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Être étudiant et artiste, c’est possible !

Interview de Bryan Chenna

Vous avez toujours rêvé d’écrire une pièce de théâtre, un roman, de la poésie ou même tout à la fois ? Vous vous dites que vous êtes trop jeune, que vous manquez d’expérience ou que vous n’avez pas le temps ?

Sorb’on a rencontré pour vous Bryan Chenna. Il est étudiant en master 1 à l’ESIT, mais aussi auteur et metteur en scène de sa pièce de théâtre : Ensemble toujours. Il nous raconte son parcours d’étudiant-artiste.

Bryan Chenna, 21 ans, est étudiant en master 1 de Traduction éditoriale, économique et technique à l’ESIT à Paris, et auteur de Ensemble toujours. Une pièce de théâtre qu’il met en scène et dans laquelle il joue du piano. La pièce raconte l’histoire d’un homme qui n’a pas su se déprendre du souvenir de la femme aimée. Il lui lance des appels dans le vide, il tente de retrouver la vérité de ce qu’il a vécu avec elle et de se retrouver lui-même. Sur scène, sa parole entre en dialogue avec le corps de la femme, les musiciens et le public. Nous l’avons rencontré pour découvrir son parcours alliant études et création artistique.

Cette aventure débute par la rédaction de ta pièce de théâtre. Comment cela s’est-il passé ?

J’écris depuis que j’ai 10 ans. Mon rapport à l’écriture est très poétique. J’essaye de jouer avec les mots. Ça m’a pris un mois et demi, presque deux mois pour écrire. J’étais en Guadeloupe, à la fin des concours, je suis parti loin. J’ai commencé à écrire là-bas, tout seul. Ça venait spontanément. C’est une sensation, je sais que j’ai besoin d’écrire. C’est l’écriture qui surgit et je dois le faire. Parfois, j’ai cette sensation mais je n’ai pas les moyens d’écrire alors je prends des notes sur mon téléphone.

J’ai toujours été passionné par le concept d’amour en général. Je cherchais à comprendre quel rapport j’avais avec l’amour. Il y avait toutes ces questions et là j’avais besoin de mettre l’histoire d’amour forte que j’avais vécue en mots pour comprendre son évolution et son aboutissement. J’écrivais vraiment pour moi-même et, très vite, je me suis rendu compte que je ne cherchais pas à décrire cet amour, mais à le mettre en scène dans les mots pour mettre de l’ordre. Comme si j’étais à la recherche de l’essence de ce que je ressentais vraiment, de la vérité.

À quel moment t’es-tu rendu compte que ce que tu écrivais était une pièce de théâtre ?

Quand j’ai commencé je ne pensais pas du tout écrire une pièce de théâtre. J’écrivais avant tout comme un exorcisme, pour dépasser, pour mettre des réponses et des mots sur ce qui bouillonnait en moi. Je me suis dit que ça pouvait le devenir car j’écrivais sous forme de monologue. Dès le début de l’écriture j’ai adopté un ton sans m’en rendre compte.

Je me suis rendu compte qu’il y avait un vrai ton et que ça n’était pas moi qui parlait vraiment. A force d’écrire j’ai vu cet homme sur une scène. Je voyais les choses, je les ai mises en face de moi. J’imaginais que la femme était présente et qu’il ne la voyait pas. J’ai trouvé ça très visuel. L’idée qu’il a passé sa vie avec elle et qu’il n’a jamais su la voir. J’avais envie de voir de mes propres yeux ce que j’écrivais.

Il a donc fallu trouver des comédiens, comment as-tu fait ? Comment gérer les répétitions ?

C’est très compliqué et long. Je me suis beaucoup senti tout seul. Je ne savais rien. J’ai écrit une annonce de recherche de comédiens sur Facebook. Puis je l’ai mise sur le site Théatre contemporain : c’est là que j’ai eu le plus de demande. Et j’ai imprimé des annonces que j’ai affichées dans les facs. Jack (le comédien qui joue le rôle principal) a beaucoup d’expérience, c’est le seul à être comédien. Les autres comédiens et musiciens sont étudiants.

