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On’ s’invite à Cannes #5 : The Lighthouse

Quinzaine des réalisateurs

The Lighthouse est le second film du jeune réalisateur Robert Eggers, qui fait suite au modeste succès de The Witch. Avec Robert Pattinson et Willem Dafoe, Eggers nous plonge dans un climat pesant entre terre et mer, où l’on suit deux hommes qui basculent lentement dans la démence…

Une histoire glaçante

Tout comme dans The Witch, le film se déroule dans la région de la Nouvelle-Angleterre au Nord-Est des États-Unis, sur une île lointaine et mystérieuse. A la fin du XIX° siècle. Le scénario écrit par Robert Eggers et son frère Max met en scène l’histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare : Thomas Wake et Ephraim Winslow. Peu de personnages, un même lieu. Un vieux bourreau qui doucement deviendra la victime du jeune Ephraim… L’américain réalise un tour de force dans ce thriller psychologique en nous illustrant un crescendo vers la folie. Parce que devenir fou sur cette sorte d’île des psychoses, où règne l’obsession et la paranoïa, est quasiment inévitable. Où l’appel des sirènes envoutantes entraine Ephraim à se perdre dans ses rêves érotiques. C’est le résumé de cette aventure presque surnaturelle, qui fait écho à la mythologie, avec beaucoup d’imaginaire, des fantasmes et des légendes qu’on raconte au sur cette île. Une atmosphère mystique, entrecoupée par les flashs et les rêves qu’ont les deux hommes.

Bloqués sur cette île à cause de la houle, on assiste d’abord aux scènes de liesses entre les deux alcooliques qui apprennent à se connaitre, mais pourtant se dégoutent. Comme un couple incompatible forcé de cohabiter, tout bascule quand la folie humaine les empare. Misérables, ils gardent chacun leurs secrets, on suit leur quotidien poisseux et une tension se crée du début jusqu’à la fin du film. On assiste à la lente déshumanisation, qui passe par l’acharnement au travail. Un bon parallèle sur lequel on pourrait développer l’idée d’esclavage et de torture qu’est imposée à l’apprenti. Au final, le jeune homme prend littéralement son patron pour un chien, qu’il traine en laisse et enterre vivant. Des scènes parfois gores et difficiles à regarder, mais tellement bien réalisées ! Les acteurs sont excellents, c’est en quelque sorte eux qui remplissent le film. On notera un air d’Hitchcock et son film Les oiseaux, lorsque Ephraim tue violemment une mouette puis se fait attaquer par ses congénères… J’ai adoré le script, que j’ai trouvé poétique. Le langage d’époque est soutenu, même durant les tirades de dispute entre les deux personnages. Les discussions entre eux sont bien rodées, burlesques et étonnement très amusantes, ce qui rompt bien avec l’ambiance suffocante.

Faire du neuf avec du vieux

Le choix d’Eggers de filmer avec des caméras et des objectifs des années 20 n’est pas dû au hasard. Le grain particulier et la composition d’image fantastique a été rendue possible grâce au travail du directeur de la photographie, Jarin Blaschke. Habitué des thrillers, il avait déjà travaillé sur son dernier film. Même si le 35mm revient doucement à la mode pour offrir un cinéma plus vintage, ce film ne l’utilise pas pour les mêmes raisons. On comprend bien qu’Eggers est à la recherche d’une nouvelle plasticité, de textures qui se différencient du cinéma actuel et qui collent parfaitement à l’ambiance qu’il essaye de créer. Les plans vertigineux ou très serrés sont accentués par le cadre en 1:1, qui enferme encore plus les personnages et crée ce sentiment d’oppression et d’horreur. Ensuite, le choix du noir et blanc. En quoi est-ce utile ? Selon moi, le monochrome renforce l’atmosphère fantasmagorique et crée une ambiance terriblement glacée, que les couleurs auraient réchauffée et décrédibilisée. On ne peut que se concentrer sur l’histoire puisque les couleurs nous auraient ramenés à la modernité et n’auraient pas du tout collé avec l’époque. Ce qui rend aussi le film plus crédible.

L’ultraréalisme

C’est précisément ce qui rend le film aussi frissonnant. Représenté à la perfection par la scène de l’enterrement. Ephraim devient fou et décide d’enterrer vivant le vieillard. Une scène organique, où l’on croirait pouvoir sentir la terre humide. La cruauté du personnage est si immense qu’on sort complètement du film et on se demande où s’arrêtera l’improvisation ! Dafoe a justement avoué qu’il s’était complètement abandonné à son personnage. J’ai aussi pensé à Lovecraft, avec la peur d’un monstre tentaculaire qui s’engouffre dans la mer. Bergman et Tarkovski ont aussi été des inspirations pour le réalisateur. Après 1h50 de film, j’avoue avoir trouvé le temps un peu long car le film est très pesant, mais globalement le pari est réussi. Ce film marque par son intégrité et son mystère…

Cynthia Zantout

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