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Lewis et Alice dans l’œil de Macha Makeïeff

Du 14 au 22 juillet, La FabricA a accueilli dans le cadre du In d’Avignon un projet ambitieux, porté par un grand nom du théâtre contemporain. Macha Makeïeff mettait en scène « Lewis versus Alice », pièce qui tend à interroger aussi bien Lewis Carroll que son œuvre la plus connue, Alice au Pays des Merveilles.

Connaissez-vous Charles Lutwidge Dodgson ? Non, me direz-vous. Et pourtant, je vous répondrais que si. Seulement, son nom de plume, Lewis Carroll, vous sera plus familier. Mais si Lewis est adulé dès la parution du roman qui fera sa renommée, Alice au Pays des Merveilles, Charles, professeur dépressif, mène une vie monotone. Considéré comme l’un des maîtres du « non-sense », auteur de contes fantasques, il n’en reste pas moins un personnage marginal qui s’enferme dans les mathématiques. Dès lors, une question émerge : qui de Charles ou de Lewis a vraiment écrit l’un des plus gros succès de la littérature jeunesse ? Accompagnée de sept acteurs talentueux et polyvalents, Macha Makeïeff crée, pour Avignon, un spectacle loufoque, mêlant théâtre, chant et danse, et explore en regard l’auteur et son œuvre.

Poésie du « non sense »

On s’en rend compte dès la lecture du fameux roman, Lewis Carroll se joue de la langue. Une langue qu’il faut « chanter et faire entendre sous toutes ses coutures », selon Macha Makeïeff. La directrice de La Criée, théâtre national de Marseille, s’est donné pour objectif de questionner l’identité de l’auteur en parallèle avec l’univers étonnant qu’il a créé. Pour rendre hommage à une œuvre aussi fantasque et joyeuse que mélancolique, la metteure en scène ne se refuse rien. Des interludes musicaux aux personnages à tête d’animaux en passant par les morceaux au ukulélé, tout est bon pour donner vie à l’étrange poésie qui imprégnait déjà le roman en 1865.

Macha Makeïeff souligne avec douceur les différents épisodes et met en scène un spectacle saupoudré de magie. Ainsi, la « Tea Party » du Chapelier Fou se transforme en un joyeux tour de « passe-tasses » entre les différents acteurs, donnant à la scène une couleur ingénieuse et particulière. Le Cheshire Cat, lui, voit son côté inquiétant renforcé par d’oppressantes projections sur deux miroirs qui encadrent la scène. Les acteurs modulent eux-mêmes les décors au gré des épisodes et interprètent de manière efficace les personnages de Lewis Carroll.

De l’œuvre à l’auteur, de Lewis à Alice

Nul doute que l’on se rend compte à travers la pièce de la dimension surréaliste du roman, et du penchant de son auteur pour le non-sens. Cependant, l’objectif de Makeïeff ne tenait pas tant dans la mise en lumière de ce caractère que dans celle d’un écrivain finalement peu connu du public. Mais c’est peut-être justement là où pêche un peu la mise en scène. Là où l’on s’attendrait à découvrir plus en profondeur Charles Lutwidge Dodgson, les scènes le concernant sont peu nombreuses et peinent à nous faire connaître le personnage.

L’histoire de la naissance du roman n’intervient que tardivement, dans les vingt dernières minutes. On aurait aimé en savoir davantage sur la relation réputée dérangeante entre l’auteur et Alice Liddell. Cette fillette de douze ans de laquelle il aurait été amoureux, et à qui l’œuvre est dédiée. Si cet épisode est relaté à la fin, c’est que Macha Makeïeff bouscule la chronologie. On découvre au début un Charles Lutwidge Dodgson tout juste décédé, comme un fantôme revenant sur sa propre histoire. On retrace à partir de là quatre « crises » ayant marqué sa vie, entrecoupées de passages du roman.

« Lewis versus Alice » n’en reste pas moins une réalisation rêveuse et une prouesse technique au niveau des jeux de lumière et des effets de magie. Une œuvre plurielle qui s’accompagne de l’exposition « Trouble Fête, Collections curieuses et choses inquiètes » à la Maison Jean Vilar à Avignon, ainsi que d’un livre, Zone céleste, publié chez Actes Sud. De quoi explorer toujours plus en profondeur l’univers du génie controversé auquel les comédiens de Macha Makeïeff redonnent vie, sur scène, en l’espace de deux heures.

Tournée en France de septembre 2019 à janvier 2020.
Les dates et les différentes villes sont à retrouver ici

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Elisa Fernandez

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