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Procès Jacques Mesrine, 10ème du nom

La Fédération française de Débat et d’Eloquence (FFDE) organisait fin novembre le dixième procès de l’ennemi public numéro 1. Retour sur cette soirée riche en débats, en art oratoire, en personnalités et en applaudissements.

Invitée à l’événement, je me suis empressée de répondre présent. Comme toujours, c’est ma fidèle acolyte Jessica Neveux qui m’accompagne. C’est parti pour une soirée dans un des plus beaux lieux de Paris, le Palais de Justice – et dans la première Cour d’instance, s’il vous plait.

Je rencontre avant le procès les étudiants plaideurs. Parmi eux, on compte quatre hommes et deux femmes remontés à bloc pour impressionner le jury composé de cinq illustres personnes : le bâtonnier Francis Teitgen, les avocats Maître Martine Malinbaum (ancienne avocate de Mesrine) et Maître Bertrand Périer, le chef d’établissement du centre pénitentiaire de Meaux, Pascal Spenlé et pour finir l’ancien braqueur et compère de Jacques, François Besse.

Le jury du Procès Mesrine

Vers 20 heures, le procès commence. Le bureau de la FFDE nous présente les orateurs du jour :

  • Plaideur de l’accusation : Elsa Dossmann
  • Témoin de l’accusation (Robert Broussard) : Arthur Kenigsberg
  • Témoin de l’accusation (François Besse) : Léo-Paul Sworst
  • Avocat ténor de l’accusation : Maitre Bono
  • Plaideur de la défense : Raphael Revah
  • Témoin de la défense (Charlie Bauer) : Camille Wolff
  • Témoin de la défense (Sylvia Jeanjacquot) : Juliette Le Guellec
  • Avocat ténor de la défense : Maitre Triboulet
L’équipe de la FFDE : le président, le trésorier et la vice présidente

Après ces longues présentations, place au procès qui débute avec l’intervention du témoin de l’accusation, le commissaire Broussard.

Témoin de l’accusation (Robert Broussard) : Arthur Kenigsberg

Arthur incarne ce policier qui fut des années à courir après Mesrine. Celui qui partagea une coupe de champagne avec lui avant l’une de ses arrestations. Celui qui a sans doute le plus approché celui qu’on appelle toujours l’ennemi public numéro 1.

Arthur est un orateur fantastique qui a su incarner ce policier si froid et pourtant si humain. Il cherche à nous libérer du mythe Mesrine et à faire taire cette rumeur du Robin des bois moderne. Il déclare :

«  Il n’y a pas de héros dans la criminalité, il n’y a que des hommes. »

À propos de sa mort, il nie l’erreur policière, bavure qui a pourtant été dénoncé à maintes reprises et le sera de nouveau par Juliette :

« Il est mort dans sa prison intérieure »

Arthur, le commissaire Broussard

Belle performance, Arthur, mais Camille a décidé d’époustouffler le jury ce soir en incarnant Charlie Bauer.

Témoin de la défense (Charlie Bauer) : Camille Wolff

Camille n’interprète plus Bauer. Il est Bauer. Et c’est ce qu’il lui vaudra sans doute de gagner le prix du meilleur témoin. Témoin de la défense, il dénonce les conditions en QHS, il défend les combats qu’ont mené Mesrine et lui-même et surtout remet en question cette justice qui punie les hommes jusqu’à les déshumaniser :

« Quelle justice peut décider qu’un homme ne mérite plus d’être humain ? »

« Le choix que nous avons fait est de lutter (…) avec tous les moyens qui nous ont été donné. »

Génie oratoire, cela est certain. Instinct d’acteur, peut être bien. Camille semble promis à une belle carrière.

Camille, Charlie Bauer, ami proche de Mesrine

Témoin de l’accusation (François Besse) : Léo-Paul Sworst

C’est ensuite au tour du deuxième témoin de l’accusation, Léo-Paul allias François Besse de nous donner sa version. Léo-Paul est clair, limpide. Il regarde en face le vrai François Besse qui se tient dans le jury et récite son histoire, ses révoltes et surtout sa rupture avec Mesrine.

Léo-Paul évoque un « suicide social » de Besse lors de son incarcération à la Santé, dont il s’évadera avec Mesrine. C’est après que la rupture soit entamée entre les deux hommes : « lui voulait mener une lutte armée contre l’Etat ». Un Mesrine allant trop loin pour Besse qui le laisse alors prendre ce virage, seul.

Ce qui est très ludique dans le cas de Léo-Paul, c’est qu’il se retrouve yeux dans les yeux avec celui qu’il incarne. Monsieur le Bâtonnier propose de poser des questions à chaque témoin. Ce droit est toujours exclut, sauf pour ce témoin à qui François Besse, le membre du jury, demande : « Comment envisagez-vous l’avenir Monsieur Besse ? ». Léo-Paul reste calme. Il semble mâcher sa réponse depuis plusieurs minutes : «  S’il y avait une valeur cardinale que je devais suivre, ce serait la sagesse, … et le pardon. » Bon, Léo-Paul, ça fait deux mais la réponse plaît à Besse qui esquisse un sourire.

