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Comment vivre la fin du monde ?

La fin du monde est une possibilité qu’on ne peut pas s’empêcher d’envisager. “Sauvée” ou non, notre précieuse planète n’est garantie d’aucun futur évident. 

Quand on n’imagine pas mille et un scénarios de notre disparition, on se demande toujours légitimement ce que pourrait bien nous réserver l’ère du post-sauvetage. Comment appréhender la fin du monde ? Rousseau, Miyazaki et Marvel viennent à notre rescousse…

Dernièrement, avec toute l’effervescence citoyenne et positive qu’il y a eu autour de la cause écologique, j’ai paradoxalement eu un petit coup de mou. Tout en continuant mécaniquement d’effectuer mes petits gestes pour la planète, je remettais en question l’intérêt profond de toute cette agitation : et s’il n’était pas temps qu’on lâche prise ? Fatiguée, j’ai commencé à penser que la planète méritait qu’on la libère de notre présence, qu’on cède la place ; autrement dit, qu’on accepte notre mort. 

Eh bien, si comme moi vous avez parfois des crises existentielles à l’échelle de l’humanité, voici 3 philosophies inspirantes pour mieux vivre la fin du monde.

Vivre en ermite avec Rousseau

Crédit : Musée Carnavalet

Rousseau a beau avoir été aux yeux de ses contemporains un misanthrope têtu, il en a précédé beaucoup sur la question “écologique”. Au-delà de la passion que l’écrivain cultivait pour la botanique, et plus généralement pour la nature, Rousseau avait radicalement rompu avec les moeurs et les hommes de son temps à cause de leur dénaturation. 

La plus limpide démonstration de sa philosophie de la fin du monde se lit dans sa Lettre à Voltaire sur la Providence (1756). A propos du tremblement de Lisbonne, il clame : l’ordre naturel du monde n’est ni mauvais, ni contradictoire, c’est d’abord l’homme qui est mauvais avec la nature et qui en subit la colère, et c’est ensuite lui encore qui ne voit pas le bien relatif qu’un drame peut avoir à une autre échelle. D’ailleurs, ce même homme est si méchant et corrompu dans sa société fabriquée et inauthentique, qu’il vaut mieux vivre en solitaire. 

Ce “monstre de sensibilité” qu’est Rousseau n’a pour autant jamais fait preuve de fatalisme. Pour lui, tout peut encore évoluer, encore faut-il que l’homme le veuille, en retrouvant sa place dans le monde. Et pour le pousser dans ce sens, l’écrivain a employé sa vie à prévenir la société de sa corruption.

S’exclure pour s’assurer d’être en adéquation avec soi-même et son environnement, là où la ville et ses habitants se trahissent par de faux divertissements et des jeux de masques. Mais simultanément s’attacher à crier à ces mêmes gens qu’ils sont en train de se vautrer. Voilà le programme rousseauiste, s’il vous tente. 

Poursuivre le bien pour le bien avec Nausicaa

Crédit : Buena Vista International

“Nausicaa” est le premier long-métrage de Miyazaki (1982), et le plus emblématique en terme de discours environnemental.  Adorée des habitants de la Vallée du vent dont elle est la princesse, Nausicaa doit gérer une crise écologique. Des forêts toxiques sont infestées de “ômus”, sortes d’immenses cloportes qui s’étendent et tuent tout sur leur passage. La mission de Nausicaa, proche des animaux et particulièrement empathique, consistera à contrer le plan destructeur des Tolmèques. Ces derniers tentent de rescuciter un ancien guerrier géant afin qu’il brûle la forêt grâce à ses pouvoirs de feu.

Le message de Miyazaki paraît clair et positif. Pour mieux appréhender et prendre soin de son environnement, il faut cultiver sa bienveillance. 

Néanmoins, le contexte est déjà celui d’une post-apocalypse. Les “ômus” ont déjà pratiquement tout détruit du monde humain et règnent sur la Terre depuis un petit bout de temps. Par ailleurs, les enjeux se limitent en réalité à la petite Vallée du vent. On quitte le joli village agricole sans vraiment savoir comment ce dernier parviendra à reconstruire un monde viable, et à quel point la terre est déjà inhabitable…

Finalement, Nausicaa est un peu l’incarnation du bien, comme jouissance morale du moment présent. Un seul but : toujours agir selon le meilleur de notre humanité, sans viser une plus grande victoire que celle du combat qui se présente à nous dans l’immédiat. En animation, c’est tout à fait crédible (en animation, tout est crédible), mais en sommes-nous concrètement capables ? Etes-vous prêts à changer vos habitudes sans penser au réchauffement climatique ? Persisteriez-vous si on vous assurait que ça n’y changerait rien ? C’est ce que Nausicaa propose, dans une forme d’émancipation temporelle : vivre pour le bien du moment présent. Ce qui permet ainsi d’échapper à l’angoisse de mort et stimule la puissance d’agir.

Sauver le monde avec Marvel 

Crédit : Marvel

La philosophie Marvel peut paraître naïve ou surfaite. On s’entend tous pour dire qu’elle est néanmoins cathartique. Voir des individus surhumains sauver le monde à grande échelle apaise notre sentiment commun d’impuissance. Les combats écologiques ont un espoir similaire : faire beaucoup en peu de temps. Leur but: opérer des tournants radicaux avec les moyens du bord, pour faire face à une menace effrayante et massive. Dans les deux cas, tous les ingrédients sont réunis pour faire monter l’adrénaline et créer l’envie d’agir : des méchants, des victimes et une urgence. Être un super-héros ou monter des teams de green Avengers, est-ce pour autant réaliste ?

A contrario, dans ce monde fantastique, la mort paraît dramatique. On ne cesse de la fuir, de l’éviter à tout prix. Or, cela demande une constante conscience du danger, une réactivité et une vraie implication. Mais le propre du super-héros, n’est-ce pas la dévotion ? Marvel incarne l’engagement, avec son lot d’espoirs brisés et d’énergies vidées mais peut-être pouvons nous y trouver une manière stimulante et positive d’aborder l’écologie, quelle qu’en soit l’issue. Reste à savoir si nous avons envie d’un combat total et collectif contre notre mort imminente ? d’un effacement de nous-même derrière notre humanité commune au nom de sa survie ? La série Marvel l’imagine en tout cas, mais les super pouvoirs en plus, et une certaine idéologie de la technologie qui peut rendre perplexe.

Résumons !

  1. S’isoler pour crier au monde, de loin, qu’il se trompe d’évolution ? 
  2. Se battre au nom du bien sans voir bien plus loin avec Nausicaa ? 
  3. Combattre avec force et espoir ce qui menace la terre avec Marvel ? 
  4. Ou tout à la fois, simultanément ou par intermittence, et même bien plus encore, puisque comme le disait Rousseau : “Nous ne sommes pas précisément doubles mais composés”.

Crédit : Sharon Houri 

Sharon Houri

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