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Critique cinématographique de Deux moi : le film français selon Klapisch

Retour sur le magnifique film Deux moi avec Paul qui nous offre une critique et une analyse fines. De quoi nous donner envie de visionner ce film, d’un nouveau genre.

Dans l’esprit commun, le cinéma français serait trop homogène. Incapable de transmettre des émotions diverses. Comédie, romance, tragédie, film d’auteur, paraissent enfermés dans des petites cases indépendantes. Pourtant, Deux moi parvient à exprimer une certaine complexité. Dès la première scène, nous nous retrouvons bousculés à bord d’un métro en furie, pour vivre l’agitation angoissante et fascinante de Paris…

Au casting : François Civil et Ana Girardot, entrant parfaitement dans la peau insipide de « Monsieur et Madame Tout-le-Monde ». Rémy, manutentionnaire de trente ans à la barbe mal rasée, est suivi de près par Mélanie, chercheuse en laboratoire pharmaceutique aux pulls trop larges et aux cernes bien dessinées. Tous deux soumis à la pression de leur travail, ils doivent se plier en quatre pour ne pas être écartelés par une famille étouffante. Habitant le même immeuble, fréquentant la même épicerie, possédant un chat commun et prenant le même métro, les deux êtres ont tout pour se plaire. Pourtant, leurs routes se croisent sans vraiment se rencontrer… Suivis par des psychanalystes, ils doivent grandir personnellement avant d’être bien à deux.

Le « Métro-boulot-dodo » parisien

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À première vue, les personnages incarnent la routine « métro, boulot, dodo » ; ce fameux credo que personne n’imagine suivre un jour, mais dans lequel nous nous retrouvons tous. Plus que des « trentenaires-banals-avec-un-travail-insignifiant », ils sont des « Parisiens typiques ». Qu’ils s’appellent Mélanie ou Rémy importe peu ; ils sont avant tout fatigués, déprimés, subissent une pression familiale et professionnelle énorme… comme nous. Leur fadeur apparente est compensée par le piquant des psychanalystes Camille Cotin et François Berléand, tandis qu’une touche humoristique est assurée par deux visages familiers de la comédie française : Simon Abkarian en épicier de quartier, et Pierre Niney en vieil ami de jeunesse de Rémy. 

Une mutation de l’amour

Connu pour sa trilogie de L’Auberge espagnole (2002), Les Poupées russes (2005) et Casse-tête chinois (2013), Cédric Klapisch fait ici le choix de s’arrêter dans son tour du monde pour se poser dans la capitale française. S’éloignant en apparence de ses précédents films, il les rejoint pourtant en un point : le traitement d’une histoire l’amour. Qu’il arrive à la suite d’un échange Erasmus, d’une venue à New York ou d’une inscription sur Tinder : l’amour est toujours présent dans nos vies, malgré la mutation de la société.

À l’image des sentiments, le film est rythmé par des atmosphères opposées. Fatigués par votre journée de travail à l’usine ? Jouez avec votre chat dans une ambiance tamisée, ou dînez avec un homme dans un bar branché ! N’ayez pas peur, avancez vers cet immeuble un peu sale ; peut-être surprendrez-vous un doux coucher de soleil sur Montmartre… Dans la même veine, prendre le métro une poignée de secondes amène jusqu’aux cabinets des psychanalystes, où avancer à son rythme est enfin permis. 

Les raviveurs de la Ville Lumière…

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Anonyme et discret, le duo de spécialistes a pourtant un rôle capital. En allant les consulter, les deux « Parisiens typiques » oublient leurs traquas et leur mode de vie strident. Loin d’être admis comme « fous » comme le présage Rémy, ils sont pris au sérieux. Mieux : pour la première fois de leur vie, ils sont écoutés. Aiguillés. Même au-delà de la salle d’attente, où Mélanie irradie à travers une jolie robe aux motifs du papier peint de sa psy. Solaire, la jeune femme éclaire Paris, qui retrouve peu à peu ses lumières. Même sort pour Rémy, qui troque sa nonchalance et son imperméable pour un tee-shirt seyant et un côté rebelle. Et peut éventuellement prétendre vivre une histoire d’amour digne de ce nom… Le ton est donné : « pour aimer l’autre, il faut savoir s’aimer soi ».

Un cinéma sans case ?

Étiqueté « comédie tragique », Deux moi pourrait tout aussi bien rentrer dans la case « romance ». Certaines scènes ne sont pas sans rappeler le documentaire, avec des sujets de reportage comme l’influence de Tinder sur nos relations amoureuses. En tous cas, ce film reste une manière agréable d’aborder des thèmes sensibles tout en légèreté, et donne un aperçu des méfaits de la routine vide sur notre quotidien. Un bon moyen de passer le temps tout en lançant de réels questionnements sur nos vies, dans un monde où technologies et individualités rythment nos actions.  

Paul Philipon

La rédaction

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