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Parcoursup #3 — L’échec de Parcoursup raconté par ceux qui l’ont vécu Part 2 : Ceux qui ont connu l’angoisse

« Une boucherie »

Il y en a certains pour qui Parcoursup a été un véritable calvaire. Paul (le nom a été changé) est plutôt du genre à avoir un bon profil. Un Bac ES mention Très Bien en poche, il a été membre actif de l’association Droits des lycéens, qui offre une assistance juridique gratuite aux lycéens en difficulté. Ironie du sort, Droits des Lycéens avait déjà dénoncé les abus d’APB (lien à insérer: http:// etudiant.lefigaro.fr/orientation/actus-et-conseils/detail/article/l-association-droits-deslyceens-va-porter-plainte-contre-admission-post-bac-21205/).

• L’angoisse de l’attente

Paul espérait être admis dans une école qui forme au concours d’entrée de l’ENS. Son rêve? Devenir avocat auprès des cours d’affaires européennes. Seulement, Parcoursup ne l’a pas ménagé. Sur sa vingtaine de vœux, il a été refusé partout sauf en prépa en Seine Saint-Denis. Son amertume est palpable lorsqu’il parle d’une véritable «boucherie». «J’étais très loin en attente en D1 (Droit-Économie) donc j’ai abandonné». Mais Paul connaît bien la loi et n’est pas de ceux qui déclarent forfait: «J’ai envoyé des lettres mais leur réponse ne communiquait rien d’autre qu’un manque de considération.» Ses vacances d’été, comme celles de nombreux autres candidats en attente, n’ont rien eu de reposant. « Tous les matins, je me levais de bonne heure, comme pour aller en cours et, avant même d’allumer ma cafetière, je me connectais sur Parcoursup. »

• Prêt à tout pour intégrer une formation

Plus les jours passaient et plus son angoisse était intense. «En errant dans la procédure complémentaire un jour de désespoir, j’ai vu que la formation double maîtrise en Droits français et espagnol entre les universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Complutense de Madrid était ouverte. Nous étions fin juillet et j’étais prêt à tout pour intégrer cette formation. J’ai écrit mon projet de formation et j’ai croisé les doigts. Quelques jours plus tard, à 15h, je reçois un courriel m’invitant à un entretien de sélection en espagnol le lendemain à 10 h. J’appelle en urgence deux amis hispanophones pour m’aider à me préparer. Un peu après l’entretien, je suis accepté et, là, je fonce. J’étais tellement content d’avoir été pris. J’avais alors un mois avant la rentrée pour trouver un logement à un prix correct qui me permette de manger, m’habiller et payer mes livres (300 €) sans faire de prêt.»

 « J’ai réalisé que tout n’est pas sur Parcoursup »

Maéna, admise à l’École de Condé de Toulouse en arts appliqués, est contente de son choix. Et ce n’est pas grâce à Parcoursup. Expatriée, elle a fait ses dernières années de secondaire au Lycée Français International de Tokyo, au Japon. Elle y a obtenu avec brio un Bac L mention Très Bien. Seulement, ça ne l’a pas aidée: «Le premier jour des résultats je n’avais qu’un seul voeu positif sur 11. Troisième meilleure élève des ES/L de mon lycée, 16 de moyenne, latin, section euro… Et que 1 voeu positif?! Celui que j’avais mis « au cas où ! » J’étais dégoûtée. » Elle regrette la hiérarchisation des vœux: «au temps d’APB, on était plus ou moins « prioritaire » sur notre premier vœu. Ça, j’aurais bien aimé l’avoir, parce que mon vœu préféré s’est fait refuser d’entrée, et peut-être l’école aurait-elle reconsidéré mon dossier en sachant que c’était mon premier vœu.»

• Un parcours du combattant

Elle livre son ressenti sur la procédure: «Elle a clairement été stressante et longue. Rien que TROUVER des écoles susceptibles de me plaire, c’était très compliqué. Les professeurs et mon conseiller d’orientation n’ont pas été d’une grande aide, ils ne connaissent que les grandes écoles comme HEC et SciencePo, mais dès que je leur parlais d’écoles d’art abordables ils n’en savaient rien. En plus de ça, certaines écoles demandaient une tonne de papiers, des lettres de recommandation de plusieurs professeurs, des œuvres de différents types, des questionnaires… C’était très long. Et dès qu’on a au moins 2 vœux acceptés, on n’a que quelques jours pour faire le tri et, en un clic, refuser une voie.»

• Aller voir ailleurs

«Je n’avais plus que des voeux qui ne me plaisaient plus vraiment, ajoute-t-elle, je commençais sérieusement à déprimer et à me dire que mes bonnes notes n’allaient même pas me servir à faire des études qui me plaisent… Et c’est là que j’ai réalisé que tout n’était pas sur Parcoursup. Très vite, j’ai fait des recherches et une école d’art en particulier m’a attirée. J’ai fait les démarches nécessaires directement auprès de l’établissement et j’ai été prise. J’étais sou-la-gée.»

On serait tenté de conclure sur du positif, une petite note d’espoir pour les générations à venir. Mais à vrai dire, avec Parcoursup, l’augmentation des frais, la diminution du financement du supérieur, il est difficile de croire que ce sera mieux pour les futurs bacheliers. L’avenir qui se dessine dans le monde du supérieur est sombre pour l’instant. D’ailleurs on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui ne font pas d’études cette année.

Pablo Deharo Berlinzani

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