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La Sorbonne reçoit François Hollande 1/2

Votre rédactrice en chef préférée s’est rendue le 30 octobre à la conférence-débat qu’organisait Débattre en Sorbonne, avec en invité prestigieux, le Président de la République François Hollande. Elle vous raconte sa soirée à travers cette chronique.

Il est 18h26. J’arrive enfin rue de la Sorbonne. Je dois faire face à un flot énorme de personnes, rassemblées dans une file d’attente. Je cherche désespérément Jessica Neveux, ma photographe, dans ce bain de foule. Ah, je la trouve ! … qui faisait la queue. Les journalistes ne font pas la queue, voyons !

Quelques minutes après, bien qu’on crut ne pas réussir à entrer, nous sommes dans l’enceinte de la Sorbonne. Le bâtiment a toujours cet air magique, couvert par un voile bleu qui annonce la tombée de la nuit. Nous sommes accueillies par les membres de Débattre en Sorbonne qui nous installent sur une tribune, dans l’espace presse. Ma voisine de banc n’est autre qu’une journaliste de BFMTV. Oh la pression que ça m’a mis, vous n’imaginez pas !

François Hollande et Maxime Daeninck

Soudain, à 19h, on nous demande de bien vouloir accueillir Monsieur le Président. Acclamé par l’amphithéâtre tout entier, François Hollande fait son entrée devant les yeux admiratifs des étudiants. C’est maintenant au tour du doyen de l’université de faire son discours. Il faudra encore attendre un peu pour entendre la voix du Président. C’est ensuite un autre président qui prend la parole, le président de Débattre en Sorbonne, Monsieur Maxime Daeninck.

Quelques minutes plus tard, Monsieur Hollande a à peine prononcé quelques syllabes, qu’une sirène retentit. Oh non pas l’alarme incendie ! Eh, bien non, pire. Les royalistes ! Et oui, en 2019, l’Action française est toujours là qui scande le retour de la monarchie et « A bas la République ! ». Le public est outré, les clandestins sont évacués.

La sécurité était optimale. Pauline, membre de l’équipe de Débattre en Sorbonne ne comprend pas comment le mégaphone a réussi à entrer. Je m’interroge… Facile ! Il était déjà dans les locaux !

L’action française

Après cette petite intrigue policière, la conférence peut enfin reprendre. La foule n’a pas hésité à huer les royalistes et à applaudir à nouveau la République française et son représentant. Monsieur Hollande peut enfin commencer à parler de ce pour quoi il est venu : son livre Répondre à la crise démocratique.

La rencontre est divisée en deux parties. D’abord, l’ancien président nous parle librement de son livre et des idées qu’il défend dans celui-ci. Puis, c’est au tour des étudiants de pouvoir interroger l’ex chef de l’Etat. On aborde de nombreux sujets, certains de long en large et en travers, comme la réforme des institutions prônée par M. Hollande, et d’autres, plus brièvement.

François Hollande écoute les étudiants poser leurs questions

Un petit retour sur la situation politique actuelle de la France et du monde est d’abord engagé. M. Hollande fait le constat d’une démocratie en recul dans le monde et de partis populistes de plus en plus puissants. L’ancien président aime être précis. Il n’hésite pas à armer ses arguments d’exemples de pays, d’événements (il nous martelait de dates précises) et citer les grands hommes tels que Charles de Gaulle ou François Mitterrand.

Le ton du débat est donné : on parlera des institutions, des partis mais aussi du problème de la représentation. La problématique à traiter est établie : Comment renouveler le message politique et changer son rapport avec les citoyens ?

Le Président fait le bilan de son mandat. Entre crise économique, attaques terroristes et mise en place de l’état d’urgence, le fossé se creuse entre les citoyens et leurs représentants, qui se sentent délaissés. Les partis politiques traditionnels, eux-aussi ont pris une claque et ont du mal à se relever après 2017 et l’avènement d’Emmanuel Macron.

