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Paris contre la hausse des prix à l’Université

La Maire de Paris s’est exprimée. Elle ne soutiendra pas le gouvernement dans sa proposition de hausse des frais d’inscriptions pour les étudiants étrangers.

C’est dans un mail envoyé par son adjointe, Marie-Christine Lemardeley, chargée des questions relatives à l’enseignement supérieur, à la recherche et à la vie étudiante, qu’on distingue une « inquiétude » quant à ce projet de loi. « Anne Hidalgo a écrit au Premier ministre pour lui faire part de ses préoccupations quant à la mise en place d’une augmentation des frais d’inscription des étudiant.e.s extra-communautaires », écrit Madame Lemardeley. Les étudiants peuvent souffler !

« Un territoire d’accueil »

Voilà comment Madame Hidalgo décrit Paris. Sa lettre évoque alors les 67 000 étudiants étrangers accueillis dans les établissements supérieurs et les 1000 logements sociaux financés chaque année par la mairie. La maire de Paris mentionne également le célèbre guichet d’accueil de 2001, dit le « Welcome Desk », réservé aux étudiants internationaux à la Cité Internationale Universitaire de Paris. Enfin, un petit clin d’œil au FLE et PAUSE, ces programmes d’aides auxquelles la Mairie participe financièrement. 

Donc non, le Conseil de Paris ne soutient pas le gouvernement et réaffirme dans ses vœux de février 2019 (pour la deuxième fois depuis décembre) son souhait que la ville de Paris « s’oppose à l’augmentation éventuelle des frais d’inscription en cas de proposition lors des conseils d’administration d’établissements d’enseignements supérieurs ». Et si ce commentaire semble redondant avec notre introduction, c’est bien parce que le sujet l’est lui aussi.

Des Universités en résistance !

C’est le grand thème de ces derniers mois. Le 12 Décembre, Paris-Nanterre a dit non à l’augmentation des frais d’inscriptions. En janvier, ils étaient une quinzaine. Nanterre avait été rejoint par Clermont-Ferrand, Lyon 2, Aix-Marseille, Jean-Jaurès, Rennes 2, Rennes-I, Le Mans, Anger, Caen, Rouen-Normandie, Strasbourg, Lorraine, Grenoble, Paris-Sud et l’EHESS, l’école des hautes études en science sociales. Aujourd’hui, à Paris, nous pouvons également ajouter à cette liste les universités de Paris 1, Paris 3, Paris 8 et Paris 13.

Ainsi, quand et les Universités et la mairie de Paris disent « Non », le gouvernement entame la jolie technique du retro pédalage. Le 23 Février, Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement, a annoncé au JDD l’abandon de la hausse des frais pour les doctorants étrangers. Elle en profite pour rappeler que les tarifs ne changeront pas pour les étudiants européens. Mais alors concrètement, cette mesure, elle va changer quoi ?

Un rappel des chiffres !

Pour les étudiants dits « non-communautaires » donc qui ne viennent ni de France ni de l’Union Européenne, voilà comment le coût de leur inscription à l’université devrait être impacté : 

  • Le prix d’inscription en Licence passerait de 170 euros à 2770 euros soit 16 fois plus que le coût d’origine.
  • Le prix d’inscription en Master passerait de 243 à 3770 euros soit 15 fois plus que le coût d’origine.

A noter qu’il était auparavant prévu que le prix d’inscription en Doctorat, fixé aujourd’hui à 380 euros passe également à 3770 euros soit 10 fois plus. C’est la plus faible augmentation et la seule à avoir été abandonnée.

Comment le justifie le gouvernement ?

On ne reviendra pas sur le discours de « l’attractivité » tenu par le premier ministre Edouard Philippe le 19 Novembre dernier. Le grand argument était de soutenir que les droits d’inscriptions en France restent bien plus faibles par rapport à l’ensemble de l’espace économique Européen (clin d’œil à nos voisin néerlandais et britanniques). Cette hausse de prix signifierait que les étudiants prennent à leur charge 1/3 du coût de leur inscription, laissant encore les deux tiers à la charge de l’Etat.

Et là forcément on se pose la question : combien coûte un étudiant étranger à l’Etat chaque année ? 9000 euros chacun par an, selon une étude de l’institut BVA pour Campus France publiée en 2014. Ce qui est en réalité très similaire au coût des étudiants français. Cependant, on oublie de noter qu’un étudiant étranger dépense environ 11 048 euros par an sans compter les frais d’inscriptions. Au total, les étudiants étrangers coûtent donc 3 milliards d’euros et en rapportent 4,65 milliards. Si on fait l’opération, grâce aux étudiants étrangers, notre pays s’enrichit déjà de 1,6 milliards d’euros net par an.

Pourtant, si la proposition du gouvernement est retenue, malgré les protestations des étudiants, des universités et désormais de la mairie de Paris, la facture va continuer d’augmenter pour les étrangers.

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