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Loterie NBA : comment rebattre les cartes au pays du libéralisme ?

David Stern, Commissionnaire de la NBA pendant 30 ans, nous a quitté en ce début d’année 2020. Il fut celui qui permit l’essor du basketball des années 80 à son internationalisation. Au cours de son mandat, il réforme à plusieurs reprises l’un des grands moments de la NBA : la loterie de la Draft.

Le contexte

Le 1er janvier 2020, les fans de NBA apprennent la triste nouvelle : David Stern est décédé. David Stern, c’est le boss de la ligue américaine de basketball de 1984 à 2014. Il est celui qui fit de la ligue ce qu’elle est aujourd’hui : diffusée en direct dans quasiment tous les pays dans le monde, attirant de plus en plus de fans et générant des revenus énormes chaque année. Stern imposa directement sa volonté de mettre un grand coup de balai aux trafics de substances illicites qui faisaient la réputation de la NBA. 

En 1985, il créa la loterie de la Draft NBA. Chaque année, les équipes disposent de plusieurs pick de Draft au cours desquels ils peuvent choisir des joueurs universitaires pour les rejoindre. Cette élection se fait par ordre précis. Toutes les franchises ont donc intérêt à pouvoir choisir en premier pour profiter d’un plus large panel de joueurs. Le système de Draft, tel qu’il a été conçu, favorise les équipes mal classées l’année précédente. Il s’agissait d’accroître la compétitivité de la ligue et de pallier à l’absence de système de promotion/relégation. Jusqu’en 1984, il fallait tirer à pile ou face entre les deux équipes les moins bien classées par conférence (Est et Ouest) l’année précédente pour obtenir le premier choix. 

Lors de la saison 1983-1984, les Houston Rockets s’écroulent « subitement » en fin de saison jusqu’à terminer à la dernière place de leur conférence. Ils obtiennent le premier choix de la Draft. Pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise, David Stern va instaurer une loterie dès l’été suivant : un tirage au sort avec des probabilités différentes selon le classement de chaque franchise. Celles ayant un moins bon bilan restent avantagées et ont plus de chance de choisir les joueurs universitaires dans les premières positions.

Une Draft favorisant les petits…

Depuis 1985, l’équipe a une probabilité plus réduite de se retrouver avec le premier choix, et non plus une chance sur deux. Mais jusqu’en 1989, seuls les quatre premiers choix se font à la loterie, le reste des franchises se classant par ordre inverse au classement de l’année précédente en NBA. Ce système permet aux franchises les moins bien classées de se renforcer avec les meilleurs joueurs universitaires. La loterie de la Draft a par exemple permis aux New York Knicks (3e pire bilan en 1985) de choisir Patrick Ewing comme premier choix de la Draft 1985. Ce dernier sera considéré comme l’un des meilleurs pivots et permettra aux Knicks de remonter dans la hiérarchie au cours des années 90. 

Afin de rendre attractive la ligue de basketball nord-américaine, établir les choix de Draft en favorisant les moins bonnes équipes paraît naturel. De fait, hormis les Los Angeles Lakers et les Boston Celtics, rares sont celles à rester au top durablement. Il s’instaure un système de renouvellement constant des vainqueurs de la compétition, ce qui la rend d’autant plus attrayante. Bien que finir avec le pire bilan de toute la NBA ne garantisse pas à 100% de pouvoir choisir en premier lors de la Draft suivante, les probabilités sont telles qu’en moyenne le rang de décision suit l’ordre inverse du classement de l’année. Certaines franchises ne luttant pas pour le titre peuvent dès lors être incitées à ne pas se surpasser pour avoir le moins bon classement possible et ainsi espérer qu’un futur très grand joueur les rejoigne lors de la Draft.

En 1989, la loterie ne concerne plus uniquement les quatre pires franchises, mais les onze dernières. À chaque fois, la probabilité est pondérée en fonction du classement. Cependant, en 1993 c’est le Magic d’Orlando qui obtient le premier choix alors qu’ils avaient « seulement » le onzième pire bilan de l’année. Le système de loterie ne leur donnait que 1,6% de chance d’obtenir le premier choix. Les probabilités sont alors redéfinies et donnent encore plus de chance aux moins bonnes équipes de remporter le premier pick (le taux passe de 16,7% à 25% pour la moins bonne franchise). Ces réformes se font toujours dans le but d’avantager les plus petites franchises et redistribuer les cartes au sein de la NBA.

…de plus en plus remise en cause

Malheureusement, il a également montré ses limites. Certaines franchises n’hésitent pas à perdre volontairement (tanking) afin de se retrouver au bas du classement plusieurs années de suite dans le but de récupérer plusieurs jeunes joueurs talentueux et miser sur le long terme. Les Philadelphie Sixers en sont l’exemple le plus récent en enchaînant les mauvaises performances afin d’accumuler les meilleurs choix de Draft plusieurs années consécutives. C’est ainsi qu’ils ont pu récupérer Joël Embiid (3e choix en 2014), Ben Simmons (1er, 2016) et Markelle Fultz (1er, 2017). Avec cette technique, fortement critiquée par David Stern, les Sixers ont permis d’intégrer plusieurs joueurs majeurs à leur équipe jusqu’à devenir prétendantes au titre aujourd’hui. 

Si l’hétérogénéité au sein de la ligue est bonne pour démocratiser ce sport, les défaites volontaires agissent comme une très mauvaise publicité. Afin de limiter l’incitation à perdre délibérément, la NBA revient petit à petit sur le système de loterie en offrant des probabilités plus faibles aux moins bonnes équipes. C’est ainsi que pour la première fois lors de la Draft 2019, les trois équipes présentant les pires bilans l’année précédente avaient autant de chance d’obtenir le premier choix (14%). La loterie NBA est un moment fort de la saison pour toutes les franchises. Elle participe à l’attractivité de ce championnat en voulant instaurer un roulement entre les prétendants au titre. Toutes connaissent des hauts et des bas (le temps de reconstruire une équipe à base de transferts, ou de la Draft). Aujourd’hui, les droits télévisuels de la NBA s’évaluent à plus de 2 milliards de dollars par saison. La NBA peut grandement remercier David Stern pour avoir mis en place une compétition professionnelle et attrayante puisque non redondante, grâce notamment au système de loterie pour la Draft. 

Le moment de l’annonce de la répartition des choix de Draft est un incontournable à chaque saison. Toute la complexité réside dans l’arbitrage entre la volonté de donner un coup de pouce aux moins bonnes franchises sans les inciter à perdre volontairement. Les récentes réformes désinvitent les franchises à réaliser le fameux tanking afin de garantir des matchs intéressants. Selon moi, la NBA ne devrait pas pousser trop loin ce processus puisque l’attractivité de la ligue passe principalement par le renouvellement continuel des prétendants au titre. Financièrement, elle pourrait avoir des arguments contraires : garder certaines franchises au sommet (les Lakers ou les Celtics attirent plus les foules que les Blazers de Portland par exemple). Cependant, cela aboutirait à totalement délaisser certaines équipes au fond du classement et causerait la perte de ce qui fait la singularité de la NBA : une ligue attrayante avec des rebondissements perpétuels.

Changement des probabilités pour les choix de Draft en 2019

Source bannière : https://information.tv5monde.com/info/david-stern-le-visionnaire-qui-revolutionne-et-enrichi-la-nba-339507

Alan Gauthier

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