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Prix littéraire On’ : La Fraternité d’Edgar Morin (Documents #2)

Dans le cadre de la première édition du Prix littéraire On’, nos rédacteurs-jurés ont lu avec assiduité les 13 livres en compétition, pris des notes sur leur ressenti et vous proposent une série d’articles pour vous faire saliver en attendant de vous révéler le nom des lauréats. Aujourd’hui, on analyse pour vous La Fraternité, pourquoi ?, un ouvrage d’Edgar Morin en lice dans la catégorie “Documents”.

Crédit photo : Actes Sud

Lire le titre de ce très bref essai donne le ton de l’ouvrage : le philosophe et sociologue Edgar Morin tente de redonner un sens positif et surtout concret à ce terme, inscrit en lettres d’or sur les bâtiments des institutions françaises, qui pourtant s’est plus que jamais vidé de son sens. Si le choix du format oblige son auteur âgé de quelques 98 ans à la concision, La Fraternité reste une lecture plaisante qui ouvre des perspectives optimistes qui font du bien.

“Liberté, égalité imposables ; qu’en est-il de la fraternité ?”

Tout commence avec un constat qui devrait nous sauter aux yeux : si la liberté et l’égalité peuvent nous être imposées légalement par la loi, la fraternité en revanche échappe au domaine juridique. Impossible pour un État de légiférer sur la fraternité. Impossible pour une quelconque instance de nous contraindre à la fraternité. Le respect de l’autre n’est pas la fraternité. Se pose alors une vraie question : existe-elle, cette fraternité ? Oui, selon le philosophe, et même elle se cultive.

Ces idées sont bien jolies. Seulement, je déplore que cette vision de l’humanité demeure trop hors-sol. Le seul exemple historique, concret, récent de ce sentiment de fraternité reste le soir de la victoire de l’équipe de France de football, lors de la Coupe du Monde de 2018. Cette nuit d’euphorie, quoique brève, incarne, aux yeux de l’auteur, un moment de véritable fraternité. Si cet exemple en satisfait certains, grand bien leur fasse, mais moi, la fraternité nationale dans une victoire de foot, je trouve cela un peu léger.

Bactéries solidaires

Néanmoins, cet exemple permet d’initier une réflexion qui rappelle que l’existence de singularités n’est en rien incompatible avec un projet commun, collectif, reposant à sa base sur justement une fraternité effective, solide. En partant du modèle bactériologique, il montre le fonctionnement d’entraide qui existe dans les écosystèmes, image qui porte quand même son charme. Et si la fraternité était donc inscrite dans la nature ?

L’auteur propose alors des oasis de vie collective, en se référant à quelques exemples. Là apparaissent clairement les aspirations communistes de l’auteur lorsqu’il évoque des structures rappelant les petits soviets. Demeure encore une distinction conceptuelle que l’ouvrage élague : celle entre fraternité et solidarité. Car en effet, tous ces projets de vie collective reposent sur une grande solidarité entre les individus, qui va forcément de pair avec la fraternité, mais tout de même la question se pose : si solidarité ne peut exister sans fraternité, la réciproque est-elle possible ?

Cette question ouverte par un ouvrage au format court qui oblige à la concision, fait de cet essai une véritable incitation à la réflexion sur nos modes de vie. Dans la nature, l’entraide bactérienne semble être orientée dans le but collectif de la survie. Si tel est le cas, alors il se pourrait bien qu’Edgar Morin nous propose une alternative à l’autodestruction programmée de l’espèce humaine.  

Victoria Yanès

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