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The Witcher par Netflix : un (très) bon début !

C’est la série événement de ce début d’année : The Witcher, le livre, puis le jeu, a été adapté sur petit écran par la plateforme Netflix. A peine sortie, on a senti planer le doute : entre déceptions et plaisirs modérés, la série semblait avoir raté son entrée dans nos favoris ciné. Pourtant, le projet est bel et bien à la hauteur. Laissez-vous donc convaincre !

Esthétique réfléchie : entre jeu vidéo et vieille série fantastique

La réalisation The Witcher n’est clairement pas une ultra production hollywoodienne. Elle ne tombe pas non plus aux rangs des qualités téléfilm. Mais se maintient finalement à un niveau plutôt bon, comparable à celui du dystopique Altered Carbon, science-fiction futuriste également distribuée par Netflix. On retrouve effectivement de la même manière, chez le sorceleur, une bonne maîtrise de la caméra avec ce qu’il faut de plans aériens, et un rythme pertinent qui colle à celui des épopées.

On salut, de la même façon, la retranscription réussie des combats. Si Altered Carbon jouait plutôt sur l’obscurité du décor pour accueillir des gestes martiaux avec un certain tourbillonnement – laissant ainsi sentir la force et la rapidité d’impacts lourds – The Witcher, lui, mise sur des accélérations et des ralentissements très nets, des mouvements de caméra quasi directionnels, des rapprochements fluides et des plans léchés qui plongent soudainement dans l’esthétique gaming. Les coups sont acérés, vifs, ils glissent dans l’espace et traversent les corps de manière aiguisée, épousés et mis en valeur par la gestion des plans : les séquences alternent travelings avants et arrières comme dans une danse macabre finement orchestrée trouvant chaque fois sa résolution dans des plans fixes/coups mortels. Ainsi, The Witcher mérite clairement d’entrer dans le classement des références d’affrontements filmés maîtrisés et originaux. Intégrant au sein d’une image globalement classique, une rupture cinématographique qui s’inspire du jeu vidéo, sans en imiter platement l’identité.

En dehors des combats, la série bascule effectivement dans une autre esthétique, que le manque de performance au niveau des effets spéciaux vient en réalité servir. Les monstres ne sont pas forcément toujours crédibles : le dragon doré, dont on perçoit presque les contours et qui se meut avec une maladroite légèreté dans un espace matériel, en est un bon exemple. Mais les décors et les costumes palpables, dont on sent la confection, font définitivement entrer l’absence de réalisme dans un genre de série cultes, parmi lesquelles Buffy ou Charmed. Le résultat n’est pas encore de la trempe du glorieux X-Files ou de l’indétrônable Doctor Who, dont les monstres et décors bricolés firent le succès. Toutefois, un esprit d’une autre époque s’y diffuse nettement, jouant en la faveur de notre nouvelle série médiévale. Les costumes sont tressés, les mailles épaisses, les armures reconnaissables sans être grossières. Bref, la direction artistique a géré, de bout en bout, fournissant un bel objet hybride fini. Du moins, pour une première saison.

 Le casting : entre visages familiers et inconnus

Certains ont regretté le choix d’Henri Cavill, alias Superman, pour jouer Geralt de Riv. Précédemment incarné par un visage plus fermé et dur, conceptualisé par le jeu de CD Projekt Red, il apparaît dans la série plus jeune et moins abîmé. Pourtant, Cavill réinvente le personnage à merveille, tout en lui restant fidèle. Son entrée dans le premier épisode, regard dur et noir comme imbibé de la potion quasi-mortelle, mâchoire carrée et serrée, épaules larges, mais visage étrangement doux, envahit l’écran avec force et donne le ton. Il est adopté. Sa présence expérimentée est un repère fiable, on n’oublie ses précédents rôles et on s’attendrit de ses répliques, comme on se délecte de ses faits d’arme. Puissance et faiblesse de son caractère forment un duo certes classique, mais gagnant, dans ce qu’on doit s’attendre à regarder comme une épopée fantastique ordinaire.

Le scénario, rondement mené, notamment via de très bons cliffhanger, reste, d’ailleurs, avant tout un prétexte pour immerger dans un univers unique : celui du Continent et de ses batailles. Aussi, y découvre-t-on d’autres personnages emblématiques, mais dont les visages nous étaient jusque-là inconnus : Ciri par Freya Allan, la double Yennefer de Vengerberg jouée par l’excellente Anya Chalotra, l’attachant barde Jaskier par Joey Batey, etc. Autant d’acteurs et actrices britanniques, dont les jeux se complètent impeccablement. Cirilla captive l’attention, Yennifer absorbe le regard, Jaskier rassure. Et tous participent, du fait de ne pas être des têtes d’affiches, à la tradition des réussites britanniques qui ne reposent pas sur des castings trois étoiles, façon Hollywood. Ainsi, les réals peuvent espérer diffuser une impression d’authenticité et d’identification. Henri Cavill, lui, a été le visage familier suffisant pour crédibiliser l’annonce d’un tel projet et rameuter les troupes, mais ne monopolise pas pour autant l’attention : la distribution en ressort parfaitement équilibrée. 

Le problème de la temporalité

Gros débat au cœur des critiques de la série : on ne comprend rien. Effectivement, j’ai eu la chance d’avoir reçu les informations clefs au fur et à mesure des épisodes par mon binôme de visionnage. Mais sans cela, je ne sais pas si tout serait resté aussi clair. On vacille, c’est vrai, d’époques en époques, sans que soient toujours donnés au spectateurs les moyens de comprendre où il se trouve. La faute, notamment, à l’absence de vieillissement des personnages entre deux périodes. Cependant, laissons-nous convaincre qu’il y a derrière cette maladresse, une envie bien réfléchie de nous pousser à entrer davantage dans l’univers magique…en lisant les livres ou en jouant quelques games.

D’ici la sortie tardive (printemps 2021) de la saison 2, qui nous rend terriblement impatients, souhaitons-nous donc une bonne lecture ou une bonne partie ! 

Crédits images @Netflix / @CD Projekt

Sharon Houri

Sharon Houri

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