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L’exhumation de Franco : l’Espagne enterre enfin son passé

Le 24 octobre 2019, l’ancien dictateur espagnol Francisco Franco a été exhumé afin d’être enterré dans un cimetière classique, près de Madrid. Exhumation qui est le résultat d’un long processus, parsemé de tensions et de polémiques.

Qu’est-ce que « El valle de los Caídos »?

Je me souviens, alors âgée d’une douzaine d’années, m’être rendue à « el Valle de los caídos » (littéralement « la vallée de ceux qui sont tombés »), où Francisco Franco, dictateur de l’Espagne de 1939 jusqu’à sa mort, en 1975, était enterré. J’avais alors été choquée par le nombre important de personnes, chantant Cara al sol, hymne franquiste et symbole de la répression. Inauguré en 1959, le mausolée est un site monumental, composé d’une basilique creusée à même la roche, et surmontée d’une croix de 150 mètres de haut. Franco avait ordonné sa construction, avec comme prétexte «  la réconciliation » après la guerre civile. Cependant, au lieu d’une réconciliation, ce lieu incarne plutôt la répression : il a été édifié par les prisonniers du régime franquiste, travaillant dans des conditions déplorables. Elle détient d’ailleurs un triste record : celui de la fosse commune la plus grande d’Espagne, avec les restes de 33 800 personnes.

Un monument à l’origine de nombreuses tensions

Non seulement son entretien coûte cher, mais de plus, il a longtemps renvoyé à une exaltation du franquisme : comme j’avais pu le constater, nombreux étaient les nostalgiques de la dictature qui s’y rendaient encore régulièrement. Cet édifice a longtemps fait l’objet de dissensions au sein des gouvernements qui se sont succédés en Espagne depuis 1975. C’est plus particulièrement à partir de 2007, avec le vote par le Congrès des députés de la Loi sur la mémoire historique, que le monde politique espagnol s’est emparé des nombreuses polémiques qui entouraient jusque là ce site. Comment rendre hommage à ceux qui sont morts pour le construire ? Que faire du tombeau de Franco et de celui de Primo de Rivera (fondateur de la Phalange, organisation d’origine fasciste) ? Est-il moral d’organiser des visites touristiques de ce bâtiment colossal ?

Une exhumation qui semble résoudre les problèmes

Le 24 août dernier, Pedro Sanchez a approuvé par décret le processus d’exhumation de l’ancien dictateur, procédure réalisée le 24 octobre dernier, enterrant selon beaucoup d’espagnols le passé dictatorial de l’Espagne et mettant enfin un voile sur le vestige de la honte. Cependant pour certains, cet acte a également ravivé de profondes blessures. La région dans laquelle je vis, les Asturies, était particulièrement appréciée du dictateur et il n’est pas rare de trouver encore des sympathisants de Franco. J’ai pu parler avec une personne dont la grand-mère ne cache pas son admiration à l’égard du dictateur : elle nie la dictature car selon elle « elle n’a pas souffert personnellement d’une quelconque répression ». Propos aberrants et pourtant, quand on constate à quel point le monument était encore jusque-là intouchable, pas si surprenants.

Vue générale du site
Le personnel des pompes funèbres transportant le cercueil de Franco vers l’hélicoptère, avant d’être transféré au cimetière de Mingorrubio.

J’ai également interrogé d’autres personnes, et voici le point de vue de Pilar, qui me semble résumer la raison pour laquelle l’exhumation de Franco est une bonne chose :

« Je pense que cela aurait dû se faire beaucoup plus tôt. Cela fait déjà 44 ans que Franco est mort, et il était enterré dans un monument construit par les victimes du franquisme, dont beaucoup sont encore non-identifiées, et dans une fosse commune sous le monument. Je pense que le faire après tant d’années est un manque de respect pour la mémoire de ces personnes, de leur famille et de la démocratie. Ce n’est pas une question d’opinion, mais de justice et de dignité. »

Marisol Roullier

Crédits photos : El País

La rédaction

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