On’

Tout comprendre à la crise au Venezuela

Au Venezuela, dans une crise à la fois économique, politique et sociale, la population ne sait plus à quel président se vouer. Le risque d’une guerre augmente de jour en jour, alors que l’Occident et d’anciens pays du bloc de l’Est s’opposent sur la légitimité des deux hommes.

Mais si vous avez raté le début, Sorb’on vous propose un résumé des événements clés qui ont abouti à cette situation, afin de mieux comprendre en quoi cette crise au départ nationale pourrait bien présenter les dangers d’une guerre froide…

Le pays pétrolier d’Amérique latine a franchi un nouveau cap : depuis le 23 janvier, il y a deux présidents. Plusieurs pays occidentaux tendent à reconnaître Juan Guaidó, tandis que la Russie ou la Turquie continuent à soutenir Nicolás Maduro. Mais pour essayer d’entrevoir la suite d’événements politiques qui ont pu aboutir à cette situation, replongeons-nous dans l’histoire récente du pays.

Une vie politique mouvementée

Il serait trop ambitieux d’aborder ici tous les soubresauts qu’a connus le Venezuela durant le XXesiècle, notamment entre le pouvoir militaire, les communistes et des partis conservateurs. Commençons par les années 1980, quand une coalition de droite met en place une économie néolibérale, et provoque une montée brutale des prix. Le Venezuela subit alors deux tentatives de coup d’État en 1992, dont celle d’Hugo Chávez. Après deux ans en prison, il arrive au pouvoir par les urnes en 1999, avec une majorité encore inédite.

La présidence d’Hugo Chávez

À l’intérieur, il nationalise des entreprises et redistribue les revenus : le pays change de constitution, adoptée par référendum en 2000. À l’extérieur, il se libère de l’influence américaine et européenne, en invoquant le bolivarisme. Ces choix provoquent l’aversion des classes moyennes et supérieures habituées à jouer un rôle important dans la vie politique et à améliorer le quotidien des classes populaires.

Mais dès le début des années 2000, le dirigeant doit faire face à l’inflation. Une pétition révocatoire contre Hugo Chávez se répand dans la population. Malgré des accusations de fraude, le Président obtient le soutien de 58 % de la population lors du vote en 2004. Il est par la suite réélu en 2006, mais ce mandat doit être le dernier. Chávez propose donc en 2007 de réformer la constitution pour abroger cette limite. Après avoir d’abord rejeté cette idée, le peuple, consulté à nouveau en 2009, l’accepte. En 2012, Chávez est réélu d’une courte majorité, mais sa santé se détériore et l’empêche de mener véritablement la politique du pays. Sa mort est annoncée le 5 mars 2013.

L’avènement de Nicolás Maduro

Dans ce contexte, le Président actuel ‒ du moins jusqu’à ce que Juan Guaidó vienne lui contester ce titre ‒ arrive au pouvoir. Nicolás Maduro, vice-président, assure l’intérim avant les élections anticipées de 2013. Il remporte le scrutin d’une courte majorité (50,6 %) et choisit de poursuivre la politique de son prédécesseur.

Mais en 2014, la baisse mondiale des prix du pétrole plonge l’économie vénézuélienne dans un marasme inextricable. Unique manne financière, les ressources pétrolières avaient pu permettre de réduire certaines inégalités, mais la diversification économique du pays était encore balbutiante. En 2016, la pénurie s’installe, le PIB se contracte, les importations diminuent. L’inflation prend des proportions ahurissantes : le FMI évoque 720 % pour 2016 ; pour 2018, 1 370 000 %. Plusieurs millions de personnes choisissent de s’exiler.

Nicolás Maduro subit alors la contestation de l’opposition. Son parti perd les élections législatives de 2015. Le Parlement tente alors de renverser le Président en 2016, et en appelle à l’armée en 2017 face à un pouvoir « dictatorial ». La Cour suprême du pays s’arroge le pouvoir législatif. En mai, Nicolás Maduro convoque une Assemblée constituante qui exclut l’opposition, et qui s’oppose bientôt au Parlement. Le pays quitte le cadre démocratique.

Les récents événements : une crise qui n’en finit plus ?

En 2018, de nouvelles élections présidentielles ont lieu. Nicolás Maduro est réélu avec 67,8 % des voix, dans un scrutin entaché d’irrégularités. Le 4 août, le Président subit une attaque terroriste fomentée à l’aide de drones. Le 4 janvier 2019, la majorité des pays d’Amérique latine conteste la légitimité du mandat de Maduro. Mais ce dernier prête néanmoins serment le 10 janvier. L’Assemblée nationale est toujours contestée par l’Assemblée constituante, acquise au Président. Dans ce contexte d’extrême tension, Juan Guaidó, Président du Parlement, s’autoproclame Président par intérim du Venezuela, ce 23 janvier. Il est immédiatement reconnu par les États-Unis et ses alliés, tandis que d’autres puissances continuent à reconnaître Maduro. L’Union européenne enfin appelle à de nouvelles élections libres et crédibles, avant de reconnaître faute de mieux l’ancien Président du Parlement.

Bien que rien ne puisse être clairement affirmé quant au futur, l’heure n’est pas à l’optimisme : le FMI prévoit une inflation de 10 000 000 % pour 2019. Quant aux pressions internationales à l’encontre ou en faveur de Nicolás Maduro, elles font craindre un conflit armé. On pense alors à la fameuse horloge du destin, qui affiche en ce début d’année 23 : 58… Soit seulement deux petites minutes avant une catastrophe irrémédiable. À moins qu’une véritable sortie de crise puisse voir le jour.

Photo de couverture : Le pays semble sombrer dans une situation catastrophique. Agence Reuters

Henry Hautavoine

1 commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned invalid data.
Logo On'