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La Ciné-panoplie de Sharon : « Moi, Daniel Blake » ; « Doctor Who » ; « La Cour de Babel » et « Louise en hiver »

Quelle est votre fiction préférée ? Et votre série phare ? Le documentaire qui vous a marqué ? Le film d’animation qui vous ressemble ? La sélection finale sera-t-elle cohérente ? Ou révélera-t-elle différentes facettes de vous ?

On’ vous partage cette semaine un regard plus étendu sur la cinéphilie, une invitation à traverser, en quatre temps, la diversité du cinéma au sens large. Je me lance pour l’occasion dans une ciné-panoplie chère à mon cœur. Jouez le jeu avec moi et réfléchissez : quelle serait la votre ? Partagez-la en commentaire !

La fiction : « Moi, Daniel Blake » (2016)

Film britanno-franco-belge réalisé par Ken Loach et sorti en 2016, « Moi, Daniel Blake » est un témoignage poignant, aussi grinçant que la réalité qu’il met en scène, de notre triste impuissance face à un système administratif déshumanisé.

Daniel est un menuisier de bientôt 60 ans, touché par des problèmes cardiaques. Son médecin reconnaît rapidement son état et lui prescrit de s’arrêter, mais il reçoit ses indemnisations du « Job Center » qui le contraint, contre tout sens commun, à chercher du travail. S’ensuit une interminable croisade bureaucratique pour tenter de trouver une logique et une justice à cette situation aussi absurde que révoltante.

C’est étrangement concernés, comme si la hantise de cette banale tragédie était communément inscrite dans notre humanité, que nous suivons les démarches de cet homme dans sa quête de sens. Chaque image, aussi froide que les procédures qui noient progressivement Daniel dans sa propre vie, contraste subtilement avec la sensibilité et la douceur du protagoniste. Ainsi, au fil des rencontres et des rendez-vous, nous somme pris à témoin d’un parcours ordinaire rendu à l’image dans toute la vérité de sa violence.

Mais pourquoi lui, Daniel Blake ? D’autres films occupent pourtant le palmarès de mes incontournables. C’est que la prouesse de cette réalisation est d’avoir rendu toute sa gravité au problème normalisé de la rencontre entre l’homme et l’insidieuse aliénation de ses pairs, étrangement vidés de leur empathie.

Toute proportion gardée, ce problème sociétal n’est en fait pas sans rappeler la théorie marquante délivrée dans la Banalité du mal par la philosophe Hannah Arendt. Elle y expliquait notamment comment l’efficacité du régime nazi reposait, en partie, sur une division des tâches, telle que chaque acteur du drame se sentait déresponsabilisé de l’événement global auquel il participait.

Peu de films parviennent à insérer dans un cadre si peu attractif autant d’émotion intelligente. Celui-ci s’en charge, par le biais d’une tension naturelle entre enfermement invisible et liberté, complexité encombrante et simplicité, quotidien contemporain et philosophie. Alors tirez vite un numéro, installez vous confortablement dans une des chaises de notre salle d’attente carrelée et immergez dans ce chef-d’oeuvre d’engagement.

La série : « Doctor Who » (1963)

En 1963, Sydney Newman et Donald Wilson créent Doctor who, une série de science-fiction britannique complètement dingue diffusée sur la BBC.

L’histoire de sa production est toute aussi excentrique, mais retenons simplement que cette dernière s’arrête en 1989 pour ne reprendre qu’en 2003 sous la direction, cette-fois ci, de Russell T Davies et, qu’en ce moment, est diffusée une saison 11 qui lui vaut d’être définitivement la série de science-fiction la plus endurante.

Son concept est pourtant assez classique pour une SF : un seigneur du temps, dit « Le Docteur », voyage dans une cabine spatio-temporelle appelée « Tardis ». C’était compter sans une suite d’éléments scénaristiques décalés garantissant l’extrême originalité des épisodes.

D’abord, le vaisseau est une étroite cabine de police magique car bien plus grande à l’intérieur. Ensuite, les exceptionnels décors en carton-pâte changent presque entièrement d’un épisode à l’autre, ce qui présume un travail carrément impressionnant. Passons encore que le nom du seigneur du temps, « Doctor who », cache en réalité une intrigue palpitante et qu’il a pour arme un tournevis sonique beaucoup trop cool. Car, surtout, ayant plusieurs vies, notre mystérieux voyageur se régénère dans un nouveau corps assez souvent pour laisser place à pas moins de 13 acteurs différents dans ce même rôle ! D’ailleurs, pour la première fois dans l’histoire de la série, c’est une femme, Jodie Whittaker, qui est aux commandes, et avec panache.

