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La Finance Islamique : un système de demain ?

La récente hyperactivité de Facebook autour du lancement prochain de sa future monnaie virtuelle le libra, et l’émoi mondial provoqué par celui-ci en témoigne : il fait bon être l’initiateur du système de demain.

Ce n’est pas compliqué de comprendre que le premier à développer une idée révolutionnaire d’avenir est celui qui en profitera le plus. La guerre pour la course à l’innovation que se mènent, et que se mèneront toujours, les pays, les entreprises ou les institutions, se fait à coup d’investissements massifs et surtout à l’aide d’un sens aiguë de l’anticipation. Bien que vieille de plusieurs décennies, la finance islamique connaît un essor important depuis plusieurs années et pousse les pays développés, comme la France, à la considérer et à la prévoir comme peut-être, l’une des organisations de demain et l’un des enjeux de R&D d’aujourd’hui.

La finance islamique comment ça fonctionne ?

La finance occidentale, qui s’est répandue à travers le monde à grande vitesse au sortir de la deuxième guerre mondiale est fermement condamnée dans les années 1970 par certains théologiens musulmans qui dessinent et embrassent alors les nouveaux contours de la finance islamique. Un nouveau mode d’organisation prend alors forme rythmée par la loi de l’islam : la Chari’a. Ces grands principes s’articulent autour de la prohibition de l’intérêt (Riba) et de la rémunération via les créances, de la conformité des activités aux règles du Coran, de l’interdiction de la spéculation, du partage des risques entre prêteurs et emprunteurs et de l’existence d’un transfert de bien tangible, matériel et détenu lors de chaque transaction financière. Ces postulats bannissent donc par exemple, l’utilisation de produits dérivés. Ce système reste et demeure peu utilisé dans le monde, en particulier à l’occident, mais tend à se développer et à revenir de plus en plus dans les débats économiques actuels. 

Une obligation classique, par exemple, rapporte au prêteur des intérêts jusqu’à remboursement du capital initial, ce qui, on l’a dit, est interdit par la Chari’a. Avec la finance islamique, l’obligation Sukuk contournerait par exemple cela. Pour l’illustrer, prenons l’exemple d’une entreprise « A », qui souhaiterait acquérir un bien X de 100 000€, pour lequel elle a besoin d’un prêt, remboursable à un taux d’intérêt de 1% sur 5 ans. Pour surmonter l’interdiction de l’usure (intérêts), « A » créé une société ad hoc, qu’elle appelle « B », pour laquelle elle émet des titres de propriétés, des Sukuk (mi-action, mi-obligation), pour un montant de 100 000€. Avec ces 100 000€, « A » peut acquérir son bien X, qu’elle va louer à « B » pour une période de 5ans via des annuités comprenant remboursement du capital + intérêts. Ce que B va lui-même reverser à ses actionnaires sous la forme de dividendes. A l’échéance, « A » sera en possession de son bien X et aura remboursé son sukuk de 100 000€ + les 1% d’intérêts, conformément à la loi islamique, puisque toutes les transactions se sont faites sur l’endos d’un actif tangible. De plus, les risques restent partagés entre les investisseurs (actionnaires de « B ») et « A », puisqu’en cas de défaut de paiement, les investisseurs sont toujours, via « B », les propriétaires du bien X. 

La finance islamique en Europe ? 

Au fond, la finalité reste la même, mais les montages financiers n’en sont que plus complexes. Les pays occidentaux comme la France n’auraient alors visiblement que peu d’intérêts à adopter un tel système. Cependant, la finance islamique connaît depuis plusieurs années un essor indéniable. Le journal l’Opinion déclarait en décembre que : « Les actifs financiers islamiques représenteront 3 800 milliards de dollars en 2022, avec une croissance de 10 % par an ». Dans ce sens, le président turc, R. Erdogan, qui y voit également un moyen de s’opposer au système traditionnel très américain, a déclaré : « Nous devons placer la finance islamique en tête de notre agenda ». L’idée fait également son chemin depuis plusieurs années dans les pays du Golfe persique, en Afrique du Nord, mais également chez certains pays non-musulmans. En effet le Royaume-Uni et le Luxembourg ont déjà utilisé les Sukuk pour émettre de la dette souveraine. 

Les coûts engagés pour s’assurer que la finance soit « Chari’a compatible » sont conséquents et réduisent ainsi les profits, c’est un fait. La paperasse administrative, avec la finance islamique, ne serait que plus lourde et importante, ce qui repousserait le monde entrepreneurial, c’est aussi un fait. Toutefois, beaucoup y voit un système d’avenir. En effet, puisqu’elle est bannie par la religion, la spéculation n’a pas sa place dans la finance islamique. Une idée qui peut en séduire plus d’un, quand on sait à quel point les bulles spéculatives font peur.

Mais également, puisqu’elle est en plein essor, qu’adviendrait-il si un pays musulman décidait de n’opérer plus que par la finance islamique. On sait à quel point ces-derniers peuvent jouer un rôle important dans le commerce mondial, en particulier sur le marché des énergies. C’est pourquoi les banques occidentales, ont intérêt à se familiariser avec ces outils. C’est ce que font nombre d’entre elles depuis qu’en 2009, la banque américaine Goldman Sachs a, la première, enregistré une émission de Sukuk pour le compte de General Electric. Dans un siècle ou les échanges se font de plus en plus à l’international, beaucoup d’établissements bancaires veulent être de ceux qui pourront exploiter cette manne financière conséquente qui pourrait continuer de se développer dans les prochaines années.

Louis Brochard

Crédits photo : https://afrique.latribune.fr/finances/bourse/2018-02-13/finance-islamique-le-mali-emet-son-premier-sukuk-de-150-milliards-de-fcfa-sur-le-marche-regional-768221.html

La rédaction

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