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« Qu’est-ce que tu regardes ? »

Jusqu’à samedi, le collectif 1:61 (« une heure soixante-et-une ») propose l’exposition photo « Qu’est-ce que tu regardes ? ». L’objectif : donner à voir des phénomènes visuels déstabilisants. 

J’ai eu la chance de pouvoir assister au vernissage de cette exposition et d’avoir le droit à une petite visite guidée. Retour sur une expérience visuelle très intéressante.

Le collectif 1:61

Ce collectif constitué de huit étudiants en histoire de l’art (dont six en photographie) est né en septembre dernier. Ces étudiants de Paris 1 se sont réunis pour créer une exposition. Ils ont sélectionné des artistes qu’ils appréciaient, puis des œuvres, qu’ils ont rassemblées autour de cette question : « Qu’est-ce que tu regardes ? ». Tous les artistes exposés sont français et les photos récentes (2012 pour les plus anciennes). Le nom du collectif vous intrigue ?

« Une heure soixante-et-une » est une heure utopique qui permet de véritablement observer l’œuvre pour découvrir ce qui s’y cache derrière. A l’heure où l’image est partout, ils proposent de renouer avec une temporalité plus longue pour se pencher sur des créations travaillées et construites. Il faut prendre le temps de comprendre ce qui se présente à nous. Et c’est justement ce qu’ils ont voulu mettre en œuvre dans cette exposition, qui est l’occasion de véritablement s’attarder sur des objets visuels intrigants. Cette exposition est leur premier événement, ce pour quoi le groupe s’est constitué. On espère que ce ne sera pas le dernier !

Visions troublées

« Ceux qui voient les choses trop exactement ne les voient donc pas exactement » (Paul Valéry), ainsi s’ouvre le catalogue de l’exposition. Une phrase qui résume bien l’essence de cet événement, qui nous invite à réfléchir sur ce qu’on a sous les yeux. Le but est non seulement de questionner le contenu de la photo mais aussi la manière dont elle a été prise. Cela se traduit de plusieurs manières suivant les artistes : illusions d’optiques, déformations, formes particulières, détails imperceptibles à première vue…

La ressemblance avec une toile de peintre est parfois troublante. Ces photographies sont déstabilisantes et étonnantes par leurs formes, leurs sujets ou leurs enjeux. Nos repères sont donc perturbés. Il devient difficile de répondre à la question initiale, apparemment simple : « Qu’est-ce que tu regardes ? ». Cette question, qui dans le langage courant incite plutôt à détourner le regard, nous invite au contraire ici à être curieux et à explorer l’image. Cinq artistes sont mis à l’honneur : Guillaume Martial, Elsa & Johanna, Suzanne Mothes, Billie Thomassin et Paul Rousteau. La plupart ont été reconnus et même parfois récompensés dans des festivals de photographie. Elsa & Johanna étaient par exemple ont été finalistes du Prix photographie du Festival de Hyères en 2019. Leur point commun ? Ils donnent à voir des images qui brouillent les frontières entre réalités, matières et époques.

Photographie de Elsa et Johanna
  • le travail de Elsa et Johanna
  • Réalisations de Billie Thomassin

Zoom sur le travail de Guillaume Martial : entre réalité et fiction

Lauréat du Prix HSBC de la photographie en 2015, Guillaume Martial considère que s’intéresser à la photographie c’est s’intéresser à l’art qui se rapproche le plus du réel, alors même qu’il n’est pas le réel. Car bien que la photo capture le réel, elle n’est pas la réalité. Il y a toujours un mélange avec de la fiction. Dans cette optique, lorsqu’il se met en scène dans ses photos, ce n’est plus lui mais un personnage qui raconte une histoire. Malgré tout, le rapport au réel reste toujours très fort. Il se considère donc comme un magicien qui joue avec le réel. Cette exposition correspond donc totalement aux recherches personnelles de l’artiste sur la photo. Les expressions du corps ont également une place importante dans son travail. Parmi ses inspirations, on peut compter le cirque ou bien le cinéma burlesque par exemple.

Ainsi, selon Guillaume Martial, la photo existe toujours dans le réel tout en donnant une forme subtilement différente. En photographie, « tout est réel et rien n’est réel ».

Un dernier conseil ? Courez-y vite, avant qu’il ne soit trop tard, elle dure seulement jusqu’au 20 avril !

Informations pratiques

  • Espace Beaurepaire de 11h à 20h
  • 28 rue Beaurepaire, 75010 PARIS
  • Accès : Métro lignes 5 et 11 (République) + ligne 7 (Gare de l’Est)
  • Tarif : gratuit !

Clarisse Portevin

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