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Antonine Maillet : l’Acadie et la littérature

Après une intervention remarquée sur Radio Canada, Matthieu vous propose de revenir sur l’histoire et l’œuvre de l’écrivaine acadienne Antonine Maillet ; lauréate du prix Goncourt en 1979, mais presque inconnue dans l’hexagone.

« L’Acadien n’est pas un loup : il n’a pas de dents. C’est un renard qui est astucieux. »

Antonine Maillet est âgée de 90 ans. Elle est née en 1929 à Bouctouche au Nouveau-Brunswick (Canada). Elle était l’invitée d’honneur du Salon du Livre de Montréal qui se déroulait du 20 au 25 novembre. À cette occasion elle s’est exprimée sur la littérature et l’Acadie.

L’œuvre d’Antonine Maillet est indéniablement liée à ses origines acadiennes, c’est une source d’inspiration, mais également un combat. Quand elle raconte au micro de Radio Canada l’épisode du Général de Gaulle pleurant devant quatre hommes qui l’imploraient de sauver l’Acadie, on devine son engagement et sa grande sensibilité pour son peuple.

I- Brève histoire de l’Acadie francophone

La thématique acadienne est relativement méconnue. Pourtant son origine est intimement liée avec celle de la France.

L’histoire acadienne francophone débute en 1604, date à laquelle elle sera véritablement colonisée par les Français. C’est alors une terre peuplée par les Amérindiens micmacs. La première année est délicate, le scorbut décime les colons. Il faut attendre 1606 pour voir apparaître des premiers signes d’organisation lorsque la colonie est déplacée à Port-Royal (en actuelle Nouvelle-Écosse).

L’Acadie se développe rapidement et la cohabitation avec les autochtones est relativement pacifique. Pendant plus d’un siècle, le territoire acadien sera disputé par les Anglais. De 1613 à 1632, il passe aux mains des Anglais. De 1632 à 1654 il est français, de 1654 à 1667 il est de nouveau anglais. Au total l’Acadie changera de domination 6 fois entre 1604 et 1713. C’est le traité d’Utrecht (1713) qui va permettre aux anglais de définitivement récupérer l’Acadie. Contrairement aux français, les anglais colonisent peu cette terre et c’est finalement les colons français qui font vivre l’Acadie. Ils jouissent d’une certaine prospérité jusqu’en 1744, date à laquelle la véritable colonisation anglaise commence. C’est aussi cette époque qui marque le début de la déportation acadienne.

Entre 1755 et 1762 c’est le Grand-Dérangement. Les acadiens francophones sont déportés vers d’autres colonies anglaises, certains réussissent à s’échapper vers les colonies françaises. Au final on estime que ¾ des acadiens francophones ont été déportés. C’est un crève-cœur pour ce peuple qui avait développé l’agriculture et qui s’étaient attaché aux terres.

En 1763 le traité de Paris est signé entre la France et le Canada, les français se retirent de la majeure partie des territoires nord-américains. À partir de cette date, les franco-acadiens sont autorisés à retourner en territoire acadien initial, mais sous condition : ils ne doivent pas être trop regroupés et les espaces où ils peuvent réemigrer sont moins fertiles. Ils abandonnent alors l’agriculture pour la pêche qui est une activité bien moins prospère. Les franco-acadiens subsistent difficilement. Ils sont atomisés entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Leur évolution est freinée. L’élite acadienne se forme tardivement avec la multiplication d’écoles et de collèges., Cette période va marquer un repli autour du nationalisme qui s’accompagne par la création de symboles : Drapeau, hymne..

De nos jours, les franco-acadiens sont installés en Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick, ils font partie intégrante de la population canadienne, mais conservent une certaine fibre patriotique et un amour réel pour la langue française.

II – La reconnaissance tardive des écrits acadiens

La littérature acadienne n’est pas un long fleuve tranquille. Elle se développe délicatement au XVIIe siècle à cause des difficultés sociales et économiques liées à la colonisation. Quand l’Acadie devient anglaise au début du XVIIe siècle et après la déportation, les œuvres littéraires francophones sont peu publiées. Il faut dire que la littérature orale est prédominante (Contes, fables, poèmes…).

La littérature acadienne prend un nouvel essor à la fin du XIXe siècle, les universités forment une population savante. Cette population redécouvre son histoire, son héritage et ses légendes. C’est un climat propice à la création artistique. De nouvelles revendications apparaissent et la littérature sert principalement à appuyer le nationalisme acadien.

Il faut attendre la deuxième partie du XXe siècle pour que naisse une toute autre littérature acadienne, portée entre autres par Antonine Maillet.

Source : ici.radio-canada.ca

III – Antonine Maillet : Patriote sensible

Le sentiment acadien émerge très tôt chez Antonine Maillet, ses parents sont patriotes et l’éduquent dans ce sens. Après des études au Collège Notre-Dame d’Acadie, elle devient institutrice et enseigne les lettres. Elle décide finalement de reprendre ses études à Montréal. Elle obtiendra par la suite un doctorat en lettres. Son mémoire sur Gabrielle Roy, écrivaine franco-manitobaine et ses recherches sur le folklore acadien montrent son engagement pour la littérature francophone dans sa globalité. Celle-ci ne se limite pas uniquement à l’Acadie, mais à toute la francophonie canadienne.

Dans un contexte acadien identitaire, Antonine Maillet s’est dès le début écartée de ce mouvement pour se consacrer à la dénonciation d’autres inégalités sociales : richesse, classes, éducation.

Cette négation du nationalisme ne veut pas dire qu’elle ne s’engage pas pour la cause acadienne, bien au contraire. Simplement elle désapprouve le repli identitaire.

Le sujet acadien reste la composante principale de son œuvre. Le roman Pélagie-la-Charrette (Prix Goncourt 1976) parle de la déportation acadienne, La Sagouine (1971), pièce de théâtre poétique s’intéresse au quotidien laborieux des acadiens.

Il faut lire Antonine Maillet en France pour comprendre l’histoire délicate de francophones minoritaires qui ont su se servir de leur engagement quotidien pour produire des œuvres d’une sensibilité rare.

« La meilleure façon de rayer le passé est d’enluminer l’avenir »

Antonine Maillet

Matthieu Colet

La rédaction

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