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De la complexité de la notion d’auteur

Albien remet en question le mot et le concept d’auteur et interroge la définition biaisée qu’il est courant d’entendre.

Le mot auteur nous est présenté très tôt à l’école comme référent pour la personne qui signe un ouvrage. La référence est souvent faite aux noms que l’on retrouve sur les couvertures des livres que nous retrouvons partout dans les librairies et les bibliothèques. Mais, adultes, notre conscience ayant pris la forme d’un laboratoire d’analyse, cette notion nous a semblé aussi « examinable » que bien d’autres encore. Si le nom qui figure sur la couverture du livre n’est pas toujours celui de l’auteur, à quoi renvoie réellement ce terme ? À qui doit-on l’origine des écrits que nous lisons ? 

Partons d’un exemple pour poser les bases d’une réflexion autour de cette ambiguïté. En effet, à 40 ans, un homme nommé Charles écrit un roman qui raconte sa vie à l’âge de 15 ans. Une histoire réellement vécue, mais à une époque où il ne disposait pas encore de la capacité de réflexion atteinte à l’âge adulte. Alors, qui est le véritable auteur de ce roman : est-ce le Charles de quarante ans qui l’a écrit ? Est-ce le désir d’enfance qui a ressurgi et s’est exprimé par Charles lorsqu’il est devenu adulte et apte à l’écriture ? Ou est-ce la connaissance des règles d’écriture et surtout de la littérature « autobiographique » qui l’a amené à écrire le récit de son adolescence ? Enfin, qui parle à travers la voix du narrateur ?  

Une ou plusieurs mémoire(s) ?

La première idée serait donc de dire que le Charles de 15 ans est l’auteur du texte, étant celui qui a vécu les faits et qui connaît l’histoire de cette époque lointaine par rapport au Charles de 40 ans. Mais après s’être rendu compte de la mort de l’adolescence à travers le passage à l’âge adulte, nous avons réalisé que les quinze années du petit Charles ont été concentrées avec d’autres éléments pour former la mémoire du grand Charles. Car, pour qu’à l’âge de quarante ans Charles raconte sa vie adolescente avec tous les détails possibles, il faut qu’il laisse ressurgir l’être de ses quinze ans afin qu’il s’exprime à travers lui. Cependant, est-ce un travail possible ? La réponse est non. 

Être unique ou double ?

La seconde idée réside dans le fait que l’auteur du récit, celui qui s’est exprimé dans la voix du narrateur, est un composé des deux Charles. L’écrivain serait donc la somme d’un génie invisible qui habiterait le corps humain, et d’une intelligence acquise par apprentissage ou par expérience. Deux identités qui correspondent l’une au petit Charles et l’autre au grand Charles. Si le petit Charles était capable de renaître – ne serait-ce que dans la pensée de l’adulte – l’homme serait devenu un Phoenix qui renaît de ses cendres. L’auteur n’est donc pas le jeune adolescent. Et pourtant, tenant compte du parcours de notre réflexion jusqu’ici, l’adulte semble ne pas être non plus l’auteur du récit. Cette ambiguïté de départ qui revient nous amène, non pas à remettre en cause notre démarche, mais plutôt, à nous orienter vers autre chose : la source de l’inspiration. 

Reste alors à attribuer la fonction d’auteur à  ce qui existe bien avant le début de l’activité d’écriture que n’organisera que bien plus tard l’écrivain. Et dès lors, Charles le grand apparaît comme le scripteur, c’est-à-dire celui qui écrit – quand bien même il apparait sur la couverture du livre – et Charles le petit devient le passé-qui-parle-à-l’homme. Une sorte de troisième voix qui n’est ni le petit ni le grand Charles, mais qui de fait communique avec l’adulte jugé apte à mettre à la connaissance des autres individus, un certain nombre d’informations. 

Extrait de Le double du monde

Crédits photo : http://mythcreants.com/blog/nine-questions-to-ask-about-your-draft/

Albien GAKEGNI


La rédaction

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