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Critique objective : un objectif ?

 Les journalistes se fourvoient à vouloir l’être. Pourtant, c’est le reproche velléitaire le plus courant que le grand public adresse aux critiques. Pourquoi vouloir émettre un jugement objectif sur une oeuvre qui ne l’est pas ?

 Une liberté imprescriptible

 Une oeuvre, qu’elle soit littéraire ou cinématographique, théâtrale ou musicale, bref, artistique, exprime un regard sur le monde, un message sur l’époque que nous vivons. Un regard qui traverse les siècles. Le critique, lui, confronte à l’instant même où cette oeuvre est produite son propre regard sur cette dernière. En effet, à l’instar du style qui découle du poids de l’Histoire et de la tradition de l’auteur, le regard que portera le critique sur l’œuvre est lui aussi conditionné. Les idées du critique vont se mouvoir en contemplant la représentation, ses jugements vont s’actionner, afin de délivrer un message qui sera le sien, unique et personnel. Pourquoi vouloir être objectif ? Pourquoi faire de l’art une raison, alors qu’il s’agit de sentiments ? D’émotions ? Si les oeuvres ne sont pas des machines, pourquoi rendre notre jugement industriel ? Ranger les films dans des cases vaines (scénario, image, casting) n’est que la funeste preuve d’une approche bien morne du métier de critique. À l’inverse, il faut s’attacher à replacer le film dans son contexte, le juger en tant que tel et il est vrai, mettre de côtés des goûts qui, quoi qu’il advienne, quoiqu’on en pense et quoiqu’on en dise, nous influencent.

 Critique et Vérité

Dans son ouvrage Critique et Vérité publié en 1966, Roland Barthes s’interroge sur les nouveaux procédés de ce qu’il appelle la critique moderne. Selon lui, le développement de la linguistique et de la psychologie condamne le langage à parler du langage. Comprenons cette assertion au sens large : le langage est l’affaire de chaque art. Et le critique doit confronter son langage à celui des auteurs afin de, après avoir vu et pensé l’oeuvre, après l’avoir explorée, réfutée, adorée, détestée, après avoir dégagé la face omnisciente de son créateur, en faire une critique. Donner son avis. Et quand l’Homme donne son avis, pourquoi devrait-il délaisser ce qui fait son Humanité ? Restons subjectifs, restons insoumis, jugeons l’oeuvre sans compromis et donnons un avis non consenti.

Source Bannière : FranceCulture.fr, Roland Barthes

Aymeric De Tarle

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