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Le mouvement « Place Publique », le nouveau parti politique de gauche

[Cet article fut réalisé dans le cadre de la formation proposée à L’Académie, l’école d’initiation au journalisme du journal Sorb’on.]

Après avoir sillonné les quatre coins de la France depuis novembre dernier, « Place Publique » souhaite rassembler la gauche en vue des élections européennes du 26 mai prochain. Après « Génération.s » créé par Benoît Hamon, « Place Publique » peut-il répondre au challenge de rassembler la gauche ?

À l’heure où le parti « En Marche » est en difficulté face à la crise des gilets jaunes, le nouveau parti politique de gauche « Place Publique » souhaite s’affirmer sur le devant de la scène politique. Ce mouvement créé fin 2018 par l’essayiste Raphaël Glucksmann et ses trois camarades Thomas Porcher, Claire Nouvian et Jo Spiegel, veut fédérer mais surtout rassembler la gauche. Un parti de gauche en trop ?

            « Place publique » : un mouvement citoyen 

Le mouvement « Place Publique » se pense à travers le « nous ». En effet, ce mouvement manifeste un intérêt collectif.  Pour définir ce nouveau parti politique, l’économiste Thomas Porcher, membre du mouvement, parle de « maison commune » en quête d’instaurer « une seule force ». L’idée est simple : faire intervenir des citoyens pour créer un programme politique cohérent et ainsi pouvoir se présenter aux différentes élections dont les plus proches sont les élections européennes. Le mouvement a d’ailleurs lancé au début de l’année 2019 une grande consultation qui laissait place aux idées des citoyens. Le mouvement souhaite en finir avec le pouvoir détenu seulement par des énarques ou les politiciens sortant des grandes écoles telles que Sciences-Po. Parole tenue par le mouvement puisque le 6 novembre dernier, lors de la publication de l’acte de naissance du parti, figuraient parmi les signataires de nombreux intellectuels, des militants associatifs, des professeurs, des étudiants, des avocats, des chercheurs ou encore des responsables associatifs. Ainsi que vous soyez un militant d’ONG, un associatif, un porte-parole, un activiste ou tout simplement un citoyen en quête de changement vous pouvez adhérer à ce mouvement et apporter vos idées pour marquer un tournant au sein de la vie politique française. Avec les idées retenues lors de la grande consultation et des différentes assemblées organisées aux quatre coins de la France, le mouvement présentera son programme ce mois-ci. Des porteurs de causes concernant un thème seront alors présentés et tenteront de répondre aux diverses problématiques posées par les Français. Ainsi, le caractère de ce nouveau mouvement est qu’il mêle politique et citoyen en faisant appel à la société civile. 

            Un parti politique « face aux urgences » 

Si l’on en croit le site officiel de ce mouvement politique, il est nécessaire que la France agisse rapidement face à quatre urgences : écologique, sociale, démocratique, européenne. Ces quatre causes représentent les piliers du projet politique de ce nouveau mouvement. Loin des partis politiques traditionnels, « Place Publique » souhaite changer de modèle et mettre en avant l’urgence écologique. Face au signal d’alarme des climatologues, le mouvement espère interrompre le dérèglement climatique. Par ailleurs, ce nouveau mouvement politique instaure un système de démocratie participative renforçant la prise de parole et la participation des citoyens dans l’exercice du pouvoir. Système qu’il souhaite développer à l’échelle nationale voire européenne afin de faire entendre le plus de voix possible. Quant à l’urgence sociale, le mouvement estime que l’action doit davantage s’axer sur les territoires français oubliés et délaissés par le gouvernement français et s’intéresser aux services publics obsolètes. Enfin face à l’urgence européenne, le mouvement se veut transeuropéen là encore favorisant le caractère commun avec une multiplication d’alliances et d’accords transnationaux afin de désamorcer la crise économique qui touche l’Europe. Le mouvement défend une Europe de l’année Zéro inaugurant une nouvelle ère de reconquête donnant la chance à la jeunesse européenne de s’affirmer. Autrement dit, le mouvement se veut innovant. 

            Un mouvement fédérateur et unioniste pour la gauche ? 

Alors que l’initiative se voulait indépendante des partis, le mouvement souhaite réunir et rassembler la gauche qui depuis la dernière élection présidentielle peine à s’affirmer dans les sondages. Même si le mouvement « Place Publique » ne se revendique pas officiellement de gauche, il n’en reste pas moins que ses membres ont été très longtemps situés à gauche comme le maire socialiste de Kingersheim, Jo Spiegel. Pour la plupart, les membres ne sont pas des professionnels de la politique mais des « militants des luttes humanistes, sociales et écologistes ». Face au récent sondage réalisé par Odoxa-Dentsu Consultingpour France Info plaçant le parti de Marine Le Pen en tête avec 24% des intentions de vote aux futures élections européennes, à gauche, la tendance est toute autre avec le Parti Socialiste n’ayant que 7% des intentions de vote, juste devant les écologistes et derrière la France Insoumise (11,5% des intentions de vote). Et pourtant, rien n’effraie ce jeune mouvement ambitieux qui publie fin janvier dernier un communiqué lançant alors un ultimatum aux différents partis de gauche pour mettre en place une liste unitaire lors des élections présidentielles. L’appel a été reçu par plusieurs membres politiques dont Olivier Faure, le secrétaire national du Parti Socialiste qui appelle à une unité de la gauche en s’alliant avec « Place Publique ». En effet, à la suite de ce communiqué, le 2 février dernier lors d’une journée de formation des secrétaires de section, Olivier Faure convoque la gauche, excepté la France Insoumise, à s’unir autour du mouvement « Place Publique » lors des prochaines élections européennes. Ayant accordé un entretien au Monde, il déclare que ce rapprochement permettrait de « faire gagner nos combats communs » et ainsi éviter un échec de la gauche lors de ces futures élections. Il souhaite le rapprochement entre les socialistes, les communistes, le mouvement « Génération.s » et d’Europe Écologie-Les Verts. Grands absents de cette alliance sont la France Insoumise et le parti de la Lutte Ouvrière mené par Nathalie Arthaud. Mais cette alliance à un mouvement qui n’a pas présenté un programme politique stable et dont les membres ne sont pas des politiques n’est-elle pas risquée pour la gauche ? Cet appel à une alliance politique n’est pas sans hostilité. Stéphane Le Foll, l’actuel maire du Mans, a d’ailleurs boudé la stratégie d’Olivier Faure en affirmant par un tweet que le projet de « Place Publique » ne reposait pas sur un projet politique concret. Pour le moment, le projet d’unité est délaissé par Europe Écologie-Les Verts, le PCF et « Génération.s », parti qui pourtant avait exprimé son désir de participer à cette nouvelle initiative lors de la naissance du mouvement. 

Pour le moment, les partis politiques de gauche sont sceptiques face à ce mouvement jugé intellectuel et sans bases politiques.

Cette nouvelle initiative arrivera-t-elle à prospérer ? La réponse d’ici quelques mois lors des élections européennes. 

Article rédigé par Sabrina Safir

La rédaction

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