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Apprendre à signer aux entendants pour mieux comprendre son enfant

Bertille Poincelet a monté son auto entreprise en région parisienne afin de transmettre les signes issu de la LSF (langue des signes française) aux parents et aux bébés entendants.

Bertille Poincelet a monté son auto entreprise en région parisienne afin de transmettre les signes issu de la LSF (langue des signes française) aux parents et aux bébés entendants.

Portrait d’une auto entreprise : BSB , Bertille signe avec bébé

Bertille lors d’un atelier qui signe à deux enfants

Il est important de noter la différence entre la LSF -qui détient une syntaxe propre- et la communication gestuelle associée à la parole que Bertille pratique dans ses ateliers. Son auto-entreprise se nomme BSB, l’acronyme vaut pour “Bertille Signe avec Bébé”. Elle tient ses ateliers en région parisienne, à Chatou (78400) où elle forme également des professionnels de la petite enfance.

Cette démarche s’inscrit dans un parcours professionnel déjà orienté vers un travail d’inclusion des sourds. En effet, éducatrice spécialisée de formation, elle a monté son auto-entreprise et conserve son poste d’éducatrice tout en assurant l’éducation de sa fille et de son fils. La pratique des signes se poursuit en famille : Bertille a initié son mari et leurs enfants.

L’exclusion sociale des sourds

Elle observe que le déficit de personnes pouvant signer (communiquer par la langue des signes) contribue à l’exclusion dramatique des sourds, une part de la population mondiale que l’on estime à 300 000. Autre fait déroutant, la langue des signes fut interdite jusqu’en 1977 dans l’hexagone et ce n’est qu’en 1991 avec l’amendement Fabius qu’est affirmée la liberté de choix d’une communication bilingue LSF et française dans l’éducation des enfants sourds.

Or, en 1998, le rapport Gillot déplore le non respect de ce droit et attire l’attention sur l’illettrisme massif des sourds. Elle souligne le manque d’initiative pour inclure cette frange de la population par la transmission et la communication de la langue des signes face à la persistance de la pratique médicale voulant à tout prix appareiller les sourds (ce qui n’augmente que, pour les sourds profonds, leur sensibilité aux bruits de type sirène de pompiers ou un avion qui passe dans le ciel).

La marginalisation de l’enseignement de la LSF

En effet, l’interdiction de la langue des signes a causé un retard incroyable dans la progression de la compréhension de ce moyen de communiquer.

C’est seulement en 2005 qu’on reconnait officiellement la LSF dans la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Aujourd’hui en Île-de-France, seulement 3 classes proposent un enseignement bilingue (langue des signes- langue française), un faible chiffre en déclin (il en existait jusqu’à peu de temps 4) alors que les Etats-Unis se montrent à la pointe dans ce domaine (des avocats sourds résident désormais à la Cour Suprême).

En France, les formations restent encore très onéreuses et donc peu accessibles. Requérant au moins un niveau 7 pour pouvoir échanger correctement avec une personne sourde, la formation de 480 h au total est estimée à 3999 euros tarif plein. Imaginons les répercussions sur les ménages les plus modestes avec un enfant sourd, incapables de communiquer avec leur enfant.

Toutefois, le manque de personnel pouvant orienter les sourds, ne serait-ce que dans des structures administratives, se fait criant. Que dire de l’exclusion sociale des jeunes par leur handicap, et de la souffrance que cela implique ?

COMPRENDRE LE NOURRISSON PAR LES SIGNES

La volonté de développer la langue des signes chez les parents et nourrissons entendants est née de recherches que Bertille Landré a effectué. En effet, un bébé peut signer à partir de 8 mois tandis que la parole n’est acquise qu’autour de la 2ème ou 3e année de vie. Les signes entre les parents et nourrisson entendant permettent d’échanger plus rapidement.

En poussant plus loin sa volonté de comprendre le nourrisson avant acquisition de la parole, la jeune femme s’est concentrée sur des études portant sur le sommeil du nourrisson, mais aussi sur les pleurs et leur signification.

De fait, des études ont démontré qu’il existe cinq pleurs distincts et universels signifiant : l’inconfort (lié au tactile), la faim, le sommeil, le rot coincé et les coliques. Reconnaître ces pleurs est donc la voie d’accès à une réponse aux besoins du nourrisson plus adaptée et à une parentalité plus sereine.

LES SOURDS DANS LA CULTURE COMMUNE

Dans la culture commune, on retient l’existence de la langue des signes par des films à large diffusion comme The Shape of Water, de Guillermo del Toro (2017), La famille Bélier (Eric Lartigau, 2014), Sur mes lèvres, de Jacques Audiard (2001) mais aussi par la littérature avec le très beau Le Cri de la mouette d’Emmanuelle Laborit, ayant grandement contribué à la diffusion de la LSF étant elle-même sourde et désormais directrice de l’IVT (International Visual Theater).

A la TedX Conference organisé à l’Université Panthéon Paris Sorbonne l’hiver dernier, j’ai été ébahie du parcours de Virginie Delalande, sourde et avocate au barreau, prouvant qu’avec une volonté de fer, le champ des possibilités reste ouvert.

On retient néanmoins des avancées dans les recherches qui permettent une communication plus aisée entre malentendants et sourds et une compréhension plus précoce entre parents et enfants entendants.

On retient aussi des initiatives institutionnelles comme l’option au lycée d’apprentissage de LSF, l’option facultative au bac depuis 2008 au lycée Hélène Boucher (12e arrondissement), le SIAL en cours du soir proposé gratuitement la Sorbonne (les cours sont déjà complets depuis le 19 août), la filière d’interprétation de conférence LSF – langue française à l’Institut Supérieur de l’Interprétation et de la Traduction (ISIT) de Paris.

Revendiquée véritable culture, les sourds manifestent aujourd’hui pour l’intégration de la LSF dans la constitution française et Paris accueillera le 18e Congrès Mondial des Sourds en 2019, à partir du 26 Octobre.

Pour aller plus loin :

Sa page Facebook : https://www.facebook.com/bsbebe/ sa page Instagram : serenybaby (trouver lien)

Site web : www.bsbebe.com lsf-portedeveil.com – exposition au Panthéon, 13 rue Victor Cousin Paris 5e arrondissement, jusqu’au 6 octobre 2019 « l’histoire silencieuse des sourds » , en partenariat avec l’Institut National des Jeunes Sourds et l’International Visual Theater, entre autres.

Jeanne Aulanier

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