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Documentaire, nouveaux médias et science

Expérimentation narratives au CPH : DOX 2019

Au Danemark, du 20 au 31 mars se déroulait le CPH :DOX, le Festival International du film documentaire de Copenhague. L’un des plus grands festivals de non-fiction du monde. Créé en 2003, le festival est devenu passage obligatoire pour connaître une diversité de nouvelles créations. Pour rencontrer l’industrie internationale, ainsi que pour penser les nouveaux formats et possibilités du documentaire.

Avec une sélection de films, d’invités et intervenants touchant plusieurs sujets contemporains, le festival comprend une variété d’événements tels que concerts et rencontres de l’industrie. Une attention spéciale est donnée aux nouveaux médias et au documentaire scientifique. Ils font objet de débat dans cette édition qui discute des sujets les plus contemporains du panorama documentaire.

Centralisé au bâtiment historique Kunsthal Charlottenborg. Un cinéma, des espaces communs et de conférence ont été décorés par la marque de mobilier danoise Normann Copenhagen. Des espaces modernes et colorés accueillent les visitants. D’autres salles comportent les exhibitions de réalité virtuelle ou augmentée, installation ou œuvres immersives. En dehors de ce centre, des projections sont aussi organisées dans plusieurs cinémas de Copenhague. Les courtes distances et le flux urbain permettent au touriste piéton ou cycliste curieux de découvrir la ville scandinave pendant le festival.

En compétition : la diversité de formes

Dans la compétition officielle figurait douze premières dont huit des premières mondiales. J’ai eu l’occasion de voir quelques-unes parmi le sélectionnées.

  • The Restde l’artiste chinois Ai Wei Wei
  • Petra Costa’s The Edge of Democracy
  •  Searching Evade Pia Hellenthal
  • The Disappearance of My Mother de Beniamino Barrese
  • A Stranger, Mikel Cee Karlsso and Ridge, film hybride du suédois John Skoog, apporteur du prix de la compétition.

Comptant quelques acteurs professionnels, Skoog écrit un récit et rend visible l’étrangeté latente d’un village suédois, où des Polonais vont travailler. Le réalisateur utilise un lieu où il a grandi comme la matière de ce long métrage. Immersive dans ces formes, faisant écho aux films de Tarkovsky et Lars Von Trier. Les longs plans séquence suspendent le temps qui coule déjà en lourdeur dans le quotidien des personnages de cet espace.

Au-delà de la durée et des plans visuellement attirants, les fragments de vie de cette ferme en Suède s’animent dans un hypnotisant jeu de textures et gros plans improbables. L’abstraction des formes et la dynamique des lumières qui composent les plans, ne cessent pas d’étonner à la mesure qu’elles se dessinent sur l’écran. Un souvenir de chaque fois où nous avons trouvé de la beauté et du plaisir visuel dans l’ennui banal des répétitions journalières.

Un regard créatif sur l’avenir de la non-fiction

L’hybridité chez Ridge de John Skoog, fluctue entre fiction et documentaire, entre récit et abstraction. Une forme inventée en fonction de ce monde en suspens où l’histoire se déroule. Le film n’utilise pas la réalité virtuelle ou de nouveaux médias mais offre plutôt, un regard sur l’image et la matière documentaire en tant qu’éléments malléables, de découverte. Bousculant la notion de genre cinématographique, il cherche à raconter. Mais surtout, à offrir à celui qui regarde, l’expérience de ces matières – une espèce de noyau commun parmi les sélectionnés.

CPH : DOX est un festival dont un seul article ne saurait pas exposer l’extension de sa programmation et des événements déroulant à côté des projections. Les conférences qui ont eu lieu pendant la dernière semaine touchaient les sujets les plus contemporains concernant l’écriture, diffusions et l’avenir de cette industrie. Des concerts, des fêtes et avec une ambiance décomplexée et détendue. Le festival se met au sein d’une scène contemporaine et ouverte, un coup d’air fraîche dans le panorama des festivals. Incontournable pour trouver de l’inspiration, rencontrer des professionnels du monde entier, s’amuser et pour réfléchir sur les nouvelles technologies dans le contexte audiovisuel. Par ailleurs, il est possible – et recommandable, selon moi – d’aller profiter de ce flux créatif à la communauté libre de Christiania pendant les pa quelques kilomètres de Charlottenborg – qui mérite elle-même son propre film.

Florence Lodo

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