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Sport et homosexualité : un difficile mariage

Alors que dans la société les mentalités semblent évoluer sur la question de l’homosexualité, le sport reste un domaine où elle est tabou. En effet, peu de sportifs osent faire leur coming-out, de peur des réactions d’autres sportifs et des supporters. Mais également d’agressions homophobes. Retour sur des mentalités qui peinent à changer, mais aussi sur ceux qui s’engagent pour faire évoluer les choses.

Embrassez qui vous voudrez

« Embrassez qui vous voudrez ». Voici la phrase qui trônait à la Une de L’Equipe magazine au début du mois de mai. Un numéro spécial dédié à l’homophobie dans le sport, un tabou toujours bien présent. Récemment, des voix se sont élevées pour faire changer les choses. Il y a quelques jours, Antoine Griezmann était en couverture de Têtu, un magazine d’actualité LGBT+, pour attaquer l’homophobie dans le football, qu’il juge « inacceptable ». En mars dernier, à la suite de la rencontre Olympique de Marseille – Paris Saint-Germain à laquelle elle avait assisté la ministre des sports Roxana Maracineanu avait été choquée d’entendre des chants homophobes en tribunes. Elle avait évoqué l’idée de sanctions à l’encontre de ces chants.

Pourtant, si ces voix influentes se font entendre, le monde du sport semble avoir du mal à évoluer. Ainsi, Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue Professionnelle de Football, avait répondu à Roxana Maracineanu que ces chants faisaient partie du « folklore » des stades. Des propos vivement regrettés par les associations de lutte contre l’homophobie.

Des propos et agressions homophobes présents dans tous les sports

Le football est loin d’être le seul sport où l’homosexualité est tabou, voire attaquée. Ainsi, en avril dernier, l’international australien de rugby Israel Folau a assimilé les homosexuels aux alcooliques, aux menteurs ou encore aux voleurs, sur Instagram. La Rugby Australia (fédération australienne de rugby) a par la suite résilié son contrat. En France, c’est une vidéo de supporters de Bayonne insultant les Biarrots (joueurs de Biarritz). Et les exemples de dérapages et de menaces se multiplient en boxe, base-ball, football américain ou en basket.

Malheureusement, ces paroles ne restent pas sans conséquences. Et les agressions homophobes se multiplient. On se souvient en 2015 de l’agression de la nageuse française Mélanie Hénique, rouée de coups en pleine rue. En novembre dernier, c’est Gareth Thomas, ancien joueur de rugby gallois, qui avait révélé sur Twitter avoir été victime d’une agression homophobe. Si ces actions s’inscrivent dans un climat actuel de hausse des actes homophobes (plus 15% en France en 2018 selon le rapport de SOS Homophobie), le sport s’illustre par la violence de ses propos et par le caractère assumé de tous ces actes. Le 2 mai 1998, Justin Fashanu, premier footballeur professionnel à avoir révélé son homosexualité, mettait fin à ses jours. La raison ? Les réactions unanimes à la suite de son coming-out : certains de ses coéquipiers estiment qu’un homosexuel n’a pas sa place dans une équipe de football. Le public devient de plus en plus hostile et la presse s’acharne.

Des sportifs et des initiatives pour faire bouger les lignes

Pourtant, malgré les risques que cela représente, certains sportifs n’ont pas hésité à faire leur coming-out. Ou ils ne se sont jamais cachés de leur orientation sexuelle. Plus particulièrement, des sportives. Amélie Mauresmo a fait le choix de révéler son orientation sexuelle au tout début de sa carrière de tenniswoman. Ainsi, à seulement 19 ans, alors qu’elle atteint la finale de l’Open d’Australie, elle révèle son homosexualité au grand public qui la découvre. De son côté, la lanceuse de poids Laurence Manfredi confiait à L’Equipe magazine comment son homosexualité l’avait aidée à construire sa carrière.

Malgré une prise de conscience qui tarde à se faire sentir dans le domaine du sport, des initiatives naissent pour tenter de briser le tabou. Ainsi, en 1982, naissaient les Gay Games. Sorte de Jeux Olympiques destinés aux athlètes LGBT+, mais ouverts à tous. La 10e édition de la compétition s’est tenue l’année dernière à Paris et a réuni plus de 10 000 participants. Le film Les crevettes pailletées retrace le parcours d’une équipe de water-polo engagée dans la compétition. Malgré des critiques mitigées, ce film a l’audace de mettre en lumière la différence.

Léna Trichet

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