue de basket a franchi le pas en créant une nouvelle compétition européenne malgré le désaccord de la Fédération Internationale de Basket (FIBA). Cette nouvelle coupe d’Europe regroupe 18 des meilleurs clubs européens sans être sélectionnés sur les seuls critères sportifs. L’ASVEL est le seul club français représenté en intégrant cette année la compétition. Le club présidé par Tony Parker (qui a sûrement joué un rôle important dans ce choix) est celui qui a le plus gros budget en France. Lui permettant de convaincre les représentants de l’Euroligue. En football, l’espoir d’une ligue européenne fermée fait rêver certains présidents de grands clubs (le Bayern et la Juventus en sont les principaux protagonistes). La Premier League anglaise semble avoir la clé dans ce dossier puisqu’elle bénéficie déjà d’un championnat national de très grande qualité générant des revenus exorbitants.

Outre le système de sélection critiquable se faisant uniquement en fonction des budgets des clubs et non pas sur des critères sportifs, la création de ligues fermées en Europe comporte de nombreux obstacles.

Premièrement, si la compétition est vouée à se dérouler toute l’année, cela exclurait les meilleurs clubs de leurs championnats nationaux qui seraient alors totalement délaissés. Quel serait l’avenir d’une Liga de football sans le Barça et le Real Madrid ? De plus, la question de l’équité au sein même de la compétition peut se poser en opposant des clubs de pays différents, avec une fiscalité et une juridiction différente. La solution pourrait être l’instauration d’un plafond salarial identique pour toutes les équipes. Mais cela semble encore incertain sans une souveraineté fiscale de l’Union Européenne. Les championnats mineurs (Pays-Bas et Europe de l’Est au football, par exemple) seraient également mis de côté. Ses clubs ne seraient alors plus représentés dans la compétition phare, faute de budget insuffisant et de retombées économiques trop faibles pour l’organisateur de la compétition.

Le système de ligue fermée semble particulièrement bien adapté en Amérique du Nord. Celui-ci ne s’est pas fait au détriment d’un championnat national parallèle. Et il a été établi dès la professionnalisation des différentes disciplines. Si la volonté d’offrir de belles affiches chaque semaine, de concourir dans un environnement moins risqué financièrement et d’améliorer l’attractivité d’un sport est alléchante, son instauration en Europe comporte de nombreux problèmes. Malheureusement, ce sont les gros clubs d’aujourd’hui qui semblent avoir le pouvoir de réformer les choses dans le but de ne pas voir leur domination décliner et se partager une plus grosse part du gâteau.

Source de la photo de couverture : https://www.lepoint.fr/sport/euroligue-fiba-pourquoi-l-europe-du-basket-se-dechire-21-03-2016-2026745_26.php

Alan Gauthier

Alan Gauthier

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