Puis, ce qui a été très difficile, c’était de trouver un créneau et un lieu pour répéter. J’ai trouvé du soutien pour la logistique auprès du bureau des étudiants de Paris 3. Et mes amis qui m’ont beaucoup soutenu. La MIE de Paris à Bastille me met aussi à disposition des locaux pour répéter. On répète en moyenne deux à trois fois par semaine.

Quelle expérience avais-tu du théâtre avant de monter la pièce ?

Je n’avais pas beaucoup d’expérience. J’ai surtout une expérience du théâtre à travers le texte, même si le théâtre est un art vivant avant tout. C’est le texte qui m’a donné envie d’aller voir des pièces. Aujourd’hui je me donne comme objectif d’aller voir une pièce par semaine. J’aime l’idée de porter sur scène un texte et de partager une création avec des gens. Créer quelque chose d’artistique a un côté vivant dont j’ai besoin.

Tu n’as pas fait d’études de théâtre, comment as-tu compris les rouages et les codes du théâtre ?

J’ai commencé à comprendre les codes en deuxième année de classe préparatoire. Je devais être comédien dans une pièce. C’est en voyant comment le metteur en scène organisait la chose. L’importance de l’espace m’a marqué. Voir à quel point l’espace devient vivant par la manière de le combler.

En tant que metteur en scène j’ai une idée du ton. Mais je suis très intéressé par la manière dont les comédiens interprètent les textes. La pièce est un quasi-monologue. J’ai senti que les mots prenaient vie, je me suis dit que j’avais envie de me laisser surprendre.

La pièce intègre aussi un chœur de femmes et des musiciens : un challenge supplémentaire. Qu’est-ce que cela apporte à la pièce ?

Je dirais que c’est une œuvre hybride. À la lecture, on peut se dire que c’est un poème. J’aime mélanger tous les arts. J’ai même pensé à la peinture : comme si, à chaque fois, on dessinait une nouvelle facette de l’homme.

Mais cela implique des problèmes pratiques. Par exemple, je voulais une batterie et je me suis rendu compte que c’était trop compliqué à déplacer, on a fini par la remplacer par un cajòn. Pour moi, le fait qu’il y ait du chant et de la musique, c’est ce qui rend la pièce plus riche.

Quelles sont les aides dont tu bénéficies pour monter ton projet ?

Je suis en train de monter une association « de passage » qui a pour but principal d’aider à la création de la pièce. La mairie de Paris offre le « kit à se lancer » de 500€ pour les associations. J’ai aussi monté un dossier auprès du FSDIE (Fonds Solidaire et de Développement des Initiatives Étudiantes) de Paris 3. Cela m’aide pour les costumes, les éléments scéniques et pour pouvoir nous produire dans des théâtres.

Et alors, quand sera-t-il possible de voir la pièce ?

Vers la fin septembre 2019. Les informations seront publiées sur la page Facebook. On prévoit de jouer dans les universités notamment, à Paris. C’est très important pour moi que ça touche les étudiants parce que je suis moi-même étudiant et je veux montrer qu’on peut être étudiant et faire ce qu’on aime, s’enrichir. On aimerait aussi jouer en Auvergne et à Toulouse, même si c’est toujours compliqué de se déplacer.

Quels conseils donner à un étudiant qui a envie de se lancer dans la création artistique mais qui a peur ?

S’il croit en son projet, rien n’est impossible. Des moments de doute, il y en aura, mais il faut être persévérant et il faut trouver des gens qui croient en nous pour nous pousser. Ça n’est pas parce qu’on est étudiant qu’on ne peut pas y arriver. Il ne faut pas attendre demain. Il y a un moment où on se dit, c’est le moment.

Pour plus d’informations rendez-vous sur la page Facebook de la pièce.

Adele Jaillet

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