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MASTERCLASS DE MIQUEL BARCELO : Un artiste sur les traces du Prado ?

200 ANS DU MUSÉE DU PRADO

Vendredi 12 avril. Dans l’amphithéâtre Milne Edwards de la Sorbonne, le CRIMIC (Centre de Recherches Interdisciplinaires sur les Mondes Ibériques), en collaboration avec l’Institut des Etudes Ibériques, organisait la venue exceptionnelle de l’artiste Miquel Barceló.

Un personnage charismatique

L’artiste contemporain espagnol, plasticien, peintre et sculpteur a évoqué ses influences variées et, parmi elles, les grands pontes de la peinture ibérique classique (Goya, Velasquez, etc.). Clôturant cette journée d’étude célébrant les 200 ans du Musée du Prado, Miquel Barceló s’est affirmé comme un personnage charismatique, livrant des récits parfois décousus mais partageant un savoir précieux avec l’assemblée. L’artiste a démontré sa connaissance parfaite de sa propre technique et de celle de ses pairs.

« Vous êtes le dernier peintre, M. Barceló ! »

souligne le public attentif ; ce à quoi l’artiste répond :

« Je n’espère pas. Aujourd’hui la peinture vit encore, mais sous d’autres formes : le cinéma, le théâtre. »

Ce regard porté sur son oeuvre était accompagné d’un dialogue avec Enrique Juncosa, spécialiste de Miquel Barcélo, commissaire d’exposition et sous-directeur du Museo Reina Sofia de Madrid. Il prépare actuellement une grande rétrospective sur l’oeuvre de Barceló au Musée National d’Osaka, au Japon.

L’influence du Prado dans son oeuvre

Il s’est inspiré des plus grands, raconte-t-il. Sa première visite au Prado remonte à l’époque où il avait 14 ans. Il qualifie le musée du Prado de musée « radical », dans son choix éclectique d’expositions de peinture aux grands formats. Il dit affectionner particulièrement l’interculturalité, comme lorsque Degas devint un peu espagnol par influence, à un moment précis de sa carrière artistique.

Un récit intimiste, un partage précieux

Les carnets de croquis de l’artiste

Quand Nancy Berthier, directrice de l’Institut d’Etudes Ibériques, s’enquiert du fonctionnement des carnets qu’il nous montre, il assure que ce ne sont pas des carnets lui servant à préparer ses œuvres. Ils sont nombreux, plus de 300 aujourd’hui. Et cela commence à prendre de la place chez lui !, nous confie-t-il, rieur. Accompagné de textes écrits en français, ils servent à noter des pensées, pour ensuite les oublier, pour s’en « débarrasser », comme il le dit lui-même. Car Miquel Barceló ne les ouvre plus une fois finis.

L’intérieur de la cathédrale de Mallorca

Quel rapport avec sa ville d’origine, Mallorca, à laquelle il a légué l’oeuvre incroyablement détonante de la rénovation de la cathédrale gothique ? À cette question d’une étudiante, il répond entretenir un rapport aigre-doux avec cette ville qui aujourd’hui se fait grignoter par les infrastructures du tourisme de masse.

Quelle motivation l’anime pour continuer à créer encore ? Son oeuvre, répond-il. Ne jamais s’arrêter. En effet, Barceló est un artiste prolifique. À soixante-deux ans, celui qu’on associe au mouvement néo-expressionniste est encore bien actif.

Des œuvres travaillant la matière

Si Barceló a puisé son inspiration chez Tàpies, Pollock, ou Dubuffet, il n’en reste pas moins attaché au travail de la matière. Il évoque l’influence du milieu naturel aussi, lors d’un travail au Mali, où il a créé ses Carnets d’Afrique. Il n’exploite que peu la peinture du lisse mais lui préfère le relief, la matière.

Détail des carnets de croquis de Barceló

Il analyse le geste chez Picasso et Zurbaran. L’intentionnalité. Dans l’oeuvre de Picasso on n’observe pas de résistance. Comme si c’était pulsionnel. Il dit aussi avoir retrouvé de l’affection pour l’oeuvre de Jérôme Bosch, après avoir appris que des pigments d’or véritable étaient utilisés afin de représenter le feu dans son fameux triptyque, Le Jardin des Délices. Mystérieux usage de la chimie. Il s’intéresse donc à l’usage des éléments dans la peinture, afin de créer de la matière. Tout comme Goya, qui utilisa du sable dans son oeuvre Las Brujas (trad : Les Sorcières), renforçant ainsi « le noir dans le noir », « rajoutant des ténèbres aux ténèbres ».

Détail de l’oeuvre de Jérôme Bosch, Le Jardin des Délices

Un artiste contemporain de renom

La Sorbonne était honorée de recevoir un si grand artiste entre ses murs. De fait, il représente une figure d’autorité parmi les artistes contemporains actuels. Miquel Barceló a des attaches à Paris : sa collaboration actuelle au Musée Pompidou en témoigne. Comme son exposition « Sol y Sombra » à la BNF et au Musée Picasso, en 2016, où il avait présenté, entre autres, une fresque de 190 mètres de long sur 6 mètres de haut, en glaise séchée. Le jeu avec la texture était sublimé par les rayons de lumière s’engouffrant par les traces de la matière, telles des griffures d’animaux.

Détail d’un vitrail de Barceló lors de l’exposition « Sol y Sombra »

Article rédigé par Jeanne Aulanier

Jeanne Aulanier

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