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La série Succession, nouvelle pépite d’HBO

Oubliez Game of Thrones et comblez votre manque de machinations diaboliques et d’intrigues familiales avec cette série géniale, qui vient d’achever sa deuxième saison. 

Succession, c’est un peu l’enfant bâtard entre une pièce de Shakespeare et The Office : mi-satire, mi-drame familial. La série d’HBO possède un style et des personnages uniques qui en font un futur classique et la mettent à égalité avec d’autres séries prestigieuses comme Breaking Bad ou Mad Men

Un pitch qui promet 

Le postulat de base est relativement classique. Logan Roy, chef multimilliardaire d’une compagnie gigantesque (sorte de fusion entre Disney et Fox News) est victime d’une crise cardiaque. Aussitôt, ses quatre rejetons s’agitent pour savoir qui va lui succéder à la tête de l’entreprise familiale. Il y a Connor, l’aîné stupide qui dépense l’argent de la famille dans divers investissements bidons, Kendall, l’ancien cocaïnomane qui gère déjà une partie de la compagnie et fait figure d’héritier modèle, Shiv, la fille préférée qui a pris ses distances avec sa famille conservatrice et travaille comme lobbyiste pour une sénatrice démocrate et Roman, le dernier né imprévisible et fantasque. Autour d’eux gravitent tout un tas d’autres personnages, de la nouvelle femme de Logan, bien décidée à empocher sa part du gâteau, au cousin Greg, grand dadais tout juste embauché dans la compagnie. Tout ce petit monde va passer une vingtaine d’épisodes à comploter, faire et défaire des alliances et échanger des insultes assassines. 

Trois séries pour le prix d’une

En s’appuyant uniquement sur ce pitch, on pourrait croire que la série s’approche des soaps familiaux à la Dynastie avec ses rebondissements à n’en plus finir et ses acteurs qui surjouent. En fait, la série réussit un mélange pas facile entre moments clairement burlesques, satire très actuelle et drame familial touchant. 

Le créateur, Jesse Armstrong, a auparavant travaillé sur des séries anglaises comiques connues pour leurs dialogues ciselés comme The Thick of It ou Peep Show et on retrouve son style particulier dans l’écriture de la série. Le scénario capte bien l’absurdité inhérente à la vie des super riches, l’inventivité des insultes est étourdissante et la réalisation, qui emprunte le zoom à outrance à The Office, souligne le caractère pathétique des personnages, millionnaires mais toujours insatisfaits. Pour autant, la série n’est pas qu’une vaste rigolade au dépens des milliardaires. Elle agit aussi comme une dénonciation du pouvoir des compagnies américaines, une critique féroce du monde des médias et un pastiche à peine déguisé de Fox News et de la scène politique actuelle aux Etats-Unis.  

Mais là où la série est vraiment intéressante selon moi, c’est dans la description des enjeux intimes allant de pair avec le fait d’avoir été élevé par un père qui s’occupe plus de sa compagnie que de ses gosses et qui n’a aucun scrupule à les manipuler pour obtenir ce qu’il veut. C’est quand Succession se recentre sur son aspect de drame familial prestigieux qu’elle est la plus convaincante et émouvante. Toutes les manipulations, alliances et trahisons, ont un coût réel sur les relations entre les personnages, que ce soit les liens maritaux ou fraternels. Et on ne peut plus, alors, simplement rire de leur malheurs, on est forcé, parfois, contre notre gré, de sympathiser, bien que la majorité des personnages (sauf cousin Greg, si pur, si innocent) sont de vraies ordures. 

Une série qui se bonifie avec le temps

Fait assez rare pour être souligné, la série ne fait que s’améliorer avec un final de deuxième saison, qui vient d’être diffusé outre-Atlantique, en forme d’apothéose. Les premiers épisodes de la saison 1 restent assez classiques, bien que divertissants. Et ce n’est vraiment qu’à partir de l’épisode 6 de cette dernière, qui m’a fortement rappelé un season final de Breaking Bad tant il était bien, que la série décolle vraiment. La saison 2 est quasi parfaite, sans temps mort, chaque épisode sert une fonction bien précise, un peu comme dans Mad Men à la grande époque. C’est un plaisir (et aussi parfois une épreuve) d’analyser et d’évaluer les rapports de force en perpétuelle évolution, d’essayer de prédire le prochain coup, la prochaine trahison : chaque ligne narrative compte, même celles qui apparaissent à première vue comme insignifiantes. Le dernier épisode de la saison 2 conclut ainsi des intrigues commencées en début de saison 1, avec une aisance dont les scénaristes de Game of Thrones devraient prendre de la graine. Pour ne rien gâcher, la série a été renouvelée pour une troisième saison et est un succès critique et public, donc vous pouvez vous y mettre sans craindre une annulation brutale. 

Une BO d’enfer

Dernier point mais pas des moindres : la BO est extrêmement cool, d’autant plus qu’il s’agit d’une création originale, chose assez rare pour une série. Nicholas Britell, le génie derrière l’OST de Moonlight a d’ailleurs gagné un Emmy récemment pour son travail sur Succession, à raison, tant la musique fait partie intégrante du charme de la série. Le générique est un tel banger qu’il a été remixé par le rappeur Pusha T et est devenue un même aux Etats-Unis, où les gens s’amusent à le passer sur différentes vidéos. 

Le thème principal de la série, ici utilisé dans le générique de la saison 1@ HBO

Pleins de bonnes raisons, donc, de commencer cette merveilleuse série, disponible en France sur OCS. 

ROMANE CABELLO

La rédaction

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