On’

Avortement clandestin : en Argentine, les « Socorristas en Red » prennent les choses en main

[Cet article fut réalisé dans le cadre de la formation proposée à L’Académie, l’école d’initiation au journalisme du journal Sorb’on.] Elles se présentent elles-mêmes sous la bannière de « féministes qui avortent ». « Las Socorristas en Red » (à traduire « les sauveteuses en action »), collectif d’activistes argentines, viennent en aide aux femmes souhaitant mettre fin à leur grossesse, dans un pays où l’avortement reste illégal.  450 000. C’est le nombre d’avortements par […]

[Cet article fut réalisé dans le cadre de la formation proposée à L’Académie, l’école d’initiation au journalisme du journal Sorb’on.]

Elles se présentent elles-mêmes sous la bannière de « féministes qui avortent ». « Las Socorristas en Red » (à traduire « les sauveteuses en action »), collectif d’activistes argentines, viennent en aide aux femmes souhaitant mettre fin à leur grossesse, dans un pays où l’avortement reste illégal. 

450 000. C’est le nombre d’avortements par an en Argentine recensés par Amnesty International. Cet acte illégal et pénalisé dans le pays implique l’utilisation de pratiques dangereuses. On compte 3030 décès depuis 1983, à la suite d’avortements clandestins. Pour remédier à ce funeste constat, le collectif féministe « Las Socorristas en Red » arpente le pays depuis 2014 pour accompagner les femmes.

Des sauveteuses en action

C’est à partir de « La Revuelta », organisation de féministes engagées qui lutte entre autres en faveur des droits sexuels et reproductifs, que naissent les « Socorristas en Red », courant 2013. Une réunion spontanée d’activistes qui se retrouvent dans la volonté de venir en aide aux femmes confrontées à une grossesse non désirée. 

Leur principale mission : diffuser de l’information et étendre l’accès à un avortement médicamenteux. Création d’un site internet, plateformes téléphoniques, élaboration de plaquettes informatives, d’affiches à placarder dans les lieux publics ; elles donnent aux femmes toutes les cartes pour décider en toute sécurité.

« Nous sommes des activistes bénévoles, nous confie Nadia, jeune « sauveteuse », mais nous donnons énormément de temps pour le collectif ».

Un travail bénévole certes, mais extrêmement méticuleux : tous les ans, elles effectuent des rapports à partir de leurs données, ce qui permet de diffuser « les vrais chiffres » auxquels le ministère de la Santé n’a pas accès. Elles ont d’ailleurs participé à la Campagne nationale pour le droit à l’avortement ayant permis de déposer le projet de loi en faveur de la dépénalisation, rejeté par le Sénat l’été dernier.

Depuis 2014, le collectif est venu en aide à 14 752 femmes. Il est aujourd’hui répandu dans presque toutes les provinces du pays, et participe à la mise en place d’autres groupes au-delà des frontières argentines en collaboration avec des organisations latino-américaines. 

« Nous sommes là les unes pour les autres »

« Un avortement féministe », c’est ce que revendique le collectif. Chaque femme souhaitant mettre fin à sa grossesse est encadrée par une militante qui l’accompagne tout au long du processus. Grâce à un suivi personnalisé, c’est un espace de confiance et d’écoute que créent ces femmes, où l’on peut parler librement d’avortement, sans être jugée.

Avec Nadia, nous avons parlé du protocole qui commence dès le premier appel vers une plateforme téléphonique. Quelques jours plus tard une première rencontre a lieu entre l’accompagnante et l’accompagnée. Tout est pensé pour mettre en confiance les patientes. « Nous sommes surtout là pour les écouter, les rassurer et leur faire savoir que nous pouvons les aider. Beaucoup de femmes nous appellent avec une très grande appréhension, mais c’est surtout dû au fait qu’elles n’ont pas eu accès à la bonne information ». S’ensuivent le calcul des semaines de grossesse, les prises de rendez-vous pour une échographie auprès de médecins recensés par le collectif. Et les conseils pratiques.

La solidarité et l’entraide sont les maîtres mots de leur activisme. « L’Etat abandonne les femmes, mais nous non. Nous sommes là les unes pour les autres. Nous créons une vraie relation entre femmes. Certaines souhaitent rester en contact avec nous car nous faisons partie d’un moment important de leur vie. C’est rassurant pour elles d’avoir quelqu’un qui connaît leur histoire ».

L’avortement médicamenteux, un procédé plus sûr ? 

L’avortement médicamenteux s’effectue en Argentine grâce au Misoprostol. D’abord utilisé pour soigner les ulcères, ses effets indésirables (contractions utérines) sont mis à profit dans le cadre d’un avortement clandestin. Son utilisation, efficace à 98%, est recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé dans les pays où l’avortement reste illégal, afin de minimiser les risques. 

Les « Sauveteuses » fournissent toute l’information à propos de la marche à suivre : contre-indications, effets secondaires comme la fièvre, les vomissements et les forts saignements durant plusieurs jours. Nadia insiste tout de même sur la sureté de ce produit ; « son utilisation est sûre si elle est encadrée, c’est tout notre travail : porter secours au moindre problème, c’est pour cela que nous assurons un suivi très rigoureux ».

Malgré la présence du collectif, l’avortement s’auto-pratique chez soi. Des médecins acceptent de délivrer des ordonnances pour acheter le médicament en pharmacie, mais d’autres femmes se voient contraintes de se le procurer sur le marché noir à un prix très élevé. 

La voie médicamenteuse semble une solution plus sûre face aux pratiques archaïques de l’aiguille à tricoter, mais les risques d’hémorragie ne sont pas à écarter. La vigilance et l’encadrement du collectif a permis de réduire considérablement les risques dus à la clandestinité et d’accompagner de nombreuses femmes dans cette douloureuse étape de leur vie. 

Il faudra encore attendre quelques mois afin que la Campagne nationale pour le droit à l’avortement dépose à nouveau un projet devant le Congrès. Cependant, le Président argentin Maurico Macri a annoncé le 21 août 2018 un possible projet de loi visant à supprimer les sanctions pénales envers les femmes ayant avorté.

Caroline Protat

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .