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Cage, coups, bagarre, voilà en quelques mots à quoi se résume l’une des disciplines d’arts martiaux qui ne cesse d’attirer pourtant de plus en plus de pratiquants. La raison ? A première vue, l’interdiction : défier ce que les instances ne “légalisent” pas, un challenge attirant. En réalité, le Mixed Martial Arts, alias le MMA, est une discipline alliant technique, densité physique et maîtrise inspiré de plusieurs disciplines. 

Le 22 janvier 2020, l’annonce tombe : le MMA devient légal et sera affilié à la Fédération Française de Boxe. Alors que beaucoup décriaient cette pratique, la Ministre des sports, Roxana Maracineanu, a tranché : « Le but est de mieux réglementer la discipline ».

Mais à quoi peuvent prétendre les quasi 50 000 pratiquants en France ? La Ministre des sports assure répondre à une demande des sportifs contraints de s’exiler pour pratiquer. L’objectif est de réglementer la discipline avec un encadrement suffisant et adapté à la fois aux dimensions de la pratique et au cadre dans lequel évolueront les néo-licenciés.

La fin de l’interdit ? 

Nombreux ont été les débats sur l’autorisation ou non de la pratique. Car le MMA fait peur. Entre les coups échangés et l’aspect de combat en cage, ne sont pas rare les opposants qui voient en cette pratique une légalisation de la violence, notamment dans certaines zones sensibles. La peur d’une perte de contrôle de la violence des jeunes inquiète. Alors, pour éviter les compétitions “sauvages”, “cachées”, “illégitimes”, l’Etat se veut garant d’une “violence canalisée” en structurant et réglementant les compétitions. En accordant le droit au MMA de s’affilier à la Fédération Française de Boxe, l’Etat envoie un signe fort. Il veut encourager la pratique en gardant un oeil sur les vices que peut comporter le développement d’une pratique : spéculation, dopage. 

D’ailleurs, la Ministre affirme : « c’est un marché qu’on ouvre pour des institutions privées qui font du sport-spectacle.” On y voit très largement – finalement – la fin de cette “légalisation”. Le MMA, sport spectacle où les caractéristiques financières multiples, l’Etat entrevoit donc un nouveau moyen de développement financier conséquent avec l’arrivée d’acteurs privés, notamment par l’organisation d’événements dans des salles de spectacle. Loin du cadre traditionnel de ce que le ministère des sports devrait soutenir : un service public. 

Une reconnaissance signe de succès ? 

La pratique n’était jusqu’alors pas interdite : “Vous ne trouverez aucun article dans le code du sport qui interdise le MMA” explique Tatiana Vassine, avocate spécialisée en droit du sport.  Un gala a été organisé en France en 2015. Résultat ? Thierry Braillard alors secrétaire d’Etat aux Sports demande une enquête administrative auprès de la préfecture. Réponse ? La préfecture autorise la manifestation. Il n’y avait donc rien pour interdire le spectacle en cage. D’ailleurs, les associations qui se créent sont reconnues par la Préfecture. Pourtant, les autorités dont le Conseil supérieur de l’Audiovisuel interdit sa diffusion à la télévision. Contradictoire ? Est-il interdit de regarder du badminton alors que des clubs sont reconnus ? De même, pour le karaté, la judo, le ski, etc.

Alors, pour remédier à ce paradoxe, l’Etat souhaite changer la destiné de ce sport “interdit”, mais aucun acteur ne semblait être présumé pour accueillir cette variante d’arts martiaux. Pourtant, plusieurs fédérations étaient pressenties signifiant leur refus, par peur, sûrement, de perdre des licenciés : “La fuite des licenciés d’autres fédérations (judo, karaté, lutte) vers la nôtre qui est attractive est une crainte” assure Gérard Garson. La boxe, au regard de sa structuration entre cadre associatif et ligue professionnelle, est probablement celle qui permettra au MMA de se convertir en sport “de violents” en une discipline professionnelle en France avec l’objectif de créer une équipe de France. 

Vers un changement de mentalités ? 

Si institutionnellement, le combat est quasiment abouti, reste le cadre social dans lequel la pratique va se développer. Les réticences sont nombreuses, forcément liées à un contexte de représentations sociales peu propices en France à son acceptation. Le sport n’a jamais été perçu comme un spectacle pur et dur, mais bien une performance.“Les gens nous prennent encore pour des fous qui se tapent dessus. Ils n’ont qu’à pousser la porte de l’académie du coin pour se prouver le contraire.” lance Cyril Asker, pratiquant de MMA. Car “depuis 1993, notre sport s’est réglementé : catégories de poids, port des mitaines, coups à la colonne vertébrale interdits”. 

Gérard Garson, chirurgien cervico-facial et ancien médecin fédéral dans le karaté précise : “Le MMA n’est pas plus traumatisant que d’autres sports, comme le foot, le rugby ou la boxe. Des statistiques médicales le prouvent, mais les politiques ne l’entendent pas.”

Le temps et les performances changeront peut-être l’image de la pratique. Combien de temps ? Comment ? Tout reste finalement à faire. Construire le futur d’une discipline demande plus qu’un seul accord ministériel. Les décisions, les stratégies, les acteurs joueront un rôle primordial pour que le MMA soit accepté, reconnu, légitime, aimé de ceux qui ne le pratique  pas.  

MILLET Stéphanie

Source de l’image : THOMAS SJOERUP / Ritzau Scanpix/AFP 

Stéphanie Millet

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