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8 mars : 9 réalisatrices qu’il faut définitivement intégrer à notre culture ciné.

À l’occasion de la journée des droits des femmes, On’ propose une petite rétrospective 100% féminine des créatrices notables du 7e art. Et toi, c’est qui ta réalisatrice préférée ? 

Natalie Portman a fait sensation aux Oscars le mois dernier avec sa cape couverte des noms de réalisatrices snobées par la cérémonie : il n’y avait aucune femme, parmi les nommés, dans la catégorie “meilleure réalisation”. En plus de 90 ans d’existence, cette catégorie n’a récompensé qu’une seule réalisatrice, Katherine Bigelow en 2010 pour The Hurt Locker. Aux césars (qui préfèrent sans doute consacrer des violeurs pédophiles) seule Tonie Marshall l’a eue en 2000 pour Vénus Beauté (Institut)

Même en dehors des cérémonies de remises de prix, les réalisatrices sont hélas souvent sous-estimées à cause de leur genre, là où seul la qualité du film devrait primer. Une enquête de Télérama en 2015 rappelle que seul 23% des films sont réalisés par des femmes. Ces dernières sont payées en moyenne 35% de moins que leurs homologues masculins et ont plus de mal à obtenir des financements.(1)

Les réalisatrices de talent ne manquent pourtant pas, comme on espère le montrer avec cet article. Il a fallu faire des choix (déchirants) : on a essayé de mettre en valeur des cinéastes un peu moins citées que les rockstars de la profession (Sofia Coppola, Jane Campion, Agnès Varda, Céline Sciamma…) et dont les œuvres sont relativement trouvables : le but étant, bien sur, que vous les visionniez ! 

https://i.imgur.com/A5nqzct.jpg De gauche à droite : Maya Deren ©imdb, Alice Guy, Lotte Reiniger. 

LES PIONNIÈRES

Maya Deren : issue d’une famille juive ukrainienne ayant fuit les pogroms, Deren va devenir une figure incontournable de l’avant garde américaine des années 40-50. En 1943 elle scénarise, réalise, monte et joue dans Meshes of the Afternoon, film expérimental qui explore les thèmes de l’identité, le tout avec pléthore d’effets bizarres et de mouvements de caméras improbables. Fait assez rare pour être remarqué, Deren va connaître un vrai succès en tant que cinéaste expérimentale, grâce à son talent indéniable mais aussi à sa légendaire force de caractère. La plupart de ses courts-métrages sont sur Youtube. 

 Alice Guy est considérée comme la première réalisatrice de l’histoire du cinéma. Son premier court, La fée aux choux (1896), dispose de décors, d’un scénario… une anomalie pour l’époque, où on en était encore à filmer des scènes de la vie quotidienne ! En 20 ans de carrière elle a réalisé plus de 1000 films allant du péplum à la satire sociale, et a été une des premières femmes à gérer un studio à Hollywood, où elle avait émigré après son mariage en 1907.  Beaucoup de ses films ont été perdus, mais les autres sont dans le domaine public et trouvables sur internet. 

Les Résultats du féminisme (1907), de Alice Guy,  merveilleuse inversion des comportements genrés. 

Lotte Reiniger : fascinée depuis son enfance par les théâtres d’ombres chinoises et les effets spéciaux de Méliès, Reiniger va s’imposer dans le monde du cinéma allemand. En 1926, après plusieurs courts-métrages remarqués, elle achève un des premiers films d’animation au monde, Les aventures du Prince Achmed, qui lui a demandé trois ans de travail : toutes les silhouettes doivent être déplacées à la main, soit 300 000 images à composer, pour 65 minutes de film… Durant sa longue carrière, Reiniger réalisa plus de 40 courts-métrages, tous dans son style si reconnaissable, qui inspira bien des années plus tard Michel Ocelot pour Princes et Princesses

https://i.imgur.com/nbhe2c8.jpg De gauche à droite :Barbara Kopple, Cheryl Dunye ©RomySuskin, Chantal Akerman ©Laszlo Ruszka/INA  

LES ENGAGÉES 

Barbara Kopple : D’abord engagée contre la guerre du Vietnam, Kopple commence en 1972 un travail sur les mineurs de Harlan County (Harlan County, USA, dispo sur YT), montrant les grèves et les violences des patrons, qui lui vaudra l’oscar du meilleur documentaire en 1976. Après un autre documentaire sur les grèves et le syndicalisme (American Dream (1990))  Kopple se tourne vers des sujets plus légers, mais pas forcément apolitique : elle évoque ainsi la carrière bouleversée de chanteuses country ayant eu le malheur de critiquer Bush (Dixies Chicks :Shut Up and Sing, 2006) ou la trajectoire de la youtubeuse transgenre Gigi Gorgeous (This is Everything, 2017).