Léo-Paul dans le rôle de Besse, ami de Mesrine et ancien forçat

Témoin de la défense (Sylvia Jeanjacquot) : Juliette Le Guellec

C’est au tour du dernier témoin de passer à barre. Juliette représente l’amoureuse en deuil de Mesrine, Sylvia, sa dernière compagne dans la vie et à ses cotés dans la mort. Juliette, j’ai failli tomber amoureuse d’elle, de ces larmes qui poussaient dans ses yeux, de cette voix douce et si révoltée. À mes yeux, Juliette a été l’orgasme de la soirée. Une interprétation parfaite. Un cœur posé sur la table. Juliette, ou devrais-je dire Sylvia, c’était ça : un appel à Jacques qui, s’ il l’avait vu du ciel, aurait eu les mêmes frissons que moi :

« Jacques, tu faisais ta justice. Tu respectais tes lois. »

« La criminalité, ça n’a rien de bien ni d’héroique tu sais »

Gentille au début, la petite Sylvia. Mais prise de rage par la mort racinienne de son homme, elle hurle son désespoir d’avoir perdu un œil mais surtout d’avoir perdu une partie de son cœur :

«  18 balles pour y déloger ta vie »

« Jacques, ils t’ont descendu comme un chien »

« Ils ne voulaient pas que je me souvienne. Plus de Sylvia. Plus de témoin. »

Pur acte théâtral. Pure génie jusque dans le battement des cils. Les témoignages sont clos.

Juliette alias Sylvia, dernière compagne de Mesrine

Passons maintenant aux avocats étudiants de l’accusation puis de la défense, tous deux incroyables et poignants. Maniant la parole et le verbe comme Endel Nelis maniait le fleuret.

Plaideur de l’accusation : Elsa Dossmann

Elsa est, dès le départ, épatante. Elle inspire le respect par cette dignité qui lui colle aux yeux. Elle débute son procès-verbal avec un argument tranchant : on doit juger un homme, ses crimes et non une légende ou un héros. Elle accuse la presse et le public de « romancer » la vie et le personnage de Mesrine, devenu une « figure romanesque », selon ses propres termes. Elle relève la légitimité de son combat mais elle veut aussi remettre dans le bon cadre les actes qui ont été commis. Elle déclare :

« Mais la noblesse d’un combat n’efface pas la bassesse d’un criminel ».

Criminel. Oui, criminel. C’est bien ce qu’était, après tout, le Jacques de Sylvia même s’il fut caché derrière une image de Robin des bois moderne, fait démenti par la procureur Elsa (« Si Robin des bois volait aux riches pour donner aux pauvres, Mesrine volait aux riches pour … Mesrine, visiblement. »). Elsa, on ne peut pas la contredire, lorsqu’elle nous demande sincèrement mais aussi très ironiquement voire même trop rhétoriquement « avait-on besoin d’un Jacques Mesrine ? ». En étant de bonne foi, répondre oui est impossible, surtout lorsqu’elle assaille le criminel de reproches : « jusqu’aux dernières lignes, il écrit son scénario : il écrit [dans L’instinct de mort] « celui qui tirera le premier aura raison ». »

Et alors, Elsa qui incarne la justice finit par déclarer, avec poigne et conviction, « Je refuse de dire aux enfants de la République qu’un criminel peut devenir un héros. » Point. À la ligne. Elsa a filé les frissons à la salle entière. Mesrine, lui-même, aurait sans doute baissé la tête.

Elsa, procureure de la République, chargée de l’accusation

Plaideur de la défense : Raphael Revah

Au tour de la défense. Raphael a la pression, mais à coté de Maître Triboulet, il ne faut pas hésiter à déclamer ses vers. Il attaque fort, très fort. Il est imprévisible. Il s’adresse au jury : « Madames, Messieurs les Jurés, « Ta gueule. ». » Un silence à la fois choqué et intrigué se dresse dans la salle. Raphael s’explique : « un monde régi par ses mots était celui de Bauer et de Mesrine ». La défense frappe brusquement. Raphael tape dans nos tripes. « Mesrine est rendu muet par une société qui ne veut plus de lui. » Il joue la carte du retournement de situation : Mesrine, victime. On plaiderait certainement les circonstances atténuantes. Raphael s’étale sur la vie du bandit, avant de parler de sa mort.

« Alors ça y est, Mesrine est mort. 18 balles. Alors ça y est, l’État est content de ne pas le rejuger. Alors ça y est, la France peut dormir sur ses deux oreilles. »

On croirait réentendre Sylvia : Mesrine est mort comme un chien, on l’aura compris. Raphael finit par jouer la même carte qu’Elsa : la République est garante de la justice. Il déclare : « Ce soir, vous pouvez rendre sa dignité à la justice […] dire que la justice n’abandonnera aucun enfant de la République ».

Raphael, avocat de la défense

Le rideau tombe. Les étudiants ont fini leurs plaidoiries. Seront récompensés en tant que meilleur plaideur, Elsa Kossmann, et en tant que meilleur témoin, Camille Wolf.

Ce sont maintenant au tour des avocats professionnels de prendre la parole. Ce sera Maître Bono pour l’accusation, qui livrera un plaidoyer certes très long mais pertinent face à Maître Triboulet pour la défense, ténor en l’art de la pitrerie intelligente et du verbe : un plaideur drôle, attentif et cruel à la fois.

Avocats ténors de l’accusation, Maitre Bono et de la défense, Maitre Triboulet

Maître Bono à l’accusation
Maître Triboulet à la défense

Pour revoir les plaidoiries des étudiants et des avocats, cliquez ici :

Le verdict tombe à presque 23 heures. Pas de condamnation. Pas d’acquittement. Mesrine restera où il est, comme il est. Mort et enterré.

Céline Lecat

Crédits images et vidéo : FFDE

Céline Lecat

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