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Vaginisme : méconnaissance et tabou

En France, selon l’association Les Clés de Vénus, le vaginisme concernerait au minimum une femme sur 12. Pourtant, rares sont ceux, et plus grave celles, à en avoir entendu parler. Tentons d’y remédier !

Le vaginisme, c’est quoi ?

Le DSM-5 le définit comme un “spasme involontaire et persistant de la musculature externe du vagin, survenant lors de toute tentative ou anticipation de pénétration par doigt, tampon, spéculum ou verge, l’empêchant ou la rendant extrêmement douloureuse”. Son origine est avant tout psychologique, parfois le résultat d’un traumatisme. On connaît donc plus souvent ses effets à travers le cas des victimes d’agression sexuelle, mais le vaginisme peut se manifester chez n’importe quelle femme et à n’importe quel moment de la vie.

En connaître la définition ne suffit pas. Sans une bonne maîtrise du phénomène, le vaginisme échappe dans la pratique aux observations, subissant les conséquences de son hypo-diffusion. Dès 2009, la psychiatre Nadine Grafeille met en évidence des résultats discordants sur le sujet, notamment parce qu’il est confondu avec son proche cousin, la dyspareunie, dont la cause est réellement physique. Entre 1970 et 1999, l’écart est significatif, passant d’un constat en France de seulement 29 cas en 11 ans de recherches à un recensement de 8% de femmes touchées.

Suzanne, Monica et Julie, c’est ainsi qu’on les appellera, l’ont été ou le sont toujours. Elles m’ont confié des parcours qui ont aidé à identifier les différents obstacles à la bonne connaissance et prise en charge du vaginisme.

L’ignorance nourrit l’ignorance

Je ne savais pas ce que c’était, j’avais mal, c’est tout” sont les mots de Suzanne, 45 ans, qui a connu des rapports douloureux pendant presque dix ans sans jamais en avoir parlé. Que les premières adaptations à la sexualité soient difficiles est plutôt fréquent, que la douleur s’installe de manière ordinaire dans le quotidien d’une femme est, en revanche, préoccupant. Suzanne s’en remettait au temps, me raconte-t-elle. Elle n’est pas la seule, 65% des femmes vaginiques se pensent non soignables alors même qu’une fois le traitement enclenché, elles sont assurées de guérir à 99%. Le problème est que, faute d’avoir été bien informées, ces femmes s’accrochent à leurs croyances, qui empêchent l’intégration des nouvelles informations.

Voir et sentir ce que l’on croit

Imaginant souvent qu’un vagin n’est pas plus grand que son entrée, certaines auront beau finir par en observer l’intérieur, elles auront du mal à en accepter l’espace. Ainsi Monica, bien qu’elle ait déjà accouché de deux enfants, me dit à propos de la pose de son stérilet “J’ai failli tomber dans les pommes et encore aujourd’hui je redoute plus que tout de devoir aller me le faire retirer”. Cet exemple est d’autant plus parlant qu’il fait état d’un vaginisme situationnel auprès d’un professionnel, garant, pourtant, d’un certain savoir.

Les habitudes de langage autour du premier rapport nourrissent également les idées reçues. A ce propos, on dira communément d’une femme qu’elle a été “déviergée”. Ce passage décisif de l’intact à l’altéré est renforcé par la très répandue croyance de “l’hymen déchiré”, quand, en réalité, il suffit souvent à la membrane de se dilater.

Pour Julie, les fois suivantes furent davantage marquantes, à cause de ce que la sage-femme et sexologue Jarousse nomme “les scénarios catastrophes”. La première fois, la douleur est telle qu’elle empêche d’appréhender rationnellement les autres essais, favorisant l’intensification des contractions et donnant raison à la peur de départ.

Et le plaisir ?

