On’

Rétrospective d’Eric Rohmer à la Cinémathèque !

Du 9 janvier au 11 février la Cinémathèque a mis à l’honneur Eric Rohmer, dans une rétrospective qui retrace sa carrière. Cela fait maintenant dix ans que l’un des cinéastes phares de la Nouvelle Vague est décédé.

Eric Rohmer, pseudonyme utilisé pour cacher sa profession à sa mère, a une filmographie conséquente composée de fictions, de documentaires ainsi que de quelques courts- métrages. Retour sur quelques chefs-d’oeuvre.

Le beau mariage de Rohmer !

Un soir de janvier, dans une salle Henri Langlois assez pleine, j’ai redécouvert ce film, l’un des plus réussis du Cinéma rohmerien. Au centre du film on découvre un désir puissant, vital et dangereux d’une femme désirant un mariage. Le cinéaste nous amène graduellement à une réflexion sur le mariage et ses mœurs.

Un désir vital

Avec la même fougue qu’Anna Karina qui dans Une femme est une femme de Godard désire un bébé, Sabine (Béatrice Romand) veut absolument un mariage. Qui plus est, un Beau Mariage. Ce désir inarrêtable est mis à l’image par Rohmer par une direction très précise de ses acteurs. Il a donné la voix juste à une Sabine en plein désarroi, qui ne cesse de vouloir épouser Edmond (André Dussolier). Le beau mariage déjoue les pièges du film psychologique, lent, latent et forcément triste. Le ton léger des protagonistes crée un décalage entre le sérieux de la situation et son ridicule, ce qui empêche le film de sombrer dans la tragédie. « Lorsque qu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer » disait Musset après une mauvaise pièce. Après la séance un sentiment semblable m’envahit. Devons-nous rire d’une femme prête à tout pour se marier afin d’oublier son ancienne relation ? Devons-nous rire d’un homme qui compare une femme désespérée à une belle maison qu’il n’a point envie
d’acheter ? Quoi qu’il en soit on sourit devant les déboires d’une jeune et sensible femme en totale perdition.

Une réflexion sur le mariage

Nous sommes en 1982, le mariage – appuyé par une communauté religieuse plus puissante qu’aujourd’hui – est encore considéré comme l’aboutissement d’une vie, son sacre. La puissance d’Un beau mariage émane de son opposition entre deux êtres aux esprit très différents. Sabine est une femme désordonnée, qui hait le célibat et qui souhaite s’en détacher au plus vite. A l’inverse, Edmond est un célibataire effronté, qui tient à son indépendance plus que tout au monde. Ce duel permanent rend le film passionnant, et brouille les pistes que pourrait avoir le spectateur sur la vision du mariage proposée par Rohmer. Souvent comparé à Marivaux, il traite le mariage avec la même fantaisie que le dramaturge (Le petit maître corrigé). Conscient de l’hypocrisie des mariages, Rohmer aura néanmoins tenu le sien avec sa femme Thérèse Barbet. Il s’est marié à l’âge de 39 ans jusqu’à sa mort, soit quarante ans plus tard. Sans doute un Beau Mariage.

Le Cinéma est presque toujours nommé au singulier. Pourtant, il règne un pluralisme dans les manifestations et dans les expressions cinématographiques. Pour Rohmer, il faudrait se crever les yeux comme Œdipe pour ne pas admettre le vecteur littéraire dans sa création.

L’importance du français dans le récit

Pour Gabin, un film était avant tout : « une histoire, une histoire et une histoire » nous raconte Bertrand Tavernier dans Histoire du Cinéma. Eric Rohmer savait majestueusement les raconter. Il connaissait très bien la langue, et cela devient perceptible lorsque que l’on se penche sur trois de ses courts-métrages.

Dans L’enfant apprend sa langueLe français langue vivante, et La linguistique et l’enseignement du français, Rohmer nous démontre sa maîtrise de la langue. Dans le premier court-métrage, on peut voir une enfant ayant des problèmes d’élocution qui doit composer avec et les surmonter.

Puis Le français langue vivante est un admirable témoignage du début des années 1970 sur la grammaire et la linguistique. Enfin, La linguistique et l’enseignement du français nous montre la nécessité de l’excellence dans l’apprentissage de la langue à l’école.

Rohmer à l’Académie Française …

J’entends déjà les aficionados de l’image pointer du doigt ce qu’ils pourraient qualifier de désuet. De plus ils dénonceraient aussi que le rôle d’un cinéaste reconnu n’est pas de faire des courts métrages didactiques, et encore moins à un étudiant cinéphile de lui rendre hommage. Au contraire, j’estime que Rohmer filme toujours justement, avec un œil plus clairvoyant que celui du commun des mortels.

Si l’on avait besoin de confirmation quant à la qualité littéraire de Rohmer, ces trois courts-métrages font figure de références. Le cinéma contemporain néglige trop souvent l’écriture d’un film, qui est pourtant son plus solide métal pour sa conception. L’écriture rohmerienne, par les mots, donne sens à chaque image. Il est récompensé en 1984 par le prix Jean Leduc (aujourd’hui prix René Clair), donné aux meilleurs talents littéraires qui s’expriment au cinéma. Un prix donné par l’Académie Française, qu’Eric Rohmer aurait pu rejoindre sous le conseil de son ami anthropologue Claude Lévi-Strauss. Le projet a finalement été avorté, mais Rohmer est resté immortel dans nos cœurs.

Aymeric De Tarle

Ajouter un commentaire

Logo On'