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Prix littéraire On’ : Les Fillettes de Clarisse Gorokhoff (Romans #2)

Dans le cadre de la première édition du Prix littéraire On’, nos rédacteurs-jurés ont lu avec assiduité les 13 livres en compétition, pris des notes sur leur ressenti et vous proposent une série d’articles pour vous faire saliver en attendant de vous révéler le nom des lauréats. Aujourd’hui, on analyse pour vous Les Fillettes, un ouvrage de Clarisse Gorokhoff en lice dans la catégorie “Romans”.

Crédit photo : Éditions Les Équateurs

Trois soeurs, trois fillettes. Un papa plutôt stable, une maman un peu moins. Elle se réfugie chaque jour dans des paradis artificiels, il s’occupe de ses filles tant bien que mal. Les petites, elles, voient tout d’un regard poétique, naïf mais toujours tendre. 

Jeanne Aulanier : “L’exploration du point de vue de l’enfance”

Coup de coeur pour ce roman dans lequel le point de vue de l’enfance naïf et détaché de tout soupçon est exploré profondément. Celui-ci est retracé par le prisme des trois fillettes dans leurs âges respectifs, touchantes car elle découvre la vie en grandissant et font d’un équilibre familial tanguant leur norme.  

La mère déboussolée manquant de repère semble revenir dans une sorte d’état infantile aussi : voulant se noyer dans le flou coton rassurant des perceptions, elle les trouble volontairement par la prise de substances altérant sa conscience (tant la drogue que l’alcool), et ainsi semble revenir à un état primaire de sensations données. 

Ainsi, aussi bien la mère que les fillettes semblent toucher du doigt l’importance du sensible plus que de la raison.

Aymeric de Tarlé : “Une aisance à créer une polyphonie”

Le réveil sonne. Anton douche ses fillettes Justine, Laurette et Ninon, les habille, les emmène à l’école. Rebecca reste au lite. Clarisse Gorokhoff dresse le portrait d’une famille presque ordinaire : des parents qui s’aiment, qui aiment leurs enfants ; des fillettes qui rient, qui jouent, et qui aiment leurs parents.

Mais l’auteure prend le soin de faire monter graduellement la tension par ce qui apparaît comme le perturbateur du cycle de la vie familiale – et de la vie tout court – : les opiacés qu’ingère Rebecca. La grandeur du roman tient au paradoxe que l’autrice ne cesse de mettre en lumière : une mère qui aime ses enfants, qui aime s’occuper d’eux mais qui parallèlement ne se comporte pas en bonne mère (elle laisse ses enfants aller acheter des cigarettes, partir seuls, manger n’importe quoi etc).

Lorsqu’on lit le roman, nous nous interrogeons sur la frontières de la morale concernant l’éducation des enfants : l’amour seul peut-il suffire ? Faut-il lui préférer la sécurité ? Et c’est parce que Rebecca est incernable, aimante et incorrigible à la fois, que la protagoniste tient les briques de la maison familiale qu’elle-même tend à faire s’effondrer. La force romanesque de ce livre vient aussi de l’aisance de Clarisse Gorokhoff à créer une polyphonie, en se plaçant successivement derrière le point de vue de Rebecca – qui écrit tous les jours -, d’Anton – qui travaille tous les jours -, ainsi que de Justine – toujours dénuée de peur -, de Laurette – toujours pleine de questions – et même de Ninon, muette mais non exempte d’émotions. De ressenti. Et la fin sonne comme le glas de la constance mortelle de la drogue. 

« Mais à quoi il sert, Jésus ? »

Justine a du mal avec le Christ, elle le trouve mollasson, pas assez convaincant. 

« Il est gentil avec tout le monde, même avec les méchants, mais il meurt quand même. Et en plus il souffre. Alors à quoi ça sert d’être le fils de Dieu ?

Je te signale qu’il ressuscite ! rétorque Laurette

Oui mais après il re-meurt ! Alors à quoi ça sert de ressusciter ?

C’est pratique ! Si maman meurt, par exemple, elle pourra venir nous rendre visite. »

Jeanne Aulanier et Aymeric de Tarlé

La rédaction

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