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L’instinct de mort ne devrait pas avoir droit de cité

Aujourd’hui, On’ vous partage une tribune écrite par un des membres de la Fédération Française de Débat et d’Eloquence, Raphael Comte. Il revient sur le procès Mesrine à l’occasion du procès fictif organisé le 25 novembre au Tribunal de Grande Instance du Palais de Justice de Paris. Retour donc sur l’affaire Mesrine, qui bousculât la France.

40 ans nous séparent de la mort – ou de l’exécution publique, selon qui l’on interroge – du criminel de grand chemin Jacques René Mesrine, le 2 novembre 1979. 40 ans, c’est sans doute la peine minimum qui aurait été prononcée contre lui, pour tous ses crimes, sa vie et son œuvre. Il aurait peut-être même eu la peine capitale, même si la dernière exécution en France remonte à 1977.

Le Robin des Bois Français – le surnom ne pourrait sans doute pas être moins mérité – a marqué son époque, le nier est inutile. Il s’est vanté d’avoir tué 39 personnes, évadé spectaculairement, braqué de nombreuses banques, arrêté et jugé plusieurs fois. Même si le chiffre auto-attribué de ses crimes dans son ouvrage est évidemment surévalué, son œuvre est incontestablement macabre … et pourtant il a inspiré les masses, et par sa présence culturelle (films, livres, etc.), il s’est taillé à coup de revolver et d’interviews une place dans la culture française moderne. 

Peu de gens dans la saga Mesrine se sont privés de donner leur avis, de publier leurs mémoires, d’essayer de justifier leur action ou de se glorifier sur son dos. De ses anciens complices repentis aux flics qui ont arrêté sa cavale, tout le monde s’y est mis. S’il a contribué à sa réputation, il n’en est pas le seul auteur, et l’on pourrait défendre l’idée qu’il n’aurait pas, aujourd’hui, défendu l’image qu’il a acquis au fil des décennies, celle d’un bandit certes, mais empreint de principes, presque défendable par son côté franchouillard et bon vivant, ami des foules et amateur de liberté à haute dose. Était-il une référence du nihilisme qui s’est drapé de diverses justification pour commettre des horreurs sous le feu des projecteurs ? Avait-il un mérite particulier pour expliquer sa déification dans l’univers du crime français ? Ou était-il comme il a tenté de le défendre, le produit victimaire de l’action française en Algérie ?

Le mensonge Mesrine : le mythe du martyr empreint de liberté.

L’homme se confond souvent au mythe créé par ses soins. Mille visages, presque autant de surnoms, ses évasions et ses cambriolages tiennent presque de la performance artistique tant l’audace se confond à la cruauté de ses actions, et à l’inconséquence de ses prises de position. On l’a comparé à Bonnie & Clide quand, accompagné par Jeanne Schneider, il a sévi outre Atlantique. On l’a pensé altermondialiste, révolutionnaire, antisystème tout simplement. Ce petit tueur qui se voulait grand était peut-être un bon communiquant, mais sa crédibilité politique n’a jamais été la raison de sa célébrité, à peine la justification perpétuelle de sa présence médiatique. La seule chose que l’on pourrait défendre, c’est le traitement inhumain des QHS qu’il a aidé à médiatiser afin d’y mettre fin. Difficilement une ligne politique complète donc.

Sa plus grande réussite, pourrait-on dire, ce ne sont pas ses plus belles évasions, bien qu’il a redoublé d’audace et d’ingéniosité dans ce domaine. On pourrait dire que son héritier aujourd’hui dans cette catégorie est Redoine Faïd, célèbre pour s’être évadé de la prison de Réau en hélicoptère, si seulement il n’avait pas eu la bêtise de se faire cueillir dans sa ville natale de Creil quelques mois après. Non, sa plus grande réussite, c’est son personnage médiatique, qui rentre dans l’archétype de l’anti-héros défini par les formalistes russes : charismatique, incarnant un courant antisystème qui peut-être en inspire plus d’un dans l’intimité de leur foyer. Sa célébrité, ses surnoms, la fascination de son public, … l’envie de catharsis personnelle dans l’adoration d’un personnage noir, c’est peut-être la part antisystème en nous qui l’admire. La part qui pense parfois à commettre un crime, voler, braquer, tuer, sans raison apparente si ce n’est pour le rush d’adrénaline que cela semble procurer. Vincent Cassel l’a admirablement incarné au grand écran, trop bien incarné sans doute : loin des anti-héros de fiction, aux traits exagérés, celui-ci était bien réel, et ses horreurs également.

Le procès de Mesrine : un besoin sociétal quarante ans plus tard.

Mais en soi, ce qui pose problème aujourd’hui, ce ne sont pas les crimes vieux de 40 ans. Ce ne sont pas les délires mégalomaniaques d’un bandit de grand chemin psychotique, manipulateur et meurtrier. Non, le danger sociétal, ce sont les fils de Jack Mess, son héritage issu du mythe, qui paradoxalement glorifie l’absence de sens derrière l’action de Mesrine. Présent dans la scène rap moderne, présent dans les inspirations des criminels d’aujourd’hui, présent dans le box-office cinématographique, dans les rayonnage des librairies, présent enfin dans les cauchemars des officiers de police s’étant confronté au mythe. Trop présent.

Nous n’avons jamais eu de procès de l’action complète de l’ennemi public numéro 1. Quatre policiers à l’arrière d’un van, quelques chargeurs vidés et c’est un martyr que l’on vient de créer dans la place publique. 40 ans après, c’est l’échec de la justice qui transparaît derrière cette exécution, qui a mis fin à un feuilleton médiatique digne des séries américaines criminelles de série B en oubliant pourtant l’un des éléments capitaux du genre, le dénouement rassurant, le procès réparateur qui apporte la paix aux victimes comme au public fasciné par l’horreur. 

Le seul crime qu’il ne se soit pas pardonné, c’est le meurtre d’un « oiseau aux reflets bleus », à 13 ans. Par « bêtise », dit-il, comme si cela se différenciait en substance de ses autres méfaits. Sans doute s’en était-il convaincu, à force. S’il n’était pas capable de lui-même de comprendre sa capacité de nuisance collective, sa capacité de manipulation et d’inspiration macabre, la société et la justice en revanche ne sauraient être si laxistes, même quarante ans plus tard. En de nombreux aspects, ce ne sont pas que des hommes et des femmes qu’il a tué, ce ne sont pas que des banques qu’il a braqué, des prisons dont il s’est échappé. Du point de vue collectif, c’est de la société, qu’il s’est moqué, avec cette dernière pour audience, ébahie et en pâmoison devant ce caméléon au revolver. Le besoin de le juger le 26 novembre prochain est réel. Le besoin est collectif, il s’inscrit dans la défense de l’image sociétale à laquelle on aspire.

Raphaël Comte

Le procès fictif de Mesrine sera couvert par On’. Rendez-vous sur notre compte Instagram mercredi 25 novembre à partir de 19h.

Remerciements à la Fédération Française de Débat et d’Éloquence et à Monsieur Raphael Comte.

La rédaction

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