Dans son ouvrage Répondre à la crise démocratique, François Hollande propose plusieurs réponses aux problèmes qui traversent actuellement la République française. Il revient d’abord sur la question des institutions. Il relève le rôle central du Président : «  Le Président est chargé de l’essentiel comme de l’accessoire. » et remet en cause le rôle du Premier ministre. Le régime semi présidentiel, actuellement installé en France, est, selon l’ancien Président, à revoir. En effet, la question de la participation citoyenne impose une réponse sérieuse. Ces dernières années, étant marquées par une montée des partis populistes, remettent en cause la bonne marche du système. En effet, Monsieur Hollande explique que ce sont les institutions qui empêchent de vivre quand elles sont détournées par le populisme alors qu’elles doivent garantir les conditions de vie des citoyens. C’est pourquoi il est essentiel de garantir une séparation des pouvoirs juste et efficace.

« La Ve république est morte. Vive la Vème république »

déclaration de Monsieur Hollande après son discours sur les institutions.

La question des référendums s’étant imposée dans le débat citoyen et politique ces dernières années, François Hollande ne fait pas exception. Notre ancien président étonne en commençant ce thème par un petit calembour, qui n’a pas eu très grand succès :

« Je pensais que le RIC était un impôt » 

Le président enchaîne les exemples pour nous faire comprendre ses idées. Il fait instinctivement référence à la Suisse qui organise un référendum annuel et à l’Italie où les citoyens ont refusé la réforme constitutionnelle de 2016 proposée par Matteo Renzi. Ces exemples permettent à Hollande de montrer la complexité du phénomène du référendum, il commente : « Quand on leur donne la parole, les Français et les Italiens disent plutôt non que oui. Et cela ne vaut pas que pour les Français et les Italiens. »

L’ancien président a aussi à cœur de rappeler le rôle des partis dans la Réplique, il déclare :

« En fait, il n’y a jamais eu de bipartisme en France. Il y a eu une bipolarisation. Vous vous souvenez, il y avait la droite, la gauche… ce n’est pas si vieux » (rires)

« La démocratie (…) sans partis forts (…) laisse la démocratie faible et vulnérable. (…) Il faut qu’une force soit donnée aux partis, au clivage. »

« Il n’y aura pas de démocratie durable sans partis qui régulent le débat. »

« Ils (les partis) doivent se réinventer. » (…) « Il y a du travail. »

« On est souvent plus exigeant vis-à-vis de la gauche que de la droite ou de l’extrême droite. »

Ainsi, François Hollande défend les partis traditionnels qui tendent en ce moment à laisser place à d’autres mouvements et partis qui se veulent novateurs. On voit ici d’abord une critique de la chute des partis traditionnels (Les Républicains et Le Parti socialiste) mais aussi une prise de conscience de la nécessité de ces partis pour assurer la pérennité de la République. Néanmoins, on perçoit tout de même l’engagement d’Hollande dans le parti traditionnel de gauche et les difficultés que cela soulève.

Pour finir, le sujet de la République et de la démocratie n’a pas fait exception au débat. Parmi les déclarations du Président, on peut retenir : « On ne peut pas soupçonner la République et la démocratie. » Ainsi, Hollande veut montrer que malgré la période truffée de « fakes news » que nous vivons, il faut avoir une certaine confiance en la République et la démocratie. Cette démocratie qui a déjà démontrer son pouvoir : « Si on regarde l’histoire du XXème siècle, la démocratie a été plus forte que la barbarie. »

François Hollande semble donc avoir confiance en l’avenir et en la République, tout en ayant conscience des problèmes auxquels celle-ci fait face. Le Président est applaudi par les étudiants, à qui il est proposé de rester lors de la séance de dédicaces qui suivit. Nous avons pu, à cette occasion, le rencontrer et lui poser quelques questions.

A suivre …

Crédits photos : Jessica Neveux

Céline Lecat

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