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Prix littéraire On’ : Tom Thomson, esquisses du printemps, virée contemplative dans l’Ontario du peintre canadien (BD #2)

Dans le cadre de la première édition du Prix littéraire On’, nos rédacteurs-jurés ont lu avec assiduité les 13 livres en compétition, pris des notes sur leur ressenti et vous proposent une série d’articles pour vous faire saliver en attendant de vous révéler le nom des lauréats. Aujourd’hui, on analyse pour vous Tom Thomson, esquisses du printemps, un ouvrage de Sandrine Revel en lice dans la catégorie BD. 

Les œuvres données à lire par le Prix Littéraire On’ continuent d’offrir à Océane et Sharon l’occasion de découvrir de nouveaux univers et, bien sûr, de vous embarquer avec elles dans leurs voyages illustrés. Elles ont commencé par vous partager leurs expériences de Soon. Elles vous livrent aujourd’hui leurs impressions sur la BD Tom Thomson de Sandrine Revel. Laissez-vous guider, On’ s’occupe de tout :

« Tom Thomson, dont les paysages grandioses de la nature sauvage de l’Ontario ont marqué l’entrée des arts canadiens dans la modernité, est mort jeune dans des circonstances troubles. En enquêtant sur les circonstances de la disparition précoce du peintre, au moment où il parvenait à la reconnaissance, Sandrine Revel esquisse le portrait subtil de cet artiste unique, en interrogeant la nostalgie dans l’art comme celle qui s’attache aux artistes. » (Ed. Dargaud)

Océane Caillat : « Une plongée envoûtante et poétique dans la vie de Tom Thomson  »

Un après-midi pluvieux, Sandrine Revel, par la sobriété et l’élégance de la couverture de son ouvrage, m’a convaincue d’entamer sa prometteuse bande dessinée. Une fois la couverture franchie, me voilà transportée au Canada à l’automne 1956. J’y découvre les paysages sauvages de l’Ontario, esquissés par de fins traits noirs et blancs. L’atmosphère y est apaisante et nous embarque dès ces premières pages. Puis, l’intrigue vient se présenter. Le corps sans vie de Tom Thomson a été repêché à la mi-juillet 1917. Une disparition précoce du jeune artiste qui sème de nombreuses interrogations. Elles se bousculent, qu’elles soient autour de la vie du peintre, de son héritage artistique ou bien de cette troublante disparition.  Les réponses m’attendent au milieu des prochaines cases.

 Le fil temporel se divise alors en plusieurs trames. L’une nous amène à suivre l’enquête menée sur cette disparition tandis que l’autre nous retrace son parcours. On y découvre son enfance, ses amis, ses peintures et ses influences. Le jonglage temporel peut sembler périlleux pour le suivi de la lecture. Or, la fluidité est pourtant là car le rythme est juste. Les pages se suivent mais ne se ressemblent pas. On plonge dans des croquis, des esquisses, des peintures ou encore des aquarelles. Chaque case fait d’ailleurs l’objet d’un précieux temps de contemplation à la recherche d’éventuels indices permettant d’éclairer cette disparition. Concernant les dialogues, là encore la justesse est au rendez-vous. Ils sont discrets et  et propices, marqueurs d’une mélancolie qui nous accompagne tout au long de cette balade artistique. Quant aux nombreux silences qui ponctuent notre récit, ils nous amènent paradoxalement une impression, celle d’entendre le son des oiseaux, de la rivière, du vent et de la pluie.

Sandrine Revel nous livre ici la démonstration d’un récit fluide et subtil qui ne manque pas de nous troubler. Finalement l’histoire lie l’enquête policière au fil biographique de notre protagoniste enveloppée dans une approche artistique très convaincante. La bande dessinée une fois refermée, un air de nostalgie résonne dans mon esprit, l’immersion a donc été parfaitement réussie.

Sharon Houri : « La belle et reposante peinture d’une troublante absence »

Lâcher prise, ne pas tout apprendre du peintre dépeint, en sentir uniquement l’étrange disparition, distillée au fil des conversations et dans le creux des paysages et scènes illustrés : voici la réussite de cette bande dessinée.

En pause déjeuner de mon job étudiant, épuisée du relationnel client, la tête engourdie par une longue liste de choses à faire, je prends finalement l’excellente décision de m’échapper dans un moment de lecture. Direction mon casier, j’emporte mon grand livre avec moi au café d’en-bas, et je le laisse me bercer.

Dans Tom Thomson, il ne se passe pas d’actions trépidantes, on n’y tombe pas de sa chaise, renversé par de graves basculements. On apprécie plutôt le temps, sans pour autant entrer en méditation, ce temps suspendu du quotidien qui ne fait que passer. Ce quotidien a la particularité de prendre forme au sein d’une enquête. Pas comme une enquête à la Sherlock, plutôt comme des élans de curiosité, des désirs simples d’élucidation, lentement parsemés dans les conversations pudiques des protagonistes.

Si je dois dire pourquoi cette contemplation humblement amenée n’a pas été ultime, je confierais qu’il manquait peut-être quelques variations supplémentaires d’échelles dans les cases. Quel bonheur ç’aurait été de pouvoir plus souvent tomber sur des pages pleines, sans marges. Juste des tableaux accueillant généreusement le regard et offrant davantage de respirations. Aussi, les dessins colorés sont-ils tantôt posés sur des paysages en noirs et blancs, croqués au crayon, tantôt fondus dans un décor plus homogène : c’est que les temporalités ne sont pas les mêmes. On prend rapidement le coche, mais il faut y être attentif : des flashback nous plongent parfois dans le passé, mouvement qui, selon moi, nuit aussi un peu au voyage.

Dernières pages, on finit par ne plus vraiment s’intéresser à la mort prématurée et mystérieuse du jeune peintre canadien. On finit, surtout, par profiter d’un bon moment auprès de ces gens qui prennent vie sous nos yeux. Et quand on se sent bien dans une oeuvre, c’est qu’elle est parvenue à nous être crédible, à faire ce que l’art fait de mieux : construire des mondes plus réels que la réalité. C’est l’heure de retourner dans celle, en tous cas, de mon quotidien étudiant, tout de même ravie de cette coupure.

A suivre : Océane et Sharon reviendront sur leurs expériences d’immersion au sein de la bouleversante bande dessinée Solo de Gilles Rochier. Un récit intimiste et étonnant qui aborde le traumatisme des attentats de 2015. 

Crédits photos : Ed. Dargaud

La rédaction

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