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L’Happycratie ou la tyrannie du bonheur

Le Spleen n’est plus à la mode, c’est pas compliqué d’être heureux

« Le Spleen n’est plus à la mode, c’est pas compliqué d’être heureux », chante la jeune artiste belge Angèle dans sa chanson « Tout oublier ».

Si à travers ce titre elle dénonce cette injonction à être heureux en toutes circonstances, la psychologie positive est néanmoins présente partout dans les kiosques et librairies et nous propose des méthodes miracles pour trouver le bonheur.

D’Epicure à Schopenhauer, en passant par Kant, le bonheur a fait réfléchir les plus grands philosophes et s’est vu attribuer de nombreuses théories et définitions. A la question « Qu’est-ce que le bonheur ? » s’est supplanté le besoin de le trouver et la nécessité de l’atteindre. Perçu comme une absence de souffrance, un bien-être ou un accomplissement de soi, chacun semble être à la poursuite de son bonheur pour profiter pleinement sa vie. 

« On vous souhaite tout le bonheur du monde »

Services de coach spécialisé, livres sur le développement personnel ou applications pour mieux vivre au quotidien, le bonheur est devenu un marché très rentable. Telle une recette de cuisine, être heureux serait un savant mélange de philosophie positive et de motivation personnelle qui s’appliqueraient de la même manière pour l’ensemble des individus. Le bonheur serait alors à portée de main, accessible après seulement quelques heures de lecture, et ne dépendrait que de soi. Le positivisme fait reposer le bonheur sur une nouvelle façon de voir le monde en se réjouissant de petites victoires du quotidien, et en adoptant un comportement positif face aux aléas de la vie. L’idée est sans doute un peu superficielle mais loin d’être ridicule : si l’on peut se réjouir de situations banales, pourquoi devrait-on s’en priver ?

La face cachée du bonheur

Cette facilité d’éprouver du bonheur dissimule néanmoins quelques subtilités. Si ces clefs du bonheur peuvent redonner le sourire à celui qui perd un peu de sa motivation à la vue de l’hiver, elles ne peuvent pas résoudre tous les problèmes. Plus qu’une question de gravité, ce sont aussi les différences entre les individus qui empêchent une solution miracle d’exister. Il n’y a en effet, dans toutes les sciences sociales, aucune loi qui puisse se passer d’exception.

Le bonheur est réduit à un épanouissement personnel qui bannit de l’équation toute dimension sociale et facteurs extérieurs. Cela revient à concentrer toutes les responsabilités sur l’individu : sa réussite ou son échec ne dépend que de lui. Se crée alors un sentiment de culpabilité chez celui qui ne parvient pas à être heureux aussi facilement que son voisin.  

La dénonciation de l’industrie du bonheur

Si cette injonction à être heureux est si forte, c’est qu’elle fait vendre. Mais l’omniprésence du bonheur facile crée un effet pervers qui est de plus en plus dénoncé. Déjà en 2016, Carl Cederström et André Spicer connaissaient un franc succès avec leur essai Le syndrome du bien-être, qui traduisait cette lassitude face à l’idéologie du bonheur.

Eva Illouz et Edgar Cabanas présentent à leur tour leur vision de cette tendance qu’ils jugent perverse en lui donnant un nom : L’happycratie. Ils pointent ainsi du doigt l’injonction sociale et morale qui vise à rechercher le bonheur dans la réalisation de soi et qui cherche à l’imposer dans toutes les sphères de la vie. Le bonheur devient un produit commercial comme un autre et donne l’illusion de pouvoir s’acheter. Cette théorie cherche à contrebalancer la vision biaisée d’un bonheur facile en en montrant les limites et les faiblesses. 

Quelles que soient les thèses défendues, le bonheur fait vendre. Qu’il vante ou qu’il décrie ces méthodes de bonheur facile, chaque camp profite de l’engouement commercial autour du bonheur. « Comment être heureux ? » est depuis des siècles une question qui fait couler beaucoup d’encre. Reste à savoir si la réponse à une telle interrogation se trouve dans ces livres…

Crédit photo : © http://fr.forwallpaper.com/

Céline Surget

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