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« Deux femmes » de Song Aram – Regard sur la société coréenne contemporaine.

Lors d’une soirée rencontre organisée par le Centre Culturel Coréen de Paris, Sorb’on a pu assister à la présentation de la bande dessinée Deux femmes de l’auteure et illustratrice Song Aram. Retour sur cette rencontre.

Nul besoin d’en faire trop pour présenter le livre de Song Aram. Deux femmes est avant tout l’histoire d’une amitié contemporaine entre deux femmes aux vies « banales ». En effet, ce qui frappe dans l’œuvre est avant tout l’authenticité des personnages. On pourrait les croiser au détour d’une rue ou dans le métro. Avec ce livre, l’auteure décrit la vie de deux femmes, sans aplanir leurs tourments, sans minimiser leurs peines et sans mentir aux lecteurs.

Lors de la rencontre, une bonne partie du public avait déjà eu l’occasion de lire l’histoire de ces deux amies, impatients de découvrir ce que l’auteure allait leur révéler. 

La bande dessinée coréenne : le manhwa.

Deux femmes appartient au genre de la bande dessinée, appelée manhwa en Corée du Sud. Le livre a été présenté au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Un des plus importants festivals de BD au monde. Il a rencontré un grand succès auprès des lecteurs français. Le livre est d’ailleurs le premier ouvrage de l’auteure à avoir été traduit en français. Comme l’a expliqué Song Aram lors de l’entretien, cette BD a eu moins d’échos en Corée du sud. Les sud-coréens sont, d’après elle, moins disposés à lire des histoires trop réalistes. Ils leur préfèrent des histoires aux multiples rebondissements, qui leur permettent de s’évader du quotidien.

Deux femmes en quelques mots

Dans Deux femmes, nous suivons l’histoire de deux amies, Hong-Yeon et Gongju aux vies différentes. L’histoire est séparée en deux parties : « Nuit à Daegu » et « Nuit à Séoul », suivies chacune d’un épilogue.

Song Aram s’est inspirée de sa vie afin d’écrire cet ouvrage. Mais elle a insisté, lors de la rencontre, sur le caractère autofictionnel du récit. Certains événements de la vie réelle de l’auteure sont, certes, à l’origine du roman et y occupent une certaine place. Mais la majorité du récit reste de l’ordre de la fiction. Parfois, les frontières entre les deux semblent floues pour le lecteur qui a l’impression de lire un récit autobiographique. Certains personnages sont réels tandis que d’autres sortent totalement de son imagination. D’autres existent mais ont un caractère différent de la réalité.

Une réalisation en deux temps

À l’origine, seule la partie « Nuit à Daegu » devait être publiée. Cette partie est directement inspirée de la vie de l’auteure, mariée et mère depuis peu. Une amie l’avait emmenée à l’hôpital rendre visite à l’un de ses parents malades. L’auteure a expliqué qu’elle s’était sentie privée de son temps libre. Et qu’elle avait par la suite recherché l’origine de ce sentiment qui lui a donné, plus tard, l’envie de dessiner.

La seconde partie, « Nuit à Séoul », a été écrite quelques années plus tard. Lors de la rencontre, l’auteure a en effet expliqué qu’elle était si occupée avec un travail alimentaire qu’elle avait dû repousser la création de cette seconde partie. Car vivre de sa plume est aussi compliqué en Corée du Sud. Entre temps, la personne rencontrée à l’hôpital était déjà décédée.

Un tableau de la société sud-coréenne contemporaine

Les thèmes abordés dans Deux femmessont très divers. Ils concernent aussi bien les traditions sud-coréennes que l’évolution rapide de la société. Le féminisme et le rôle parfois imposé aux femmes, mais également le rôle de la mort et du deuil dans une vie sont présents dans le texte. Ces sujets sont, pour certains, encore tabous dans la société sud-coréenne. Song Aram a expliqué que sa volonté première n’était pas de faire un livre engagé. Mais l’interprétation apportée par certains de ses lecteurs lui a fait réaliser que son livre pouvait être lié au féminisme. Chacun est donc libre de lire et d’interpréter celui-ci à sa manière.

Cependant, l’auteure a insisté sur le fait que son œuvre n’était pas à classer dans un style d’écriture ou un mouvement précis. Elle préfère l’inscrire dans la grande catégorie des manhwas. Elle a, de plus, précisé que si le développement du féminisme était un sujet d’actualité en France, la Corée du sud restait assez réservée sur ce dernier.

Enfin, concernant l’organisation des planches, l’auteure a expliqué avoir voulu mettre l’accent sur les événements plutôt que sur les sentiments. Cela permet à chacun de ressentir librement des sentiments personnels et uniques, sans être influencé.

Un échange après la rencontre

Au terme de l’entretien, le public a eu l’occasion de s’entretenir avec l’auteure. Celle-ci a répondu à chacun des lecteurs curieux. Ainsi, elle a développé les thèmes abordés dans le livre en expliquant que ceux-ci pouvaient être interprétés de différentes manières selon les individus. Elle a aussi rappelé que le but premier de Deux femmes était avant tout de raconter l’histoire normale de deux amies aux trajectoires différentes, en mêlant à la fois récit et fiction ainsi. Le livre lui a également permis d’étancher sa soif de création.

À la fin de la rencontre, une séance de dédicace a eu lieu, permettant aux lecteurs d’avoir un réel échange avec l’auteure.

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé le style de dessin de ce livre. On peut facilement entrer dans l’histoire et s’identifier aux deux protagonistes. 

Florine Garrel

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