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« Le Jardin » – Court-métrage contemplatif sur une cohabitation invisible

Pendant plusieurs semaines, nous avons filmé un quartier et, en son sein, un jardin. Des vies s’y rencontrent et se croisent, formant une société réussie, apte à intégrer, inconsciemment, d’autres histoires. Pendant plusieurs semaines, nous avons tenté de capter ces flux physiques et sentimentaux. Petites explications avant visionnage…

Les jardins de quartier et leurs souvenirs

Les jardins de quartier nous ramènent inévitablement en enfance, lorsqu’après l’école nous allions prendre notre goûter avec nos camarades. Ils rappellent un temps d’amusement, une pause de légèreté et d’insouciance. Juste avant de rentrer, toujours trop tôt, pour entamer d’interminables devoirs.

En réalité, c’est aussi un microcosme, une société miniature au sein de laquelle des vies cohabitent, parfois sans s’en rendre compte. Voisins, parents, personnes âgées, sportifs motivés, jardiniers, passants… Tous vont et viennent, restent, discutent, entrent et sortent, dans ce petit espace destiné aux enfants. Lesquels s’avèrent ne pas toujours être ceux que l’on imagine.

En effet, dans un jardin des hauteurs de Ménilmontant, une habitude un peu particulière s’est installée. Elle traverse les saisons depuis plusieurs années. Il y a 3 ans, Agathe Nadimi a voulu agir pour aider à son échelle les réfugiés mineurs appelés aussi MIE (Mineurs Isolés Étrangers). Elle a ainsi créé le collectif des « Midis du Mie ». Le but est de cuisiner quotidiennement et apporter de quoi manger, boire et jouer à environ 150 jeunes. Ces mineurs venus se ressourcer sont parfois 50, parfois 300. Mais chaque fois qu’ils sortent du cours de français, dispensé par des bénévoles non loin du square, ils savent qu’ils pourront se restaurer.

Autour d’Agathe, plusieurs volontaires se sont rassemblés petit à petit et proposent leur aide. Que ce soit pour préparer un délicieux repas, que de se procurer de la vaisselle, d’apporter des jeux ou encore des vêtements, d’informer sur les procédures administratives, d’héberger ou de prêter main forte. Chaque jour, ces personnes se relaient pour remplir un planning hebdomadaire vital. Si l’action est admirable, elle pose forcément la question de ce qu’elle est censée compenser, et qui n’existe pas encore à l’échelle institutionnelle…

La situation des MIE – petit recap !

Les MIE sont au cœur de la question de l’accueil des réfugiés. L’urgence de leur prise en charge n’est malheureusement pas suffisamment considérée par le gouvernement. Ce dernier suit rarement ses propres lois une fois sur le terrain.

Comment ça se passe exactement ? A son arrivée en France, un mineur doit d’abord se présenter au DEMIE de La Croix Rouge pour faire évaluer sa minorité. Le processus de validation mis en place par cette association partenaire de l’État est malheureusement relatif, imprécis. Il peut coûter une mise à l’abri à un jeune réellement mineur, mettant sérieusement en danger sa sécurité et sa santé (mentale et physique). D’ailleurs, ce mode de fonctionnement a déjà fait polémique. Une tribune signée par plusieurs associations et collectifs a récemment été publiée. L’objectif? Alerter sur la manière dont sont accueillis les MIE et les critères peu fiables mis en place pour juger de leur situation.

Le centre refuse des profils à tour de bras pour des raisons douteuses, comme la constatation d’une trop grande maturité. Ironie du sort, avoir réussi à traverser plusieurs pays s’avère être un signe de maturité quasi-systématiquement éliminatoire. Ni victimes, ni dangers, ces jeunes sont juste des adolescents qui tentent de passer la dernière étape d’un parcours d’obstacles et de survie qu’on ne peut qu’imaginer de loin. Dans un siècle qui devra s’attendre à voir venir bien davantage de réfugiés dans les prochaines années, notamment à cause du réchauffement climatique, il est urgent de se poser les bonnes questions.

Avant cela, apprenons à nous connaître. C’est peut-être ce qui nous manque.

Le documentaire – Contempler la cohabitation invisible

L’idée de ce court documentaire était donc d’ouvrir une fenêtre sur la faille spatio-temporelle que ce collectif, constitué de gens comme vous et moi, a réussi à créer et dans laquelle elle rend à ces adolescents leur jeunesse légitime. On y mange, on y rit, on y joue au foot, on y engueule deux ou trois têtes dures, comme à l’école, comme en famille. Mais surtout on y trouve de la solidarité, de la bienveillance et de l’espoir. Apporter trois baguettes et une jerrycan d’eau ne sauvera pas le monde, c’est certain. Mais cela contribuera à maintenir ce petit havre de légèreté qui a pris vie autour de deux tables de ping-pong. Alors qu’entre des grilles vertes familières, sur lesquelles est inscrit le mot « jardin », on se rappelle qu’ils ne sont que des enfants.

Un petit détour par les rues de Ménilmontant, qui offre ainsi une immersion dans ce jardin à la fois ordinaire et atypique, des gestes simples, des habitudes, la lenteur d’un dimanche après midi au parc. Enfin quelques rencontres légères vous permettront peut-être, le temps d’une vidéo, d’entrer dans cette heureuse faille et de constater ô combien nous arrivons parfois à si bien cohabiter. Sans même nous en rendre compte.

Article rédigé par Sharon Houri

Le documentaire signé Pierre de la Forest et Sharon Houri a été publié sur YouTube il y a une semaine. Musique de Mikael Briolet.

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La rédaction

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