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L’Adieu de Lulu Wang : une affaire asiatique ?

Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera. Alain Peyrefitte avait vu juste. Avec L’Adieu, la cinéaste sino-américaine Lulu Wang déverse l’ampleur de sa poésie visuelle dans une fable familiale jalonnée de troubles existentiels. Enième symbole du continent-cinéma qui se dresse sous nos yeux.

 Un empire artistique

 Le monde regarde l’Asie. Et l’Asie fait du cinéma. Palme d’Or 2018 : Hirakozu Kore-Eda pour Une affaire de famille (万引き家族), quand d’autres préféraient le Burning (버닝) de Lee Chang Dong. Palme d’Or 2019 : Parasite (기생충) de Bong Joon-Ho, quand d’autres ont été épris du Lac aux oies sauvages (南方车站的聚会)de Diao Yi’nan. Japon, Chine, Corée du Sud : tous sont désormais conviés au plus grandes cérémonies. Tous ont leur statuette cannoise, vénitienne ou berlinoise.  Et maintenant, c’est au tour de l’Académie des Oscars, où L’Adieu est nominé dans les meilleurs films car produit aux Etats-Unis. Et ce cinéma asiatique, précisément, s’intéresse au cinéma français : Bong Joon-ho cite Clouzot ; dans son dernier film (La Vérité), Hirokazo Kore-Eda tourne en français avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche. Rien que ça. À l’heure où le cinéma américain se polarise avec les nouveaux moyens de productions et l’ampleur de Marvel (cf : déclarations de Martin Scorsese), à l’heure où le cinéma français ne surprend plus personne (cf : Très cher cinéma français d’Eric Neuhoff), le cinéma asiatique séduit par sa nouveauté – terme souvent galvaudé par la critique moderne – et apparaît comme un océan encore méconnu malgré son ancrage dans l’Histoire du cinéma mondiale.

Cancer caché

Entre la langue de Shakespeare et celle de Confucius, entre sa province du Jilin (Awkwafina) et le vacarme de New York, Billie, jeune écrivaine en quête d’indépendance, longe les côtes d’un lien familial indivisible. Quand sa grand mère Nai Nai tombe gravement malade, une tradition chinoise veut que sa famille lui cache jusqu’à la fin. Le film aurait pu se résumer à cette interrogation : toute vérité est-elle bonne à dire ? Après nous avoir donner les clefs d’un récit où la réunion familiale repose sur un non dit sulfureux, ce cancer caché, et un mensonge pieux, le mariage du cousin de Billie, Lulu Wang prend soin d’esquiver l’élégie traditionnelle sur les pleurs et la peine que causent la mort. En réalité, c’est la vie qui jaillit du récit : la vitalité d’une grand mère qui soude une famille parfois en conflit ; la sensibilité d’une jeune écrivaine qui ne parvient pas à cacher sa tristesse enfouie ; la force du père de Billie qui jamais ne cède à la souffrance de perdre celle qui l’a mis au monde. Lulu Wang transfigure notre appréhension de la mort et des rapports familiaux, loin des larmes de Bérénice et de l’absence d’émotions de Meursault. Une juste mesure. Greta Gerwig saisit aussi cette nécessité de la mesure, et partage avec Lulu Wung son âge de 36 ans. Lulu Wang n’est pas nommé aux Oscars, Greta Gerwig est absente des meilleurs réalisateurs. Ultime preuve que le féminisme a encore du pain sur la planche.

Aymeric De Tarle

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