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Ce que leurs plumes en disent – Petit Pays

Petit Pays, 25 ans après le génocide rwandais

Les artistes du XXIe siècle sont-ils des êtres déconnectés de l’actualité ? Chez On’, on pense le contraire.

On’ pense même que la lecture, la musique peuvent nous permettre de nous questionner sur le monde. Dans « Ce que leurs plumes en disent », on vous propose d’explorer un thème d’actualité par le regard des artistes. Aujourd’hui, on se penche sur les 25 ans du génocide rwandais, en compagnie de Gaël Faye.

Petit Pays, Gaël Faye : une rencontre

Ma première rencontre avec cet ouvrage a été la couverture. Une couverture jaune et lisse, ce livre est la promesse d’une lecture ensoleillée. Petit Pays, prix Goncourt des lycéens : on peut même dire une belle promesse. Il y a 2 ans de cela, je découvrais Gaël Faye et son écriture : l’histoire de Gabriel, qui vit son enfance au Burundi. Cette année, le monde célébrait tristement les 25 ans du génocide rwandais. L’occasion de revenir sur le témoignage poétique de cet auteur et de se plonger dans son ouvrage poignant.

Pour lire Gaël Faye, mon premier conseil serait de l’entendre. Romancier mais avant tout poète, rappeur : artiste multi-facette. En écoutant ses chansons, on prend conscience de la rythmique qui parsème le roman. Petit pays chante, vous emmène dans « l’Afrique des grands lacs », vous fait voyager, rire et parfois trembler. Ouvrir la première page c’est entrer dans l’aventure. N’ayez crainte, vous pourrez le dévorer : 224 pages dans son format initial.

Je viens d’ouvrir le livre, et dès les premiers mots, Gabriel et sa narration à la 1ère personne m’embarquent. J’ai envie de comprendre « comment cette histoire à commencé ». On se laisse prendre par la main par ce personnage, tantôt jeune actif, tantôt enfant insouciant, entre Afrique et France.


https://livre.fnac.com/a9676611/Gael-Faye-Petit-pays

« Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez ». Hutu, Tutsi, Twa, je n’avais pas la moindre idée de ce que cela représentait, désignait. Comme Gabriel : un peu perdu face à ce classement ethnique. « Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français… ». J’ai abordé ce livre pleine d’innocence ; le génocide rwandais, je n’y connaissais pas grand-chose. Juste ce mot : génocide, qui me laissait présager le funeste. J’étais prête à découvrir ce pan de l’histoire.

Le 25e anniversaire du génocide Rwandais

Le 2 avril dernier j’aperçois ce poste dans mon fil d’actualité Facebook. 1994 – 2019, ça fait donc 25 ans que le génocide rwandais a été perpétré ?

Ces visages d’hommes et de femmes vivant l’enfer, je les avais déjà rencontrés dans ma lecture. Tous ces personnages, ces tantes, cousins, je les ai vus vivre ce génocide. Gaël Faye leur a donné un visage, une voix. Je voyais les tissus colorés les jours de fête, les uniformes militaires… Aujourd’hui, le Mémorial de la Shoah leur rend hommage :

Jusqu’au 17 novembre 2019, le Mémorial se penche sur « le dernier génocide du XXème siècle ». Des expositions, des conférences, des rencontres et des cérémonies sont organisées pour comprendre, découvrir et se questionner (l’ensemble des événements organisés est retrouvable ici).

A mes yeux, Petit Pays est déjà un monument qui rend hommage à toutes les victimes. De l’innocence à la sidération, Gabriel nous emmène dans son enfance bousculée par l’horreur. Il n’en oublie pas d’être un enfant, de fabriquer des canoës de fortune avec des feuilles de banane, et de jouer aux Hutu et aux Tutsi avec ses amis, comme on joue au policier et au voleur dans la cour de récréation. Les pages transpirent de vérité. L’Afrique est belle et colorée, pleine de vie, de piment et tout d’un coup, de violence.

« J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. » nous confie l’auteur en quatrième de couverture.

L’Etat français et le génocide

Le génocide a pris du temps à dire son nom. Et pourtant, 800 000 morts, l’extermination systématique et préméditée d’une ethnie : les Tutsi. Le 3 octobre 1995, le génocide est reconnu par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ce terme né en 1943 sous la plume de Raphaël Lemkim à Nuremberg, puis en 1948 à l’ONU.

Et pourtant… 50 ans après Nuremberg, pendant 15 semaines, du 6 avril jusqu’au mois de juillet 1994, le Rwanda connaît un génocide. Jean-Paul Akayesy, un ancien enseignant sera le premier condamné pour crime de Génocide par le Tribunal Pénal International du Rwanda, le 2 septembre 1998. Soit quatre ans après la fin de l’horreur. La France et les États-Unis parlent de massacres tribaux, car le génocide de 1994 n’est que le point culminant d’une série de massacres commencés en 1988 au Burundi. A l’époque, ce sont les Hutu qui sont tués par les Tutsi.

A partir de 1900, la France est présente au Rwanda. Elle se retire officiellement en 1993, au moment où 2500 casques bleus arrivent. Lorsque le gouvernement rwandais met en place des milices, la France leur vend des armes… Ça, Gabriel n’en sait rien. Pourtant, son père est français. Et il raconte l’avion qui vient les chercher pour emmener les ressortissant en France. Ce déchirement, cette injustice face à ses amis, ses cousins. Dans A-France, Gaël Faye raconte son histoire : « c’est ça qui me tue, d’être écartelé entre Afrique et France (…). J’ai quitté ce pays et sa situation sinistre ».

L’ouverture des archives, place à l’Histoire

Vendredi 5 avril, le président Emmanuel Macron a décidé d’ouvrir les archives françaises sur le génocide rwandais pour comprendre le rôle de la France (plus d’informations dans cet article). Les archives sont disponibles à un comité d’historiens. Il renforce en même temps les moyens pour poursuivre les génocidaires présumés en France. Le palais de l’Elysée a annoncé que :

« Cette commission, qui rassemblera huit chercheurs et historiens, sous l’égide du professeur Vincent Duclert, aura pour mission […] d’analyser le rôle et l’engagement de la France durant cette période et de contribuer à une meilleure compréhension et connaissance du génocide des Tutsi »

palais de l’Elysée

L’association Ibuka France (« Souviens-toi ») est dédiée au « soutien des rescapés », et à la mémoire de cette tragédie. Le président a rencontré ses représentants. Le président d’Ibuka France, Marcel Kabanda a déclaré à la presse à l’issu de la réunion que :

« Le fait de créer la commission est un geste fort. Maintenant, il faut vérifier comment ça se passe. Il faut attendre. J’ai des craintes car nous avons souvent été déçus, nous avons souvent été trahis »

Marcel Kabanda

25 ans après les faits, les historiens peuvent enfin se pencher sur la question, après les artistes et les associations. L’histoire de Gaël Faye, celle de Gabriel, est liée à la France et à l’Afrique, mais surtout à l’Histoire. Vous pouvez choisir de rencontrer leur destin par la lecture, la poésie, l’exposition. Une chose est sûre, vous n’en sortirez pas indemne.

Adele Jaillet

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