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RANA AHMAD : Le nouveau souffle venu d’Arabie Saoudite

À 33 ans, elle a connu l’oppression et la fuite et goûte enfin à la liberté. Le 10 octobre dernier, paraissait son livre Ici les femmes ne rêvent pas, publié aux Éditions du Globe. Rana Ahmad témoigne de la condition des femmes en Arabie Saoudite, et des sacrifices qu’elle a dû faire pour vivre en […]

À 33 ans, elle a connu l’oppression et la fuite et goûte enfin à la liberté. Le 10 octobre dernier, paraissait son livre Ici les femmes ne rêvent pas, publié aux Éditions du Globe. Rana Ahmad témoigne de la condition des femmes en Arabie Saoudite, et des sacrifices qu’elle a dû faire pour vivre en tant qu’athée dans un pays où la religion règne en maître.

Alors que le prince Mohammed Ben Salmane se trouve pris dans de nombreuses controverses, dont l’affaire Jamal Khashoggi, un autre nom venu d’Arabie Saoudite commence à se faire connaître. Dans un témoignage saisissant, Rana Ahmad se fait l’ambassadrice de la lutte pour les droits des femmes et la liberté dans son pays natal. Dans Ici les femmes ne rêvent pas, elle dépeint la distorsion énorme entre la vie des hommes et celle des femmes. C’est d’une réalité vécue qu’elle témoigne. Celle d’une identité opprimée sous le niqab et la pression religieuse, vivant aux dépens d’une unique autorité masculine.

Ce « sentiment accablant d’être en cage » qu’elle décrit, on le subit presque le temps de la lecture, comprimé sous le poids d’une religion qui ne relève pas toujours d’un choix mais d’une vie rythmée par les interdictions et les attentes étriquées. On suit ainsi l’éveil d’une conscience féministe dans l’esprit de Rana alors qu’elle n’est qu’une enfant. Car qui est mieux placé pour regarder le monde avec des yeux neufs que celui qui s’émerveille à le découvrir chaque jour ?

Témoignage ou dystopie ?

Tout se passe comme dans les plus sombres dystopies. Chaque geste est condamné par une autorité qui condamne le libre-arbitre, la liberté de penser et l’innocence de la jeunesse. Qui condamne en somme la vie : comme une tête maintenue sous l’eau. C’est dans l’ignorance que sont confinés ceux qui vivent dans des pays où la religion est souveraine. C’est un monde qui cultive la violence comme unique moyen de faire respecter une loi arbitraire. L’auteur décrit l’horrible réalité d’un pays où les rêves des femmes périssent avec elles sous les coups de familles pieuses à l’extrême se sentant déshonorées par quelques minutes de liberté.

Lorsqu’elle s’inscrit sur Twitter, la vie de Rana Ahmad change : elle s’ouvre au monde et à la science et découvre une autre manière d’envisager l’univers et ses lois que celles énoncées par la religion.

Ce qui nous semble acquis depuis longtemps comme la théorie de l’évolution de Darwin est une révolution dans son esprit. Elle veut étudier la physique, mais comment le faire dans un pays où cette discipline n’existe même pas ? Son goût naissant pour l’indépendance et la liberté attire les soupçons. Son propre frère ira jusqu’à la battre en pensant qu’elle a une relation cachée avec un homme. C’est à ce moment-là que se présente pour elle la nécessité de fuir, de tout laisser derrière elle pour goûter ne serait-ce qu’une once de bonheur, quitte à devoir réapprendre à vivre dans un autre pays. Elle décide de quitter coûte que coûte l’Arabie Saoudite. Elle parvient à rejoindre l’Allemagne, où elle goûte pour la première fois le fait d’être libre.

De l’importance d’étudier

À l’occasion de sa venue à Paris pour une rencontre organisée par les Éditions du Globe, c’est une jeune femme apprêtée, féminine et confiante que nous rencontrons. Rana Ahmad profite de sa liberté comme elle l’entend, et la trouve dans les plus simples sensations. « J’aime sentir le soleil sur ma peau. », confie-t-elle au journaliste qui l’interviewe. En bons Sorbonnards, nous en profitons pour lui demander quelle importance aurait eu, selon elle, la possibilité de faire des études plus tôt :

« Je pense, justement parce que je n’ai pas eu cette chance de pouvoir étudier dès le début à l’université, que je suis consciente du fait que c’est quelque chose d’incroyable. Je sais ce que c’est que de ne pas avoir eu d’éducation, et je me rends compte de l’importance d’aider les autres filles en Arabie Saoudite à accéder aux études. J’ai envie de me battre pour cela, pour que chaque fille ait la chance de pouvoir apprendre. Si elles n’en ont pas les moyens, il faudrait pouvoir les soutenir pour qu’elles puissent entrer à l’université, faire des études, s’ouvrir sur la vie. »

Elle sourit en disant qu’elle est fière de voir que son témoignage a permis à certaines femmes de prendre conscience que leur situation en Arabie Saoudite ne va pas de soi.

Le nouveau souffle

Dans un récit très actuel, l’auteur ne rend pas uniquement compte de la vie des femmes dans certains pays du Moyen-Orient. Elles évoque les conditions dans lesquelles les migrants sont acheminés par bateau en Europe, jusqu’à l’insalubrité des camps dans lesquels ils sont parqués.

« Je sais aujourd’hui qu’il faut parfois tout perdre avant de pouvoir gagner quelque chose. »

Rana Ahmad souligne ainsi les obstacles à la chaîne, la peur du lendemain et les incertitudes. Mais une valeur fondamentale est mise en avant. Il s’agit de la profonde générosité des personnes qui croisent sa route, s’associent à sa douleur et mettent tout en œuvre pour l’aider à toucher du doigt son objectif. C’est un cri d’espoir qu’elle lance à ses lecteurs. Elle les appelle à la fois à prendre conscience de la situation, et à chérir cette liberté trop souvent intégrée comme une chose normale.

Elisa Fernandez

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