Si cette douleur les pousse parfois à consulter, c’est moins le cas de l’épanouissement sexuel, car il n’y a souvent pas de problème de ce côté-là. Marie José Valois, sexologue, l’affirme : “Bon nombre de vaginiques ont des désirs et des fantasmes érotiques et parviennent à l’orgasme dans un contexte masturbatoire ou relationnel à condition d’être assurée qu’il n’y aura pas de pénétration”. Allant de paire avec cette constatation que 90% des femmes vaginiques guéries conservent principalement des orgasmes hors pénétration.

Il ne faut cependant pas idéaliser cette situation, il reste que ces femmes n’explorent pas tous les horizons de leur sexualité par peur et non pas par choix.

La responsabilité des différentes institutions

Le couple, facteur important

Selon une majorité d’études, la femme vaginique privilégierait inconsciemment les partenaires doux, timides et peu pénétrants. Cette théorie, en partie vraie, fait néanmoins défaut à toutes les femmes, dont font partie Suzanne et Julie, qui n’ont jamais osé en parler et dont le témoignage est aussi précieux que difficile à recueillir. Leurs conjoints, aussi invisibles qu’elles, ont potentiellement contribué au tabou, ou ne se sont pas occupé de le briser, car ils ne ressemblent pas à ce partenaire compréhensif. Si le couple devient alors un facteur crucial de guérison, la famille est, en revanche, souvent au coeur de l’apparition du trouble.

L’école et les médecins, une solution au facteur familial ?

Dans le cadre familial de la femme vaginique, qu’elle soit dysfonctionnelle ou non, la sexualité y est toujours rendue dérangeante. Suzanne le traduit de la manière suivante : “Ma mère n’aurait pas compris. Quand j’ai eu mes premières règles elle m’a fait sentir que ce n’était pas bien”. Le rôle de l’école aurait donc pu se jouer ici, comme un rempart commun à la désinformation. Or, si une sensibilisation à la sexualité y est bel et bien présente, son impact est noyé dans la gêne installée entre les jeunes élèves. Idéalement, il s’agirait sinon d’instaurer un suivi personnalisé, du moins de rendre les cours moins déconnectés des réalités de l’expérience.

Quant aux praticiens, ils ne sont pas épargnés. Même si le médecin généraliste ou gynécologue s’avère familier du terme, il ne propose souvent pas les mots qui permettent de mettre en confiance la femme vaginique, car il n’y est pas suffisamment formé. Les patientes reconnaissent alors volontiers avoir reçu les bonnes informations sans pour autant avoir pu trouver leur place dans ce savoir sexuel.

Les médias, facteur omniprésent

La profusion d’images et de données sur la sexualité qui abondent dans certains médias profitent paradoxalement au tabou sur le sujet. L’espace est souvent occupé par de nouvelles normes excluantes qui conditionnent la parole : rythme, positions, sacralisation du point G, méthodes pour y parvenir, etc. En découle un mutisme autour des troubles sexuels, dont fait partie le vaginisme, car ils ne répondent pas à l’idéal qui fait rêver, ou qui fait vendre…

Un retard considérable a définitivement été pris par notre société dans sa connaissance de la sexualité féminine et de ses dysfonctions. Avec une marge alarmante de résilience allant de 2 à 25 ans, le vaginisme aurait urgemment besoin d’une sensibilisation générale et pédagogique à ses symptômes, ainsi qu’à ses solutions.

Pour plus d’infos

  • http://www.lesclesdevenus.org/
  • Docteur Nadine GRAFEILLE, On ne peut pas me pénétrer, Lille, 2009.
  • Noëlla JARROUSSE, Sexualité,couple et TCC – Les difficultés sexuelles, chp.10 “Vaginisme”, Elsevier Masson SAS, 2011.
  • Patrick PELEGE et Chantal PICOD, Éduquer à la sexualité : un enjeu de société, Dunod, 2006.
  • Barbara SPARENBERG, Les sages-femmes face au vaginisme, Introduction, Mémoire du Centre Hospitalier Universitaire de Rouen, Ecole de sage-femme, 2016.
  • Marie José VALOIS, membre de l’Association des Sexologues du Québec, “Etude exploratoire des signifiants sexoanalytiques du vaginisme primaire”.

Sharon Houri

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