Cheryl Dunye :  En faisant des recherches sur les actrices noires dans le cinéma des années 20-30, Dunye se rend compte que ces femmes sont invisibilisées dans les archives. Avec son premier film, elle décide de leur redonner une place dans l’histoire du cinéma. The Watermelon Woman (1996) suit Cheryl (joué par Dunye) une jeune lesbienne afro-américaine à la recherche d’information sur une actrice noire (fictive) ayant tourné dans plusieurs films sans que son nom apparaisse au générique : la “femme à la pastèque” du titre. Le film va devenir un classique du New Queer Cinema, et Dunye continue de s’intéresser à la condition des femmes afro-américaines et/ou lesbiennes avec Stranger Inside (2001) ou en travaillant sur la série Dear White People (sur Netflix).

Chantal Akerman :  l’oeuvre d’Akerman, papesse des cinéphiles snobs, est marquée par son lien avec sa mère rescapée d’Auschwitz (voir News From Home, 1977 et No Home Movie, 2015 ) et par son intérêt pour les problématiques féministes. Son œuvre majeure Jeanne Dielman, 23 Quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975), suit ainsi pendant 3h30 la vie quotidienne d’une femme au foyer dans toute sa banalité.  Une façon pour Akerman de critiquer “la hiérarchie des images” qui estime “qu’un baiser est plus important que faire la vaisselle” et de questionner la place des femmes dans cette hiérarchie. 

https://www.youtube.com/watch?v=X8ohlkEDOyw Bisous à l’INA d’avoir mis en ligne cette interview de qualité où Ackerman et son actrice principale Delphine Seyrig, elle même féministe convaincue, évoquent les thèmes du film. 

LES ESTHÈTES 

https://i.imgur.com/uk07IBR.jpg De gauche à droite : Alice Rohrwacher, Mika Ninagawa, Ana Lily Amirpour

Alice Rohrwacher : de son enfance atypique près de son père, un violoniste reconverti en apiculteur, Rohrwacher va tirer son deuxième film, Les Merveilles, empreint de poésie. Elle tourne encore à l’argentique, là où la plupart des gens sont passés au digital, ce qui donne à ses films un aspect chaleureux et authentique. C’est particulièrement visible dans son dernier en date, Heureux comme Lazarro (2018), qui baigne dans le réalisme magique tout en critiquant habilement le capitalisme et le règne de l’argent. 

Mika Ninagawa : D’abord connue au Japon pour ses photographies colorées et ses collaborations avec le monde de la mode, Ninagawa se lance dans le cinéma en adaptant les mangas Shakuran (2007) et Helter Skelter (2012). Elle amène à ses films son sens de la composition et du détail (et énormément de couleurs qui pètent) qui forment un cocktail explosif avec les éléments souvent horrifiques du scénario. En février 2020, elle réalise la première série originale japonaise de Netflix. Followers s’attaque, dans le style reconnaissable de Ninagawa, aux aléas de la célébrité à l’âge des réseaux sociaux et des influenceurs. 

Ana Lily Amirpour : Réalisatrice américaine d’origine iranienne, Amirpour est retournée à ses racines avec A girl walks home alone at night (2014) qu’elle décrit elle-même comme “le premier western spaghetti iranien avec des vampires”. Tourné entièrement en noir et blanc, le film comporte peu de dialogue, ce que Amirpour attribue à son handicap (elle est malentendante). Hélas, Armipour a totalement loupé le cap du deuxième film avec l’indigent The Bad Batch (2017), un phénomène qui semble affliger pas mal de réalisatrices. Parmi elles, Deniz Gamze Ergüven qui, après l’excellent Mustang (2015), est passée au mélo Hollywoodien (Kings (2017)) ou Haifaa al-Mansour, devenue avec Wadjda (2012) la première femme saoudienne à réaliser un film, avant d’enchaîner avec un très moyen biopic de Mary Shelley (2017).

Court-Métrage très sympa d’Ana Lily Amirpour pour Kenzo 

Même si la qualité de leurs longs métrages peut varier, le simple fait que ces femmes aient pu réaliser un deuxième film est un signe de progrès : l’industrie accorde enfin sa confiance aux femmes cinéastes. La preuve, elles sont de plus en plus nombreuses à être aux manettes de blockbusters. Le dernier en date, Birds of Prey, dirigé par la réalisatrice indé Cathy Yan, est un délice d’irrévérence au message féministe subtil et fun, comme on voudrait en voir beaucoup d’autres dans cette nouvelle décennie de cinéma, placée, on l’espère, sous le signe de l’émancipation. 

Leila Hatami, Carole Bouquet, Do-Yeon Jeon, Jane Campion et Sofia Coppola, jurées du 67e Festival de Cannes !
https://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2015/cannes-et-les-femmes-dans-tout-ca,126417.php

Romane CARBALLO 

La rédaction

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