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Antoine Buéno, « Permis de Procréer » – 1ère partie : Une vision à contre-courant

Pour son dixième ouvrage, Antoine Buéno frappe fort : Permis de Procréer. Un titre polémique qui lui a valu quelques menaces de mort… Dans cet essai, il revient sur un sujet tabou mais essentiel : le rôle de la démographie dans le réchauffement climatique et la crise environnementale. L’auteur, bien que assez idéaliste, propose une réflexion intéressante et pose des questions qui nous touchent tous.

Le premier volet de cet article en deux temps est centré sur la vision générale de l’auteur. Vision pour le moins éloignée des opinions de la doxa. Mais qui mérite, malgré la polémique, intérêt et réflexion car elle vise avant tout à sauver l’environnement.

Un ouvrage au titre polémique

En souriant, Antoine Buéno dit vouloir une nouvelle fois attirer la publicité de la « facho-sphère ». De fait, son ouvrage au titre polémique a su jouer le rôle médiatique attendu : faire parler de l’œuvre, intriguer, intéresser le public. Alors qu’il affirmait dans une interview accordée à Ubsek & Rica : « Aujourd’hui, enfanter c’est la mort », Antoine Buéno, chargé de commission au Sénat sur la question environnementale, souhaite tirer la sonnette d’alarme à propos de notre manière de penser la politique nataliste à l’œuvre en France. Cet ouvrage, notamment appuyé par une étude démographique solide, évoque une sélection des parents auxquels un « permis de procréer » serait délivré. Mais sa proposition se révèle bien plus complexe.

Il ne s’agit pas d’une sorte d’eugénisme social, de contrôle des naissances dérivant du malthusianisme, qui a laissé bien des séquelles dans ces différentes concrétisations à travers l’histoire. On se souvient par exemple de la politique de l’enfant unique de Mao Zedong ou de la sélection génétique aryenne sous le régime nazi. Il semble donc normal que ce sujet soulève autant de réactions : la restriction des naissances touche aux libertés individuelles, celle de faire un enfant en l’occurrence.

Pallier à l’urgence climatique par un contrôle démographique

À l’heure où l’urgence climatique menace la vie de tous, Antoine Buéno souligne l’effet direct que chaque individu a sur la démographie, toujours en hausse : nous sommes 8,7 milliards sur la planète, avec une prévision de 11 milliards d’ici 2100. Il affirme que l’acte de ne pas avoir d’enfants serait 24 fois plus « impactant », plus fort, au regard de l’empreinte écologique, que celui de réduire sa consommation de viande ou de ne pas avoir de voiture.

Si aujourd’hui notre système ultra-libéral n’aborde pas la question d’une politique de restriction ou de contrôle de naissances, c’est non seulement par peur de déclencher les passions, mais aussi car cette démographie explosive profite grandement au système économique actuellement en place. Ainsi, plus de consommateurs potentiels il y a, plus l’économie consumériste capitaliste fonctionne à plein régime. Et que dire de la prime au troisième enfant, si ce n’est une motivation économique à la reproduction ?

Mais, après tout, pourquoi vouloir contrôler les naissances plutôt que changer les comportements ? M. Buéno se positionne à l’inverse du démographe Hervé Le Bras. Celui-ci affirme que la population n’est pas le problème mais la façon dont on se comporte. Pour lui, il suffirait donc de changer notre mode de vie, le système économique dans lequel nous vivons. En effet, le rapport entre le nombre et l’impact n’est pas mécanique : les naissances suivant le pays n’ont pas le même poids par exemple. Mais, pour Antoine Buéno, il faut quand même prendre en compte la démographie, notamment parce que la transition énergétique risque de prendre beaucoup de temps. Il est donc nécessaire de jouer sur les deux paramètres.

« Pour l’instant, avoir moins d’enfants est donc la seule ‘technologie’ dont nous disposons pour réduire immédiatement et substantiellement notre impact environnemental. »

Avant-propos, p. 15

Un message plus nuancé qu’il n’y paraît

Si le titre de son ouvrage est, pour des raisons commerciales, assez polémique (Accompagnement au permis de procréer serait un titre plus véridique concède l’auteur) ; les idées de l’auteur, fortement étayées par un travail documentaire d’envergure, nourrissent un message plus nuancé. Moins radical que certains Américains qui vont jusqu’à proposer un véritable « permis de parentalité », Antoine Buéno admet qu’il est impossible d’interdire à quelqu’un d’avoir des enfants, ni de forcer quiconque à abandonner un projet parental en route.

« Il s’agit de mieux accompagner les projets parentaux par une procédure inspirée de celle de l’adoption. »

Avant-propos, p. 28

Son but, affirme-t-il, est d’aider les projets parentaux, et notamment ceux en difficulté. Il s’agit de « customiser » la politique familiale en venant en aide aux projets parentaux dans le cadre d’un contrat de parentalité. Si ce contrat n’est pas respecté, une alerte est déclenchée pour savoir si l’enfant est en danger. L’auteur parle de « démographie responsable ». Il aime à dire qu’il incite plus les individus à une forme de flexitarisme qu’à un veganisme de la reproduction. Toutefois ce livre appelle à repenser notre manière de procréer, nos motivations et questionne le caractère raisonnable de la reproduction. À l’heure où des individus à l’instar de GINKs (Green Inclination, No Kids) choisissent de ne pas avoir d’enfant pour des raisons environnementales, Antoine Buéno nous invite à songer à une procréation « raisonnée ». Le but est de ralentir la catastrophe climatique, déjà en œuvre.

La suite samedi !

Article rédigé par Jeanne Aulanier & Clarisse Portevin

Clarisse Portevin

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