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Environnement : regard sur les mobilisations

2019, année du climat ! C’est ce que clamaient les associations écologistes il y a de ça un an. Quel constat dresser après un an et demi de grèves scolaires, blocages, manifestations, et actions de désobéissance civile ? Qu’en-est-il aujourd’hui ?

Tout a commencé par la grève scolaire d’une étudiante suédoise en 2018. De fil en aiguille, les Marches pour le climat, grèves et autres actions vont se répandre à travers le monde. C’est le début d’une véritable prise de conscience des populations et un bouleversement du calendrier politique. 2019 aura vécu au rythme des mobilisations, grèves internationales et blocages. Bilan de l’ « Année du climat » et regard sur les actions à venir :

Grèves, blocages…

Il y a moins d’un an et demi, Greta Thunberg, une jeune suédoise lançait la « grève scolaire pour le climat » pour pointer l’inaction de la Suède face au dérèglement climatique1.

Plus tard, la démission de Nicolas Hulot2 et le rapport du GIEC déclencheront une vague de mobilisations en France, avec notamment les Marches pour le climat de septembre à décembre 2018. Puis suivra la pétition « l’Affaire du Siècle » (2 300 028 signatures au 30 janvier 2020), la série de vidéos « On est prêt », la création de Youth For Climate France, et la déclaration de rébellion d’Extinction Rebellion France. Les militants, jeunes et moins jeunes font désormais grève tous les vendredis pour manifester. Certains d’entre eux se lancent dans la désobéissance civile, et bloquent plusieurs tours de la Défense, puis un pont parisien.

À l’étranger, le topo est le même. Des antennes d’Extinction Rebellion, Youth for Climate, Fridays for Future se créent dans plusieurs pays3 : le mouvement est désormais mondial. Greta Thunberg voyage de congrès en manifestations, en voilier et en train, montrant l’exemple à des politiques, mi-curieux, mi-effrayés. Son premier discours durant la COP244 a fait naître un mouvement, et c’est toujours par des discours poignants que Greta défend la cause.. Une dynamique se crée, les politiciens de tous pays tentent de démentir toute inaction, à coup de lois et de discours.

Désengagement(s) ?

Quel a été le résultat de ces mois de manifestations, pétitions, conférences et rapports scientifiques ?

Ces derniers mois, les décisions prises par le gouvernement ont eu de quoi décevoir. Il y a un an, l’Assemblée repoussait à 2025 l’interdiction de production de plusieurs produits phytosanitaires5, et Emmanuel Macron annonçait le report de l’interdiction du glyphosate6. En décembre, Brune Poirson, secrétaire d’État à la transition écologique, a soutenu l’interdiction des plastiques à usage unique d’ici 20407.

Des reports et délais jugés trop longs, alors que scientifiques et militants alertent sur le caractère urgent de la protection de l’environnement. L’interdiction du glyphosate pour les particuliers8 (janvier 2019) et l’interdiction de certains plastiques à usage unique9 (janvier 2020) sont évoquées par certains écologistes comme de simples mesures de « greenwashing».

Les « vrais » changements semblent se faire attendre, alors que les rapports alarmants10 et les COP décevantes11 s’enchaînent.

Si la « manifest’action » du Black Friday et la Rébellion d’Octobre ont su attirer les militants, la dernière action face à l’Ambassade d’Australie n’a rassemblé qu’une poignée d’entre eux. D’autre part, les mobilisations de lycéens, plutôt minoritaires en banlieue semblent aussi faiblir. Un lycéen, militant chez Youth For Climate nous explique : « L’année dernière au lycée, on avait amené du monde. Cette année, on est deux-trois, les autres trouvent que les manifs sont trop loin. » (témoignage anonyme).

Convergence(s) ?

Les Gilets Jaunes, la réforme des retraites, les grèves des infirmiers et des pompiers… Les rassemblements pour la défense de l’environnement ont croisé de nombreux autres mouvements, sans réellement s’y mêler.

