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Tolkien ou l’épopée d’un rêveur

“Un seul rêve est plus puissant qu’un millier de réalités.” Une citation attribuée à  Tolkien, écrivain rêveur rattrapé par la morosité de la réalité… Réalisé par le Chypriote Dome Karukoski, Tolkien le film est sorti le 19 juin dernier et raconte son histoire.

Onirique est le premier mot qui m’est venu à l’esprit. Dans ce biopic de Tolien, le spectateur est invité à plonger dans le monde fantastique de l’auteur du Hobbit.En suivant le développement de son imagination. Entrecoupées par les atrocités de son service militaire durant la Première Guerre mondiale en France, les scènes retracent la vie de ce génie. Dans cette critique quelque peu dithyrambique, nous verrons comment Karukoski est parvenu à incorporer l’imagination au cœur du film.

Aux frontières de la réalité…

Tolkien était un rêveur, c’est indéniable. La première scène le montre patraque, couvert de boue dans les tranchées. Puis on le retrouve dans son enfance, jouant à faire la guerre avec des épées en bois dans les contrées verdoyantes d’Angleterre. De fabuleuses images de liberté et d’innocence en contradiction avec la triste réalité. On découvre le personnage tendre de John Ronald Reuel Tolkien. Il n’a jamais vraiment quitté son âme d’enfant, tout comme ses fervents compagnons. Les petites blagues et défis qu’ils se lancent – comme demander la main d’une serveuse ou jeter un carré de sucre sur le chapeau d’une lady – témoignent de la douce candeur de ces jeunes adolescents. On suit leur évolution de l’école jusqu’à ce que la mort les sépare.

Des paysages qui ont pu l’inspirer dans l’écriture de ses romans de la Terre du Milieu. Et ces influences sont évidemment éparpillées le long du film. L’importance des contes que sa mère lui narrait avec son frère avant de dormir. La création du « Tea Club Barrovian Society » ou TCBS, comme une alliance invincible pour que chacun de ses amis puisse partager son art. Tout cela illustre l’importance de l’imaginaire dans sa vie. Musiques, poésies et histoires en tout genre sont partagées pour nourrir et inspirer ces gentlemen de la prestigieuse université d’Oxford. C’est ainsi qu’il parvient à concilier ses deux mondes.

Toutefois, la maladie de sa mère, le deuil, la séparation avec la femme qu’il aime et le manque d’argent font obstacle à sa passion. Les décès de ses parents et de ses deux meilleurs amis durant la guerre le ramènent à la réalité. A la finitude du corps. Lui font comprendre que seules les histoires perdurent dans le temps. C’est ainsi que Tolkien s’évade. Il parvient à trouver sa voie en philologie, et crée un monde parallèle pour lequel il invente plusieurs langues comme le quenya. Il décide d’écrire des légendes  inspirées de la mythologie pour les raconter à ses enfants, sa femme. Et rendre ainsi hommage à sa propre communauté.

La réalisation pour sublimer son univers

La mise en scène est époustouflante. Les tableaux léchés sont magnifiques. En témoignent les scènes de guerre où l’ambiance fantasmagorique est retranscrite avec les fumées, le cheval blanc abandonné, les fantômes, et sûrement la faucheuse qui ère aux côtés d’un dragon crachant du feu… On traverse les époques avec des décors sophistiqués ainsi que des costumes élégants malgré les couleurs ternes de l’étalonnage. Les mouvements de caméra sont aussi bien orchestrés. Notamment lors de la danse en dessous des arbres et des feuilles virevoltantes, du baiser en costumes dans les coulisses de l’opéra suivi d’un long travelling arrière… Très beau à regarder.

L’intimité plutôt que le succès

Concernant le développement du personnage principal, Tolkien n’a pas tant changé. Même si on le suit depuis son enfance, on n’assiste à la genèse du Hobbit qu’à la fin du film. Le choix de centrer l’histoire sur sa jeunesse, de la construction de son alliance fraternelle à son mariage, et non pas sur son succès mondial ni même sur ses enfants, est un choix plutôt raisonnable quand on y pense. On voit se lier un couple très respectueux avec beaucoup de pudeur et une grande complicité. Et, pour le coup, c’est un amour qui n’est pas du tout charnel à l’écran, si ce n’est que quelques baisers très tendres… et ça change ! Ce n’est pas un reproche, mais c’est un passage quasiment systématique au cinéma. Tandis que leur amour très chaste est né sous la bénédiction du prêtre qu’il a pour père.

Le jeu d’acteur est excellent. L’acteur principal Nicholas Hoult est élégant et très expressif. Il a beaucoup de talent ! Il incarne très bien ce génie timide, pourtant taquin, débordant de fougue et de créativité, aux côtés de la douce Lily Collins, passionnée et juvénile. La bande-originale du film, qui est orchestrée par le brillant Thomas Newman, renforce la magie de la narration comme un conte fabuleux, et apporte même un côté angélique et mystique.

En somme, Tolkien est un film presque historique sur l’enchantement qu’on découvre à travers ses yeux. S’il faut trouver un point négatif, c’est un film un peu lisse, en surface selon moi. Il n’y a rien de laid, même à la guerre, ni de burlesque ou de politique, malgré le contexte de l’époque. Mais, encore une fois, c’est un choix parfaitement censé car c’est ainsi que Tolkien vivait dans son monde, un peu détaché de la réalité…

Retrouvez ici la bande annonce du film

Cynthia Zantout

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