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Lula : des élections à la prison

[Ce texte a été rédigé par un contributeur non adhérent n’appartenant pas à la rédaction de Sorb’on. Pour plus d’informations sur le fonctionnement de Sorb’on et le statut de contributeur, rendez-vous ici] Mercredi 18 avril, le tribunal de Porto Alegre a rejeté le nouvel appel de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, emprisonné depuis […]

[Ce texte a été rédigé par un contributeur non adhérent n’appartenant pas à la rédaction de Sorb’on. Pour plus d’informations sur le fonctionnement de Sorb’on et le statut de contributeur, rendez-vous ici]

Mercredi 18 avril, le tribunal de Porto Alegre a rejeté le nouvel appel de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, emprisonné depuis le 7 avril pour une peine de 12 ans. Accusé de corruption et blanchiment d’argent, Lula reste pourtant favoris dans les intentions de vote à la présidentielle d’octobre. 

Revers de médaille pour celui qui, pour beaucoup de Brésiliens, incarna la lutte contre la corruption durant ses deux mandats présidentiels entre 2003 et 2011. Depuis la prison de Curitiba au sud du Brésil, Lula nie farouchement toute implication dans les faits qui lui sont inculpés. Il dénonce un coup monté pour l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de cet automne.

Dans une lettre transmise à son avocat, il n’hésite pas à mettre au défi le juge Sorgio Moro et l’équipe de lutte anticorruption de « prouver le crime qu’ils affirment que j’ai commis ».

Petrobras : retour sur le scandale de corruption politique

Pour rappel, le scandale Petrobras a ébranlé le Brésil en mars 2014. Mêlant les géants du bâtiment travaux publics (BTP) et l’entreprise pétrolière contrôlée par l’État, Petrobras, l’enquête menée par le juge Sergio Moro a révélé une affaire de corruption politique aux proportions inédites.

Les entreprises du BTP auraient formé un cartel pour se partager le marché des grands chantiers d’infrastructures, notamment ceux liés à l’extraction de nouvelles réserves en eaux profondes découvertes au large du Brésil méridional. En contrepartie de la formation de ce cartel permettant une surfacturation des travaux, des pots-de-vin auraient été versés aux partis de la coalition gouvernementale de centre gauche, au pouvoir depuis l’élection de Lula à la tête du pays. Et Lula dans tout ça ? Il aurait accepté un luxueux triplex sur la côte de Sao Paulo en échange de son silence.

Une opinion publique partagée

« Je suis très reconnaissant envers votre résistance et votre présence au sein de cet acte de solidarité »

Lula a fait parvenir une lettre à ses partisans venus défendre sa cause. En symbole de protestations, ils ont organisé un campement près du siège de police de Curitaba et devant le fameux triplex fantôme. Clamant son innocence, les militants sont loin d’abandonner Lula qui reste d’ailleurs favori pour l’élection d’octobre avec 31 % des intentions de vote selon une enquête de Datafolha.

Des journalistes prennent également position en faveur de Lula. Le 3 avril, Juan Arias écrivait dans un article de El Pais Brasil « Comment comprendre qu’un personnage messianique comme l’ex-président Lula, qui fit la fierté de son pays, se soit soudain transformé en un homme à abattre, capable de déchaîner les pires instincts ? » 

Dans un entretien donné à Mediapart, les avocats de Lula (Valeska Teixeira Martins et Cristiano Zanin Martins) ont dénoncé une condamnation pour motif politique. Ils ont également ajouté que « l’équilibre des pouvoirs a été rompu au Brésil », dans un pays pourtant connu pour sa séparation stricte entre le politique et le judiciaire.

D’un autre côté, un cortège d’opposants à Lula a défilé dans les rues d’une cinquantaine de villes brésiliennes mardi dernier pour manifester leur volonté d’un pays neutre et transparent. Mené notamment par le Movimiento Brasil Livre, les opposants réclament justice et se félicite de l’emprisonnement de l’ex-président.

Le Lula-gate : l’arbre qui cache la forêt

Le Brésil est loin d’être un cas isolé en Amérique Latine en termes de corruption politique. La récente étude de Transparency International a révélé les indices de corruption par pays en 2017. La transparence politique du Venezuela obtient le pire score des pays latino-américains, se plaçant mondialement à la 169ème place sur 180 pays analysés. Viennent ensuite l’Équateur à la 117ème place puis la Bolivie à la 112ème. Quelques bons élèves comme le Chili et l’Uruguay permettent tout de même d’apporter à cette carte quelques éclats de jaune, éclats d’espoir.

Via corruption perceptions index survey 2017, Transparency International

En tournée en Amérique Latine en Janvier dernier, le Pape François a d’ailleurs une nouvelle fois fustigé la corruption dans sa région d’origine. « La politique est malade, très malade » s’est-il exclamé à l’occasion de sa dernière étape à Lima.

Pour le Brésil, comme pour une majorité des pays latino-américains, la corruption reste donc un défi majeur à relever.

Article rédigé par Camille Bayet.

Crédits photo : Reuters

La rédaction

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