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Game of Thrones #6 : Comprendre les échecs, embrasser les réussites

Game of Thrones a déjà rejoint le Panthéon des plus grandes séries de tous les temps aux côtés de Breaking Bad, des Sopranos ou encore de Dora l’exploratrice.

Pourtant, inquiété à l’idée de faire « la saison de trop », à laquelle Walking Dead semble être abonné, les scénaristes se sont empressés de conclure en 2 saisons et 13 épisodes une série qui avait construit ses enjeux sur une soixantaine d’épisodes. Finalement, cette saison 8 restera dans les mémoires comme la plus décevante, sinon la plus discutable, de la série. La conclusion était-elle vouée à l’échec ou bien était-ce simplement le fruit d’une écriture fainéante ? On décrypte tout ça !

Comment a été écrit Game of Thrones ?

Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que ces séries s’appuient sur des romans. Dans l’écriture de romans, il y a deux procédés de narration bien distinct (et oui, qui aurait cru qu’un cours de français sur les points de vue du narrateur aurait autant d’importance !). Bien que les romans de Georges R. Martin soient tous écrits à la troisième personne, chaque chapitre suit un personnage précis et ne partage exclusivement que ses pensées, ses émotions et ses aventures. Ainsi, Martin construisait son histoire autour de plusieurs arcs narratifs distincts qu’il faisait grandir indépendamment des autres. C’est aussi la raison pour laquelle la plupart des protagonistes (Jon, Danaerys, Tyrion, Jaime ou encore Arya) vivaient à des kilomètres les uns des autres.

Le problème de ce procédé d’écriture est qu’il est rare que l’on sache réellement où l’on se dirige à la fin. Surtout quand on est l’auteur de Game of Thrones et qu’on avoue face caméra écrire dix versions différentes de chaque chapitre et n’en choisir que la meilleure à chaque fois (ce qui explique que ses livres mettent 10 ans à sortir maintenant). Alors, que s’est-il passé lorsque la série a rattrapé les romans ? Et bien, naturellement, les showrunners ont été obligé de changer la méthode de narration. Il leur fallait une direction et surtout une conclusion et George R. Martin était incapable de la leur donner, tout simplement parce que sa méthode d’écriture ne le lui permettait pas.

Comment a été écrite l’Ultime Saison ?

A partir de la saison 6, l’essentiel des arcs narratifs ont été immédiatement conclus : Jon quitte la garde de nuit, Arya rentre à Westeros, Danaerys part pour Westeros. L’objectif était de faire converger les personnages pour conclure non pas leurs arcs, mais la trame globale. Ainsi Game of Thrones s’est transformé dès la saison 7 en échiquier sur lequel chaque personnage était une pièce. On bougeait le personnage indépendamment de sa propre évolution mais pour servir les objectifs du scénario. Le meilleur exemple reste Arya tuant le roi de la nuit et Jaime mourant dans les bras de Cersei.

Le cas « Danaerys » est différent. Les scénaristes se sont défendus en déclarant qu’il y avait eu du « foreshadowing » ce qui signifie des indices et des présages annonçant sa future folie. Le problème c’est que ce n’est pas du tout du développement de personnage. De nombreux youtubeurs se sont employés à l’expliquer mais les actions cruelles de Danaerys étaient aussi nombreuses et intenses que ses actions de bontés. Finalement la chute progressive du personnage n’a été que « prédite » sans être concrètement développée. Et c’est d’ailleurs pour ça que sa mort dans le dernier épisode de la série a un impact émotionnel aussi réduit.

Comment a été écrite la Conclusion ?

Pas trop mal finalement. Alors certes, ça ne casse pas trois pattes à un canard mais chaque élément décevant est immédiatement contrebalancé par une scène satisfaisante. La mort de Danaerys est suivie de la destruction du trône. La « jugement » assez catastrophique de Tyrion est suivie par la proposition hilarante de Sam de créer un système démocratique. Brienne rendant hommage à Jaime, Jon trouvant enfin la paix dans le nord, Arya partant à l’aventure. On a bien la fin douce qui été promise mais l’amertume a plus un goût de déception.

L’autre grande révélation de cet épisode 6 par contre, c’est l’identité du vrai grand méchant de la série : Brandon Stark ou la Corneille à trois yeux si vous préférez. Il avait tout vu, tout prédit, tout compris, et il n’a rien fait. Pourquoi donc ? Pourquoi ne pas avoir sauvé le million d’habitants vivant dans la capitale ? Pour devenir roi pardi ! Lui-même le dit avec un calme grinçant. C’était évidemment dans le but de donné à ce personnage une raison d’être au-delà de l’épisode 3 de la série (surtout qu’il n’a pas brillé durant cette bataille) mais finalement cette nomination au trône est aussi incohérente que décevante. Donc oui, Game of Thrones c’est fini, faut-il être en colère de cette conclusion ? Evidemment oui, mais si vous souhaitez tourner votre colère sur quelqu’un, les scénaristes ne sont pas les bonnes victimes. Le vrai génie du mal, c’est George R. Martin qui ne sait pas encore où il va mais qui, grâce à cette saison 8, sait désormais où il n’ira pas.

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