Mais pourquoi ce docteur plus qu’un autre ? Eh bien, le format sériel a beau être à son apogée, on peine paradoxalement quand même à élire LA série qui se distingue sur le long terme. Doctor Who m’offre ce plaisir, fort de son univers complet et du folklore minutieux qui le sortent du lot : les personnalités charismatiques de ses docteurs successifs et de leurs acolytes, ses costumes et maquillages collectors, ses décors incatégorisables et, enfin, son hypnotique musique de générique composée par Ron Grainer, sont autant de raisons d’embarquer, sans tarder, à bord du Tardis !

Le docu : « La Cour de Babel » (2014)

La Cour de Babel est un documentaire français de la réalisatrice Julie Bertuccelli diffusé en 2014. Ma pile de docu préférés n’aura pas su détrôner ce long- métrage qui m’a, à l’époque, arraché un réel tsunami de larmes – non pas de tristesse, mais de pure émotion.

La caméra nous immerge immédiatement dans le quotidien d’une classe d’accueil du collège ZEP « La Grange-aux-belles », situé dans le 10ème arrondissement de Paris. Une fois entrés dans l’enceinte de l’école, nous n’en sortirons plus. La CLA (classe d’accueil) a pour but d’intégrer, principalement via des cours de français, des élèves étrangers issus de familles récemment installées en France.

Ces dispositifs sont souvent l’occasion d’ateliers artistiques et pédagogiques, alternant théâtre, musique et jeux afin d’amener en douceur l’enfant à se sentir bien au sein de l’établissement et à y évoluer progressivement. Une fois une certaine maîtrise des matières principales atteinte, les élèves peuvent intégrer les niveaux classiques de l’enseignement.

Le long-métrage de Bertuccelli montre cela et plus encore. Auprès de ces jeunes, nous retrouvons, dans un décor familier, une cascade soudaine et spontanée de raisonnements aussi bouleversants que lucides. Le tout est teinté d’une innocence qui n’est jamais niaise, nous laissant agréablement participer à la fluidité d’une rencontre entre plusieurs cultures, plusieurs habitudes, visions du monde et finalement, avant tout, plusieurs vies en construction, encore exemptes de filtres.

L’année scolaire, parfaitement diluée dans l’heure et demie d’immersion cinématographique, se conclut par un sentiment de légèreté et de justesse. Les images de cour de récré ensoleillée, les tintements des chaises en bois sur le parquet, les zooms sur les regards absorbés, les mains levées et les interventions drôles et décomplexées, laissent notre vision du monde enrichie, renseignée, humanisée. Or, raccorder la réalité à notre sensibilité, n’est-ce pas le rôle même du genre ?

Le film d’animation : « Louise en hiver » (2016)

Quelle douce promenade que nous propose Jean-François Laguionie à
travers sa récente création, « Louise en Hiver » ! Certains diront que le temps est long, et ils auront raison. Mais pourquoi la lenteur serait-elle une tart ? Cette réalisation lui dédie justement un hymne, et parmi les plus beaux.

Louise n’est qu’une vieille dame en bonne forme qui rate le dernier train de la saison au départ de la fictive station balnéaire de Biligen-sur-mer. Notre personnage se retrouve désormais coincé dans cette petite plage totalement déserte et sujette à un orage les premiers jours. Une fois le ciel éclairci, la tranquille Louise met en place plusieurs tentatives de contact avec la ville et, en attendant que l’une d’entre elles fonctionne, vagabonde, au-delà de quelques petites dunes et le long de la mer.

Ses escapades lui donnent l’occasion de rencontrer la vie qui s’épanouit quand l’homme est parti. Et nous, respectueux de sa solitude, nous suivons en silence ses gestes débrouillards qui se déploient dans ce paysage côtier lumineux. On sent presque le vent marin venir de l’écran, grâce au mouvement paisible des traits et de leur remplissage pastel qui donnent vie à cette robinsonnade intemporelle (voir à ce propos l’interview de La Croix : https://www.youtube.com/watch?v=noQpOAKBP1Y&amp=&t=199s)

Dans Le Tableau (https://on-media.fr/2018/10/09/philosopher-autrement-top-5-des-films-danimation-qui-font-reflechir/), Laguionie avait déjà travaillé l’animation contemplative, avec un talent indéniable et une délicatesse rare. « Louise en hiver » lui permet d’explorer davantage ce format et d’en repousser ingénieusement les limites, laissant toujours plus de place au temps qui passe, à la musique et ici, à l’accueil heureux de la vieillesse.

On surprend parfois Louise s’ennuyer mais jamais nous n’avons peur de l’être. Tout est doux en sa compagnie, dans ce coin de nature momentanément abandonné et, comme elle, nous finissons même par lâcher prise. Temps calme, pied de nez au dictat de la vitesse et de l’utilité, ou juste peinture du temps ? Peu importe. Asseyons-nous auprès de notre vieille dame et absorbons l’équilibre des couleurs soyeuses qui invitent à la rêverie.

Et vous ? A quoi ressemblerait votre ciné-panoplie ? Et que dirait-elle de vous …?
Laissez vos titres en commentaires !

Sharon Houri

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