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Economie numérique : zoom sur l’intelligence artificielle

Eloic nous emmène aujourd’hui dans le monde de l’économie et nous parle du numérique et de l’intelligence artificielle !

Elle est partout , elle est dans nos campagnes, elle est sur les réseaux sociaux, au cœur de notre quotidien, omniprésente, omnipotente à bien des égards, nourrissant les fantasmes de certains (pas qu’au sens propre #robotsexuel), ou les peurs d’autres.

Plus sérieusement, l’intelligence artificielle (IA) a déjà pris une place prépondérante dans notre vie. Elle est d’une utilité phénoménale, permet des avancées en médecine, transforme nos habitats et fait évoluer nos métiers. Des bots de recrutement aux casques donneurs d’ordres, comment l’IA et les nouvelles technologies viennent transformer la relation au travail ?

Etre dirigé par la machine

Rassurez-vous, l’avènement des machines n’est pas pour aujourd’hui et un scénario à la « Irobot » n’est pas au programme. Cependant, l’arrivée sur le marché de l’emploi de nouveaux programmes a transformé, sans surprise, nos pratiques. Dans le domaine du management ou de la manutention par exemple. Ainsi, aujourd’hui, plusieurs d’entre nous reçoivent leurs ordres d’un programme informatique dopé à l’intelligence artificielle.

David Gaborieau, sociologue du travail, s’est intéressé aux transformations récentes du travail ouvrier dans les entrepôts de la grande distribution. Ainsi, il montre que notre société de consommation a augmenté de manière considérable la quantité d’informations échangées, et en particulier, les ordres de commandes en ligne. Le plus intéressant est ce que cela implique dans l’économie du réel. Que se passe t’il lorsque monsieur/madame tout le monde clique et commande un objet sur internet ?

Lorsque l’on commande sur un market en ligne, on envoie des informations. Le site va alors à son tour envoyer des informations afin que les commandes soient réalisées.

Avec le succès de ces nouvelles plateformes, on a vu exploser les flux d’informations. Gaborieu montre que pour que la massification de ces flux immatériels se répercutent dans le monde réel, de nouveaux outils utilisant l’IA viennent faire le pont entre les logiciels et le travail humain.

Ainsi, chez Amazon, on a pu voir l’apparition de casques intelligents donnant des ordres ou des indications aux préparateurs de commandes pour augmenter la productivité du travail . L’outil numérique n’a pas qu’une fonction d’indication et de prescription, il vient aussi contrôler le temps que les ouvriers passent à réaliser chaque tâche.

Cet exemple, peut nous emmener à repenser notre relation au travail présent et futur ?

L’exemple d’Amazon et de ses casques intelligents peut nous rappeler l’organisation scientifique du travail, dont l’application en Europe eut lieu lors de la deuxième industrielle. Celle-ci a conduit à une division du travail visant à maximiser la productivité des individus en chassant la flânerie du lieu de travail, en standardisant et chronométrant chaque geste pour en retirer la meilleure manière de procéder. Le contremaître avait pour rôle de chronométrer et de vérifier qu’aucun employé ne perde de temps.

Aujourd’hui, les employés subissent la pression d’une organisation qui cherche à s’étendre dans un environnement compétitif et anxiogène. Elle souhaite ainsi répondre à de plus en plus de besoins en réduisant les coûts au maximum. On cherche donc encore une fois plus d’efficience, que chaque action soit faite le plus rapidement possible avec le plus d’efficacité possible. Finalement, on peut se demander si le contremaître de l’époque n’est pas revenu de nos jours sous la forme d’une machine.

À l’époque où notre système social est en plein questionnement, de nombreux intellectuelles et journalistes , comme certains chercheurs du CNRS et de ParisTech ou encore Elise Lucet, journaliste chez France Télévision, se questionnent sur l’émergence de nouveaux travailleurs précaires immédiatement liée à l’activité des entreprises. C’est d’ailleurs ce qui a poussé l’émission « Cash Investigation » à mettre en lumière les modérateurs et autres « petites mains » du numérique.

« Les petites mains » du numérique

« Le cyberespace sera pour les entreprises du XXIe siècle ce qu’ont été les grandes voies de circulation pour les navigateurs et de commercialisation pour les marchands de la Renaissance. »

Denis Charles Ettighoffer

Les nouvelles technologies sont porteuses d’espoir, elles l’ont toujours été. Elles sont des outils merveilleux. Pour certains, ces technologies devraient être une solution miracle pour régler nos soucis, que ce soit dans l’entreprise avec une amélioration de la qualité du travail, ou dans nos maisons avec des objets connectés qui simplifient le quotidien.

Sans nier l’évidence de l’avantage de ces technologies, la réalité est plus complexe et les entreprises qui les développent ont recours à des moyens dont l’éthique est à questionner.

L’IA fait des « miracles » mais les travailleurs qui nourrissent la machine voient leurs conditions de travail se détériorer. On compterait par moins 260 000 « travailleurs du clic », en France. Ils ont pour rôle d’entraîner les logiciels d’intelligence artificielle. Invisibles et oubliés, ils répètent jour après jour les mêmes taches, devant résoudre des petites énigmes, telles que repérer des feux rouges dans une rue.

Une étude de Clément Le Ludec , ancien ingénieur d’études au CNRS, montre que pour de nombreux travailleurs du clic le plus dur est le sentiment d’inutilité. C’est vrai qu’être à la recherche d’une tortue sur un écran toute la journée peut paraître très peu trépident.

Ce type de métier a vu le jour en 2005, époque où la plateforme Amazone Mechanical Turk (AMT) proposait à des travailleurs indépendants de chercher les doublons dans le catalogue en ligne d’Amazon.

Aussi, l’un des problèmes principaux est que ces travailleurs ne sont pas des employés. À ce titre, ils ne jouissent donc pas des avantages liés à ce statut tel qu’un salaire horaire fixe. Le marché des « micro-taches » ou du « micro-tasking » devrait représenter 213 millions de personnes dans le monde à la fin de cette année.

Pour l’Organisation internationale du travail, la régulation de ces pratiques est urgente. Intelligence artificielle ou non, il y aura toujours un être humain derrière la machine. Si demain ces technologies prendront plus de place, il faut dès aujourd’hui que l’on se positionne sur le mode de régulation de l’économie du numérique.

Eloic Dimier

Crédits photo : http://i3.cnrs.fr/evenement/jobs-du-clic 1

La rédaction

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