Au début des Gilets Jaunes, les deux mouvements étaient franchement séparés, et on entendait du côté des écolos une critique récurrente envers les « GJ ». Les uns voyant les autres comme simples militants « pour un gazole moins cher », ce qui, nous l’avons vu tout au long de la « crise », n’était qu’une revendication parmi tant d’autres. Ainsi, au lieu de se concentrer sur leurs points communs (critique des « élites », de la corruption, défense du pouvoir d’achat…), nombreux se sont concentrés sur ce qui les divisait, à savoir : le gazole d’une part, et la planète, de l’autre.

Timidement, les deux mouvements ont commencé à se mélanger sans pour autant ne former qu’un seul mouvement. En octobre dernier, lors du blocage de la Place du Châtelet par Extinction Rebellion (XR), on a pu voir s’installer un baraquement des Gilets Jaunes, instaurant un dialogue plus profond encore entre les militants. Malgré tout, quelques clivages restent, parfois alimentés par des rumeurs12. Lors de ce même événement, certains « Gilets-Jaunes » accusaient XR de complicité avec l’État, à cause du traitement clément des militants par la police.

Quelques jours plus tôt, les écologistes, accompagnés de « Gilets-Jaunes », « Gilets-Noirs » (collectif militant pour la défense des droits des sans-papiers) et féministes avaient bloqué le centre commercial Italie 2 pendant plusieurs heures. Cette première  action commune entre les différents mouvements aurait généré des débats tendus autour de la « non-violence ».

5 décembre 2019, la grève contre la réforme des retraites commence, et certaines associations écologistes appellent à une « convergence des luttes ». Ils pointent notamment du doigt le modèle productiviste qu’encouragerait la réforme13. Lors des premières manifestations, on remarque la présence d’un petit cortège écolo, de moins en moins visible au fil des semaines. Côté partis politiques, Europe Écologie Les Verts fera quelques apparitions discrètes en manifestation, avec  notamment l’installation d’un stand. Malgré une volonté de s’unir avec d’autres mouvements (défense du service public, retraites, universités, pompiers…), les défenseurs de l’environnement restent peu visibles. 

Et après ?

Malgré de nombreuses prises de paroles et actions marquantes, les discours et orientations du gouvernement ne satisfont toujours pas certains militants, dont les associations Youth For Climate et Extinction Rebellion. En septembre dernier, après « l’Affaire du siècle », c’était au tour de Greta Thunberg d’attaquer la France en justice pour « inaction climatique ».

Dans la sphère politique, les candidats aux municipales de tous bords s’emparent du sujet en verdissant leur programme : entre greenwashing, démagogie ou bonnes intentions, ce sera aux électeurs de décider.

Les militants, eux, attendent avec impatience et appréhension les prochaines mobilisations. Dès le 10 février, Youth For Climate, avec de nombreux collectifs de « Gilets-Jaunes » et d’écolos, organisait une action de désobéissance civile. Action qui, si elle s’avérait être une réussite, pourrait donner un nouvel élan aux mobilisations. Une semaine plus tard, ce sera au tour d’Extinction Rebellion de lancer son blocage des « grands projets inutiles »15.

Viendra ensuite la Grève pour le Climat du 14 Mars. Un étudiant nous confie : « On attend la grève du 14 mars, ce sera un moment clé […] j’ai peur que le mouvement s’essouffle… ». À la veille des élections municipales, avec un événement qui compte déjà plus de 15000 intéressés16, les défenseurs de l’environnement entendent bien faire pression sur les politiques.

Cette année 2019 aura vu se rassembler de nombreux militants, se créer de nombreuses associations et se développer une certaine prise de conscience des populations. Pour 2020, nous aurions aimé en savoir plus sur les évolutions des modes d’action, mais aucune association n’a donné suite à nos questions. Après le blocage de BlackRock le 10 février17, les militants de Youth For Climate Paris semblent vouloir prendre une voie plus radicale, avec éventuellement une remise en cause du principe de non-atteinte aux biens.

Protection de l’environnement : mobilisation ponctuelle ou mouvement pérenne ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais cette année 2020 risque de nous réserver quelques surprises…

Nicolas Ginestière

Photos : Nicolas Ginestière, Tous Droits Réservés

Sources :

La rédaction

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