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Histoire du sport féminin : d’Alice Milliat à Megan Rapinoe

La Coupe du monde de foot remportée par les Américaines, désormais quadruples championnes du monde, a connu un engouement inédit. Les stades étaient remplis et les records d’audience ont quant à eux explosés.Un élan incontestable donc donné au sport féminin! Mais le début de la bataille pour la reconnaissance des femmes dans le monde du sport remonte à il y a bien longtemps. C’est pourquoi d’Alice Milliat à Megan Rapinoe, On’ tente de revenir sur ce relais féminin semé d’obstacles…

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale

Décembre 1917, alors que l’armistice n’est pas encore signée Alice Milliat fonde la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF). L’été de la même année les premiers championnats d’athlétisme féminin ont eu lieu. Le souhait désormais est de voir l’athlétisme aux Jeux Olympiques de 1920 qui se déroulent à Anvers. Or, le Comité International Olympique refuse. Cependant, cela ne va pas freiner les ambitions d’Alice Milliat qui parvient à organiser, du 24 au 31 mars 1921, un meeting féminin d’athlétisme à Monaco.

Elle poursuit sur sa lancée en fondant, le 31 octobre 1921, la Fédération sportive féminine internationale (FSFI). Ainsi elle parvient à organiser les premiers jeux mondiaux féminins. Ils se déroulent sur une seule journée et attirent de nombreux spectateurs. Un succès. Pour les JO de 1924, les femmes ne sont toujours pas représentées en Athlétisme, pourtant présentes dans d’autres disciplines comme le tennis ou la natation. Ce n’est finalement qu’en 1928 qu’Alice Milliat parvient à inscrire l’athlétisme féminin aux Jeux d’Amsterdam. Une première victoire.

JO d’Amsterdam de 1928, Alice Milliat seule femme du Jury est à gauche.

Enfin vient 1936. Une nouvelle année clef pour l’avancée du sport féminin, au cours de laquelle l’athlétisme des hommes et des femmes fusionne. De plus, cette année là est également marquée par la fondation définitive de la FSFI. Elle rassemble près d’une trentaine de pays lors des JO de Berlin. A la veille de la Seconde Guerre Mondiale le sport féminin commence à s’ancrer au niveau international. Or le changement de certaines mentalités se fait lui encore attendre.

Le sexisme et les préjugés comme premiers obstacles

Au XIXe siècle, les premières associations sportives étaient dans un premier temps uniquement dédiées aux hommes. Cependant, quelques femmes parviennent à s’imposer comme Maud Watson qui remporte la première édition de Wimbledon en 1884. C’est surtout au XXe siècle que les femmes s’imposent progressivement dans le monde du sport. En 1900, c’est la première fois que des femmes participent aux Jeux Olympiques. Elles sont au nombre de 22 sur les 997 athlètes rassemblés. Une entrée qui est cependant loin de faire l’unanimité. Pierre de Coubertin, fondateur du CIO qu’il a présidé de 1896 à 1925, déclare justement à ce sujet :

«  Le seul véritable héros olympique, est à mes yeux, l’adulte mâle individuel. Quant à la participation des femmes aux Jeux, j’y demeure hostile. Aux jeux olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs. Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte »

Pierre de Coubertin à propos du sport féminin

Le rôle de la femme dans le monde du sport se réduit donc selon lui à parer de médailles les hommes victorieux. A ce stade, le parcours est donc encore long pour vaincre ces préjugés. La première guerre mondiale va toutefois bousculer ces derniers. Une fois les hommes au front, à l’arrière ce sont les femmes qui comblent leurs absences dans les usines et les champs. Leur présence est alors essentielle. A partir de là l’élan du sport féminin ne fait que croître. Il faudra attendre les années 60-70 pour que la reconnaissance devienne universelle. En 1900, les femmes n’étaient que 2,2% des athlètes aux JO et uniquement représentées dans cinq disciplines. Un siècle plus tard, en 2016 à Rio, les femmes représentent 45% des athlètes olympiques, un record historique. Le record est également du coté des commissions du CIO où la représentation des femmes atteint 42, 7% en 2018. De jolis chiffres même si de nombreuses inégalités perdurent encore.

Les inégalités salariales : le combat de nombreuses sportives

7 juillet 2019 / AFP / Philippe DESMAZES

«  Equal pay, equal pay », dimanche 7 juillet à Lyon l’équipe américaine de football vient de décrocher sa quatrième étoile, et ces mots résonnent dans la ville. D’abord scandés dans le stade par les supporters américains dès l’entrée de Gianni Infantino, le président de la Fifa, sur le terrain. Le slogan a été ensuite repris jusque dans le métro lyonnais. La veille du match la star américaine Megan Rapinoe avait justement interpellé le président de la Fifa à ce sujet :

«  On a passé le stade de se demander si on vaut la peine, si on doit avoir les mêmes salaires que les hommes »

Car même si le sport se conjugue désormais bien au féminin, les écarts de salaires entre sportifs et sportives restent eux considérables. Un gouffre financier qui se reflète notamment dans le classement des 100 sportifs les mieux payés en 2019 publié par le magazine américain Forbes. On y découvre une seule femme, la championne de tennis Serena Williams. Une preuve que dans le domaine du sport professionnel de nombreuses étapes sont encore à franchir concernant les égalités de genre. C’est pourquoi lors du mondial de foot, Megan Rapinoe n’a évidement pas laissé ce sujet dans les vestiaires.

D’ailleurs bien avant l’ouverture de la compétition, l’équipe américaine a justement déposé une action en justice contre leur propre fédération : United States Soccer Federation (USSF). Elles reprochent à l’USSF une « discrimination institutionnelle basée sur le genre ». De son coté la fédération estime que ces écarts de salaires se justifient par les revenus plus importants du football masculin. Alors que les quadruples championnes du monde contestent par leurs calculs ces différences de revenus et avancent également leurs records d’audience.

Parallèlement la première ballon d’or de l’histoire, Ada Hegerberg, a quant à elle fait le choix de boycotter la compétition. Alors que la Norvège est le premier pays où les femmes de l’équipe nationale gagnent autant que leurs homologues masculins, la joueuse norvégienne dénonce notamment le manque de moyens alloués et de prise de sérieux de la part de la fédération.

Ancrer les sportives à égalité des sportifs semble donc être un match qui joue les prolongations…

Pour aller plus loin:

  • Les 100 histoires de légende du sport au féminin de Gérard Holtz/ Julien Holtz
  • Les déesses du sport de Alain Billouin/Henri Charpentier/Serge Laget

Océane Caillat

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