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On’ s’invite à Cannes #2 : Matthias et Maxime

Sélection officielle – En compétition

Alléluia ! Dolan est ressuscité. Ma vie avec John F. Donovan fut décevant à bien des égards et reçut un accueil mitigé au Festival de Toronto. Haut en couleur, Matthias et Maxime sent bon l’air frais et la maîtrise artistique. Xavier Dolan revient au Québec pour nous raconter une histoire d’amour interdite, celle de Matthias et de Maxime.

Come back in Québec

De Jean Renoir à Jacques Audiard, beaucoup de cinéastes français en vogue ont formé le dessein de faire un film au plus grand pays producteur : les États-Unis d’Amérique. Xavier Dolan a aussi eu son rêve américain. Mais son public, lui, n’a guère rêvé devant Ma vie avec John F. Donovan. Moi non plus. Peu de monde. Présenté en compétition officielle le jeudi 23 mai, Matthias et Maxime prend le contrepoids et opère un changement radical avec son film précédent : on passe de la redondance à la finesse, du mauvais goût à l’élégance, de la télévision au cinéma. La télévision, c’est celle où est né Kit Harrington. Celle où chaque plan n’a aucune valeur intrinsèque. Le cinéma, c’est le moyen d’expression cher et chéri par Xavier Dolan, et qui fait de lui l’un des artistes les plus remarqués de sa génération.

De retour dans son pays, Xavier Dolan refait aussi son apparition à l’écran. Pour notre plus grand plaisir.

Une nouvelle approche

Son retour aux sources ne disparait néanmoins pas derrière une quelconque envie de rester sur ses acquis. Xavier Dolan expérimente alors une nouvelle approche de mise en scène, plus large, plus distante, et peut-être moins confuse que dans ses premiers films (Tom à la ferme, Les amours imaginaires). La bande d’amis est touchante de solidarité, les articulations des plans sont d’une virtuosité impalpable, et la musique, – allant de simples notes au piano en majeur à des sons électroniques – sonne le glas de cette symphonie des sens.

Une symphonie des cœurs aussi, davantage présente que dans Juste la fin du monde, entre Matthias (Gabriel D’Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan). Ces derniers sont frappés en plein fouet dans leur passé, suite à un baiser qui ravive leurs souvenirs d’enfances. On suit donc les deux personnages à l’existence divergente : Matthias est cadre supérieur, il est marié, et promis à une belle carrière ; Maxime vit seul, il s’occupe de sa mère – interprétée par l’insondable Anne Dorval – et s’apprête à partir en Australie pour poursuivre son métier de barman. Une dissemblance macroscopique, mais qui n’empêchent pas une parfaite convergence des impénétrables lignes de l’amour.

De on dit en « non-dits »

Le culte du banal, tel que théorisé par l’universitaire français François Jost, est la nécessité des artistes de vouloir transformer l’utilitaire en art, le rien en tout. Si le geste peut primer pour certains cinéastes comme Abdellatif Kechiche (voir « On’ s’invite à Cannes #1 : Mektoub, my love : Intermezzo« ), pour Matthias et Maxime, il est loin de constitué une finalité. Dans le destin amoureux, rien n’est dit, malgré le flot envoûtant des discussions.

On devine que les deux hommes mènent une vie d’hétérosexuels : Matthias a une femme, Maxime en invite une pour sortir. Le point d’ancrage n’est ni l’homosexualité de l’un ou de l’autre, ni même leur place au sein de la famille, du groupe d’amis ou de la position qu’ils occupent dans la société, mais de l’amour dans sa forme la plus pure. Un amour qui survient à un moment inattendu, mais qui change le paradigme des deux protagonistes, et les plonge dans un passé lointain, telle une savoureuse madeleine de Proust. Les héros sont donc chacun soumis à un dilemme : Matthias doit choisir entre sa femme et Maxime ; Maxime doit choisir entre rester ou partir. Rester pour être avec Mathias, partir pour l’oublier. Une grande réussite du festival de Cannes auquel Xavier Dolan est abonné.

Le film n’a eu aucun prix, excepté celui de mon cœur : ma Palme d’Or à moi.

Rendez-vous lundi prochain pour un nouvel article On’ s’invite à Cannes (#3).

Crédit Photo : Shayne Laverdiere

Aymeric De Tarle

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